Touché par un accident vasculaire cérébral en mars 2026, le député Les Ecologistes de Tours Charles Fournier fait ces jours-ci sa rentrée parlementaire à l’Assemblée Nationale. Encore marqué par ce qu’il a vécu, il n’en demeure pas moins combatif sur les sujets qui lui sont chers, et se prépare aux grandes échéances électorales de 2027 : l’élection présidentielle et, sûrement, les législatives qui suivront. Nous l’avons rencontré dans sa permanence près de la gare de Tours (les locaux utilisés par le maire de Tours Emmanuel Denis pendant sa campagne).
La maladie : « J’ai fait deux AVC en mars et deux facteurs les ont favorisés : les artères de mon cou sont de travers ce qui favorise la formation et le blocage de caillots de sang. Par ailleurs, je me suis fortement impliqué dans la campagne des élections municipales avec de nombreux déplacements, j’ai parfois dormi 4h sur des matelas, pas toujours dans de bonnes conditions et ça m’a mis dans le rouge. Je me sentais fatigué mais je n’avais pas eu d’alerte. Sur le moment j’ai même été dans le déni. Une partie de mon corps s’est retrouvée paralysée et je n’ai pas pensé à l’AVC. Je pensais juste que j’étais fatigué et que ça allait passer. »
La prise en charge : « J’ai passé 10 jours à l’hôpital à Paris puis à Tours. J’ai été en arrêt de travail jusqu’à la fin de l’été et je reprends avec un mi-temps thérapeutique. Je serai à Paris les mardis et mercredis pour éviter les débordements parce que j’ai tendance à dire oui ç tout le monde. On dit qu’il faut un an pour s’en remettre, moi en 6 mois je suis bien avancé. C’est remarquable et c’est grâce aux séances d’orthophonie ou de kiné. L’AVC s’est attaqué à la partie de mon cerveau qui gère le langage et la mémoire à court-terme. J’ai encore des séquelles mais de moins en moins. De l’extérieur on ne le perçoit pas mais moi je le ressens. Il m’arrive de ne pas réussir à dire exactement ce que j’ai dans la tête ou de rechercher mes mots plus que d’ordinaire. J’appréhende un peu les discours et ce serait compliqué de faire un débat télévisé. Mais dans un mois ou deux pas de problème. »
La conclusion politique : « Mes votes ont été pris en compte via mes collègues mais ma remplaçante ne pouvait pas me suppléer. Les seuls cas prévus sont une nomination au gouvernement, l’exercice d’un autre mandat ou le décès. Même la maternité ce n’est pas un cas prévu. Comme en cas de maladie cela nécessiterait une indemnité supplémentaire comme nous avons un régime spécial à l’Assemblée. Il y a déjà eu des propositions de loi qui n’ont pas abouti. C’est une économie qui n’en vaut pas la peine car les citoyens se retrouvent orphelins de toute représentation. On se souvient que Sophie Auconie (élue tourangelle qui avait déclaré un cancer du sein) avait dû démissionner pour reprovoquer une élection. »
Son avenir : « Je ne me suis pas posé la question de démissionner après mon AVC mais je me pose la question de ce que je ferais la fois prochaine. Je me donne jusqu’à novembre-décembre pour prendre une décision en fonction de ma santé. Je verrais aussi comment ça se passe politiquement. Les législatives qui devraient avoir lieu après la présidentielle sont des élections au moins aussi importantes. Il conviendra de réussir une union à gauche. S’il n’y en a pas, je m’interrogerai sur le fait d’être de nouveau candidat. »
La division de la gauche pour la présidentielle : « Dans une configuration normale, chacun chacune pourrait se présenter et ça ne choquerais pas mais là, la situation invite à ce que la gauche soit capable de se rassembler. On est encore dans le moment où chacun s’agite pour exister donc il est encore temps de le faire. Chez Les Ecologistes je pense que nous devons discuter avec tout le monde, et pas que le PS. La question est à quel endroit l’écologie politique trouvera le plus sa place. Le projet le plus radical pour l’instant est du côté de Jean-Luc Mélenchon, ce qui ne veut pas dire que je me sente mélenchoniste car j’ai des désaccords majeurs avec lui sur l’international, le centralisme, l’économie ou la démocratie. Si un autre candidat de gauche est capable de reconnaître l’écologie politique comme un pivot de son projet pourquoi pas mais par exemple pour l’instant Raphaël Glucksmann, je ne m’y reconnais pas tout à fait. »
La primaire du PS : « Je peux me reconnaître dans certains socialistes mais je ne voterai pas. Cette primaire est de plus en plus restreinte à ce parti. Nous avions proposé une primaire élargie et là on termine avec une primaire PS à laquelle on voudrait nous faire participer mais je ne partage pas notamment le fait que le ticket d’entrée soit à 15€. »

Sa position : « J’attends de voir. Je suis pour que nous cherchions un accord aux législatives et j’en espère un pour la présidentielle si ce n’est pas un accord de reddition. Au deuxième tour, si je regarde les sondages, le plus mauvais candidat face à Marine Le Pen c’est Jean-Luc Mélenchon. Mais elle battrait tous les candidats, ce qui doit mettre la puce à l’oreille de tout le monde. Bien sûr ce sont des sondages mais ils ont quand même une certaine continuité. Jean-Luc Mélenchon doit donc envoyer des gages pour être capable d’atteindre 50% dans notre pays. Globalement l’ambiance m’inquiète car il y a une ambiance au clivage et à la radicalisation qui n’est pas toujours de bon aloi. »
Comment éviter une forte abstention ? « En parlant davantage de la question du climat, du pouvoir de vivre dignement, de l’économie ou du travail. Je pense que c’est comme ça qu’on arrivera à réconcilier les Français avec la présidentielle. »
La rentrée parlementaire : « Je vais aller porter une loi sur les droits de la nature, et notamment les droits de la Loire. Tout le monde parle d’écologie punitive, une expression très problématique. En donnant des droits à la nature on pourra sortir de ça, élever la Loire ou une montagne au rang d’une entreprise alors qu’aujourd’hui le droit de l’environnement est en train d’être démonté petit à petit. »
Le budget 2027 : « Je ne vais pas chercher de compromis parce que ce serait le dernier budget. Il faut revendiquer des mesures de justice sociale et fiscale. C’est le moment de mettre en avant ce que nous portons. Si il y a une censure, cela marquera la fin du règne d’Emmanuel Macron. On ne prend pas de risque s’il n’y a pas de budget. On crie au loup chaque année mais cela fait deux ans de suite qu’on a un budget minimum et la France ne s’est pas écroulée.
Son parlement de circonscription : « C’est une fierté. On a relancé une nouvelle édition et on a eu plus de candidatures que de places avec des gens qui j’imagine sont positionnés ailleurs que moi politiquement. D’abord on avait plutôt des militants, là il y a des gens de l’extérieur. C’est assez remarquable ce qu’il s’y passe. Cela permet d’orienter mon travail vers des sujets sur lesquels je n’aurais pas forcément été, par exemple sur la sécurité sociale de l’alimentation. J’ai aussi été accompagné sur la proposition de loi autour des conseils de surveillance en entreprise. »
Tours Métropole : « J’attends de voir. Elle a souffert pendant des années d’absences de vision. J’ai par exemple l’impression qu’elle accompagne l’économie mais sans direction. C’est la mollesse qui domine. J’espère davantage de cohérence. Avec Frédéric Augis, nos rapports sont cordiaux. Sur l’économie, l’industrie ou les mobilités je veux travailler avec lui. Sur certains sujets, je suis prêt à aller réclamer des moyens supplémentaires. »







