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[Interview exclusive] Françoise Amiot s’explique sur sa démission et son ralliement à Emmanuel Macron

C’est vendredi dernier,  par un communiqué de presse qui en a surpris plus d’un, que l’adjointe aux Finances de la ville de Tours annonce son départ de l’équipe de Serge Babary. Averti par lettre recommandée, le maire de Tours apprend les raisons de la démission de son adjointe qui décide par la même occasion de rejoindre « En Marche ! », le mouvement d’Emmanuel Macron. Françoise Amiot s’explique aujourd’hui devant la rédaction de 37 degrés.

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37 degrés : « Françoise Amiot, pourquoi une telle décision ? »

Françoise Amiot : « Je considère que je n’ai pas été entendue au sein de la majorité municipale, ni par le maire Serge Babary… mais aussi au niveau des « Républicains ». La manière dont les choses se déroulent et vu le fonctionnement interne des LR, j’en ai tiré les conclusions qui m’ont poussé à prendre cette décision. J’ai compris que Serge Babary était contre moi. Il avait pourtant toujours dit qu’il ne prendrait pas position dans le cadre des élections législatives puisque deux de ses adjointes étaient en concurrence pour l’investiture sur la première circonscription… J’avais demandé depuis longtemps une consultation des adhérents, cela m’a toujours été refusé ! »

37 ° : « Vous ne pouviez pas discuter en privé avec le maire de Tours ? Que lui reprochez-vous au fond ? »

F. A. : « Il n’y avait aucun dialogue et aucun débat possible… Je le regrette vraiment ! Il n’y a pas de transparence au sein de la majorité municipale et je ne peux accepter un système qui refuse la discussion. Cela fait des mois, par exemple, que nous n’avons plus de réunions d’adjoints pour parler des dossiers et échanger. »

37 ° : « Depuis combien de temps, réfléchissiez-vous à quitter votre poste d’adjointe et par voie de conséquence « Les Républicains » ? »

F. A. : « Pour tout vous avouer, j’en ai eu envie dès la fin 2014, début 2015… Mais j’ai continué à croire que les choses pourraient s’arranger. Et puis, je m’étais engagée dans une délégation, celle des finances, qui était prenante et importante pour la collectivité… »

37 ° : « Etes-vous une femme en colère aujourd’hui ? »

F. A. : « J’ai toujours été d’une loyauté absolue dans mes engagements, aussi bien dans l’opposition aux côtés de Renaud Donnedieu de Vabres qu’aujourd’hui auprès de Serge Babary. Oui, je suis en colère car le poids du système et de l’appareil politique sont tels qu’ils sclérosent tout !… Il y a un refus d’écoute aussi bien des LR que du maire qui sont le témoignage d’un réel mépris… »

37 ° : « N’êtes-vous pas mauvaise joueuse, parce que vous n’avez pas été investie aux élections législatives ? »

F. A. : « Non, je souhaitais que soient consultés les militants des LR pour les investitures. Cela n’a pas été le cas. Et si, cela avait été négatif pour moi et que les militants avaient décidé d’investir Céline Ballesteros, j’en aurai accepté les règles sans équivoque ! »

37 ° : « Françoise Amiot, vous nous parliez à l’instant de loyauté mais en quittant les LR et la majorité municipale pour rejoindre « En Marche ! » n’est-ce pas là une antinomie ? »

F. A. : « J’ai lu le livre d’Emmanuel Macron dès sa parution et j’ai été interpellée comme beaucoup par son approche de la politique… Sa position est claire sur les partis politiques et sur son mouvement « En Marche ! ». Ce que j’aime, c’est sa volonté d’agréger toutes les bonnes volontés de droite et de gauche. »

37 ° : « Vous avez été l’un des soutiens inconditionnels de François Fillon à la primaire de la droite, comprenez-vous que l’on a du mal à vous saisir aujourd’hui ?

F. A. : Oui, François Fillon a gagné la primaire de la droite haut la main. Mais on voit aujourd’hui que la pression de l’appareil des Républicains est plus forte que toutes les bonnes intentions qu’avait François dans son programme clair et ambitieux. Il est obligé faire volte-face devant le système… »

37 ° : « Que venez-vous chercher au sein du mouvement d’Emmanuel Macron ? »

F. A. : « Ce mouvement est une construction collective et un gage de démocratie participative. Je suis aussi attirée par cette notion de progrès dans l’avenir. Le monde change, nous devons nous y préparer ! »

37 ° : « Demain, en rejoignant le mouvement « En Marche ! », vous allez rencontrer et travailler avec des militants et personnalités de tous bords dont des centristes de droite et de gauche aussi, un problème pour vous ? »

F. A. : « Non, car j’ai toujours eu la volonté de travailler aussi bien au niveau professionnel que politique avec des gens de bonne volonté et qui voulaient dépasser de loin les clivages et les dogmes … »

37 ° : « Mais Françoise Amiot, François Fillon n’est pas centriste et vous avez porté les couleurs de ses idées, non ? »

F. A. : « Oui, mais je croyais en l’homme et à sa faculté d’exploser le système. Je suis une pragmatique et je pensais de François Fillon évoluerait sur le sujet… »

37 ° : «  On a appris votre adhésion à « En Marche ! » par un simple communiqué de presse, même le patron des Macronistes ici en Indre-et-Loire, n’était pas au courant, pourquoi ? »

F. A. : « J’ai hésité, il est vrai, à appeler Philippe Chalumeau. Je ne voulais pas bouleverser la structure départementale d’Emmanuel Macron avec ce changement. J’ai adhéré en ligne ce vendredi après-midi. Je vais m’entretenir avec Philippe Chalumeau, cette semaine… »

37 ° : « Ce changement, cette démission et cette colère froide, vous bouleversent-ils ? »

F. A. : « Je n’ai pas beaucoup dormi la semaine dernière. J’ai consulté mes amis, proches et ma famille pour prendre cette décision. Pour moi, l’engagement politique fait partie de ma vie à côté de ma vie professionnelle que j’avais mise entre parenthèses sur demande de Serge Babary d’ailleurs… »

37 ° : « Allez-vous garder des relations avec vos collègues de la mairie ? »

F. A. : « Oui bien sûr. J’ai reçu des messages de soutien de certains conseillers municipaux et adjoints. »

37 ° : « Françoise Amiot, souhaitez-vous être candidate aux élections législatives sous la bannière « En Marche ! » ? »

F. A. : « Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Chaque chose en son temps. Si de manière concertée, l’équipe d’En Marche juge que mon engagement a un sens, pourquoi pas… »

37 ° : « Pour finir, qui voyez-vous à votre place pour prendre en charge les finances de la ville auprès de Serge Babary ? »

F. A. : « Une femme que je souhaitais comme conseillère municipale déléguée aux finances dès 2014, Hélène Millot. Mais le maire à l’époque avait refusé pour je ne sais quelles raisons. Hélène a toutes les compétences requises. »

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