Politique

Elections régionales : du rififi en terre tourangelle

Qui aurait pu prédire les résultats du 1er tour des élections régionales en Indre-et-Loire. Qui aurait cru il y a seulement quelques jours que la gauche sauverait les meubles dans un département à droite et où les principales villes sont à droite, Tours et Joué-lès-Tours en tête. Même si le score du Front National n’est pas une surprise, comment dans ce contexte si inaudible pour beaucoup, la gauche a-t-elle tiré  son épingle du jeu ? Laissant une droite groggy qui espérait valider l’essai des municipales de 2014 et des départementales du mois de mars dernier.

Lundi matin, certains avaient la mine des mauvais jours. A droite, on feint de minimiser les résultats de la veille. Certes, le FN est en tête, les sondages avaient raison. Mais le plus étonnant, c’est le résultat de la droite et du centre rassemblés autour de Philippe Vigier, tête de liste régionale. En Indre-et-Loire, le job n’a pas été fait. Pis, le département est le seul de la région Centre-Val de Loire où la gauche est en tête pour ce premier tour. La liste de la droite républicaine et du centre menée par la députée Claude Greff arrive troisième. Qui l’eut cru… Pourtant toutes les onctions semblaient appeler l’électeur tourangeau à continuer sur sa lancée des deux dernières élections. Nenni. Il a manqué des voix à droite. L’abstention touche désormais un électorat de droite désabusé qui a préféré faire ses courses de noël que de se déplacer dans les bureaux de vote du département.

Sur les quatre cantons de Tours, les scores de la gauche conduite par François Bonneau et Jean-Patrick Gille et des Verts a de quoi interpeller

Alors à droite, on cherche des excuses, on fait parler les chiffres. On rejette subtilement la faute sur des électeurs « exaspérés » qui « en ont marre » et qui ont choisi le vote bleu marine. Mais pas seulement. La gauche elle-même étonnée de son score dans le 37 et dans les villes de Tours et Joué-lès-Tours, a obtenu des résultats qui ont de quoi interpeller. Le maire de Tours, Serge Babary, a expliqué lundi après-midi à la presse que les pourcentages ne voulaient rien dire et qu’il fallait plutôt regarder le nombre de voix. Une belle démonstration qui montre que l’érosion des voix de droite n’est pas si forte. Seulement voilà, les élections se suivent mais ne se ressemblent pas. Enjeux, modes de scrutin, contexte, types d’élections, font aujourd’hui que les électeurs ne sont pas dans les mêmes dispositions pour donner « leur confiance » à tel ou untel. A Tours il a manqué 6 000 voix de droite nous rappelle Serge Babary. En cela, il a raison. Mais le temps du constat est passé. Pourquoi ces voix ne sont-elles pas venues remplir les urnes de la ville de Tours ? Il y a dix-huit mois, la nouvelle municipalité de droite et du centre était plébiscitée renvoyant manu militari Jean Germain à ses chères études de sénateur. Aujourd’hui ses héritiers ont un petit sourire affiché car ils vivent les résultats de dimanche comme une revanche. Un élu PS n’hésite pas à revendiquer que la cité tourangelle est « bien une ville bobo de gauche ». Sur les cantons de Tours 2 et Tours 4, les scores cumulés des socialistes et Verts sont à plus de 45 %. Laissant une droite loin derrière. Que s’est-il passé pour qu’il y ait un tel revirement ? D’autant que les scores du FN sont très en deçà des résultats régionaux. Notre département est consensuel et Tours porte l’étendard de la modération.

La peur de voir un FN fort a peut-être fait bouger l’électeur de gauche

C’est un mélange d’un peu tout qui pourrait être une explication au désarroi de la droite tourangelle. Le contexte national bien sûr et les attentats de Paris mais dans une moindre mesure qu’ailleurs, le score du FN à Tours étant de 19,2 %. Une gauche revigorée par un président « en guerre » – chef des forces armées – peut-être. Espoirs déçus pour une équipe municipale à Tours et Joué-lès-Tours, certainement. Certes, le ras-le-bol était latent chez l’électeur qui se déplace. Mais il faut bien le dire, notre pays devra faire avec, l’abstention est aussi ancrée dans le reflexe du citoyen. La plupart des élections voient un électeur sur deux prendre le chemin des bureaux de vote. Et puis la campagne électorale pour ces régionales n’a pas eu de visibilité, pas de punch. La gauche a plus mobilisé que la droite. La peur de voir un FN fort a peut-être fait bouger l’électeur de gauche. Mais ce premier tour des élections régionales nous montre aussi la fin programmée du parti communisme dans le département et dans le pays. Ne dépassant pas les 5% en Indre-et-Loire, les communistes tourangeaux sont moribonds. Dans leur fief historique de Saint-Pierre-des-Corps, ils sont même devancés par la gauche républicaine et le FN.

Le FN peut l’emporter, la gauche garder la plus petite région de France, la droite croire au sursaut d’un électorat boudeur

Le curseur politique bouge. Le tripartisme s’installe définitivement dans notre pays, décliné dans chaque département avec ses spécificités sociologiques et électorales. Dimanche prochain, l’issu du scrutin en région Centre-Val de Loire est incertain. Les trois blocs, FN, union de la Gauche, union de la Droite sont tous à environ 30 %. Difficile d’y voir le vainqueur. Le FN peut l’emporter, la gauche garder la plus petite région de France, la droite croire au sursaut d’un électorat boudeur. Un électorat qui a du mal à faire la synthèse entre une droite forte menée par Guillaume Peltier et un centre couleur orange-Modem qui trouve son barycentre avec Philippe Vigier, patron des députés UDI à l’Assemblée Nationale. Pour comprendre, certains électeurs demandent le mode d’emploi. Mais au lieu de le lire, on va au plus vite. Comme quand on achète un nouvel électroménager, on tourne vite les pages et on va au plus facile…

Le 14 décembre au matin, la France aura un nouveau nuancier régional. De la couleur rose pâle à la couleur Bleu Marine… En Région Centre, quoiqu’il arrive, ce sera une surprise au regard d’un premier tour très étonnant.

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