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A Joué-lès-Tours, des faits divers très politiques

Du temps de Nicolas Sarkozy et – dans une moindre mesure – sous François Hollande, on entendait souvent ce reproche fait aux politiques : « un fait divers = une loi ». Face à l’émotion populaire déclenchée par des actes dramatiques abondamment médiatisés, les politiques se sentent souvent obligés de trouver des réponses rapides, et de préférence marquantes. Ou au moins d’occuper le terrain. Joué-lès-Tours n’échappe pas à la règle. En particulier cet automne.

C’était au début du mois de novembre… Alors que les réseaux sociaux bruissent d’appels à « la purge » pour la nuit d’Halloween, le quartier de la Rabière s’embrase à Joué-lès-Tours. Enfin, toutes proportions gardées : si plusieurs dizaines de voitures brûlent en moins d’une semaine, on apprend vite qu’il s’agit de l’œuvre d’un petit groupe de jeunes, surtout des mineurs. La réaction n’en est pas moins immédiate et spectaculaire avec la mobilisation des CRS. Dans le même temps, le maire Frédéric Augis annonce que la ville portera désormais plainte pour chaque voiture brûlée sur son territoire et qu’il va recevoir certaines familles pour discuter avec elles et tenter de ramener le calme. Mission réussie, même si cela n’a sans doute pas été le seul élément déterminant dans cette affaire.

En face, après les condamnations d’usage le 2 novembre, le principal groupe d’opposition municipal (La Ville au Cœur, PS) s’en prend à la majorité dans un communiqué publié le 6, et renouvelé le 25 après de nouveaux feux : « nous demandons que la ville agisse pour augmenter le nombre des éducateurs de rue sur le quartier et pour la mise en place d’une équipe de médiation urbaine spécifique à La Rabière qui puisse agir en étroite collaboration avec les acteurs du quartier. Nous demandons aussi la mise en place d’un conseil consultatif exceptionnel réunissant habitants, associations, acteurs locaux du quartier, institutions publiques, représentants de la police, et dans lequel seront associés les élus de tout bord politique » écrivent Vincent Tison, Marie-Line Moroy, Francis Gérard, Florent Petit, Mohamed Moulay et Anne Le Bihan.

Le débat en est resté là pour cette fois.

A LIRE SUR INFO TOURS : http://www.info-tours.fr/articles/tours-agglo/2018/11/02/9853/nuits-de-violences-urbaines-a-joue-les-tours/

Et puis cette semaine, stupeur : on apprend qu’au moins 18 femmes qui marchaient seules dans les rues de plusieurs quartiers jocondiens ont été agressées en pleine nuit par un ou plusieurs individus. Des vols ou tentatives de vol avec violence sur des passantes de tous âges, entre les stations République et Bulle d’O du tram. Assez inédit par son ampleur, et sa récurrence, cet enchaînement de faits n’est pas encore élucidé même si l’enquête « avance vite » selon la municipalité de Joué-lès-Tours. On ne sait pas combien de personnes sont impliquées, si elles agissent en réseau ou si les différentes plaintes mèneront à des suspects indépendants.

Une série d’agressions inédite

En attendant les avancées judiciaires de ce dossier, la ville a réagi. Pour rassurer, éviter une psychose. Pas facile car en 24h, le nombre de victimes recensées sur 3 semaines a triplé, passant de 6 à 18. Presque une par jour. Par la voix de son adjoint à la sécurité Lionel Audiger, la municipalité de droite fait avec ses moyens et sa doctrine politique : elle répond hausses de patrouilles de la police municipale et poursuite du programme de déploiement de la vidéosurveillance. L’élu indique par exemple que la police municipale, déjà renforcée, passera de 33 à 40 agents en 2019.

A LIRE SUR INFO TOURS : http://www.info-tours.fr/articles/tours-agglo/2018/12/19/10166/joue-les-tours-demande-des-renforts-policiers-apres-une-serie-d-agressions/

La Ville au Cœur n’a pas du tout la même analyse et ressort son discours de novembre, en arguant qu’il est resté sans réponse de la part de l’équipe Augis (malgé un échange au conseil municipal du 15 novembre) : « de nouveaux partenariats doivent être mis en place entre les polices nationale, municipale et des équipes de prévention, notamment dans les grands espaces publics et les transports en commun. La question des aménagements urbains, de l’éclairage public devra aussi être abordée » écrit Vincent Tison. « Je suis persuadé que le renforcement de la prévention et la médiation urbaine dans l’espace public est une piste efficace. Une équipe de médiation urbaine composée de professionnels, formés et compétents qui doit intervenir uniquement sur les deux secteurs « sensibles » de la ville, la Rabière et le centre-ville participera à gommer le sentiment d’insécurité et renforcera celui d’une ville apaisée » complète Mohamed Moulay.

Un maire prêt à débattre en février

Face à ces interpellations, le maire jocondien a transmis un courrier de réponse dans lequel il se dit prêt à débattre de l’arrivée de renforts dans l’équipe d’éducateurs de rue lors du Débat d’Orientations Budgétaires programmé en février au conseil municipal. Sur l’idée d’un Conseil consultatif exceptionnel, Frédéric Augis juge que cela « ne peut (pas) être la solution concrète aux maux que rencontrent les habitants de notre ville » et renvoie vers l’Etat à qui il a demandé des renforts policiers, sans succès. En attendant, il se dit ouvert à accueillir un représentant de l’opposition lors des réunions mensuelles du Conseil Local de Sécurité… mais cela nécessiterait un accord entre les différents groupes politiques, qui n’a jamais eu lieu depuis 2014.

Comme elle avait été centrale il y a 5 ans lors de la campagne des municipales, la sécurité reste donc l’un des principaux thèmes de débat politique à Joué-lès-Tours. Et risque de l’être de nouveau avant le scrutin de 2020. Deux visions très différentes s’opposent : l’une pour plus de policiers municipaux, l’autre pour plus de travailleurs sociaux. Un débat utile mais qui ressurgit toujours au plus mauvais moment, lorsque l’émotion empêche l’analyse à tête reposée.

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