Culture

Ohé du Bateau propose 200 000 euros pour racheter le Bateau Ivre

Réunis ce lundi soir, les sociétaires d’Ohé du Bateau ont voté une proposition de rachat de la salle de la rue Edouard Vaillant. Le montant voté par le collectif : 200 000 euros.

Au 15 avril, les membres d’Ohé du Bateau feront donc une proposition d’achat de ce montant à la Semivit, société d’économie mixte dont la ville de Tours est actionnaire majoritaire. Rappelons que la Semivit avait racheté la salle il y a 5 ans contre 420 000 euros.

Comment justifier un tel écart ? Pour Ohé du Bateau appuyé par l’expertise de deux architectes, Luc Baillet, spécialiste de l’amiante, et Nadia Samhi spécialiste des questions d’accessibilité, le prix de la salle ne vaut pas aujourd’hui le montant investi par la Semivit. En s’appuyant sur un avis de Philippe Briand en personne, rencontré il y a 15 jours, selon eux la salle vaudrait aujourd’hui au maximum 270 000 euros si on prend compte du prix du m² dans le secteur. Si au premier abord on peut douter de la volonté de la Semivit d’accepter une offre autant en deçà du prix qu’elle l’a acheté, pour les membres d’Ohé du Bateau, il sera difficile de convaincre des promoteurs d’investir plus : « Vu l’emplacement et la surface du bâtiment, le PLU en vigueur imposant un R+3, les travaux de désamiantage à prévoir, c’est loin d’être certain que cela intéresse des promoteurs » expliquent-ils, persuadés d’être la seule issue à ce dossier qui dure depuis six ans maintenant.

IMG_0073 De gauche à droite : les architectes Nadia Samhi  et Luc Baillet

Franck Mouget et Benjamin Dubuis, du collectif Ohé du Bateau

L’absence de diagnostics amiante et d’accessibilité dans la balance

Dans leur raisonnement, les membres du collectif s’appuient sur plusieurs points et notamment comme nous l’écrivions hier, sur l’absence de DTA (diagnostic technique amiante). Pour l’architecte Luc Baillet : « On sait qu’il y a de l’amiante, vraisemblablement dans la toiture, les poteaux et les conduits, mais on ne connait pas son état. Les constructeurs garantissaient l’amiante pendant 50 ans, or le bâtiment date de 1962, on peut donc affirmer qu’il faudra procéder à des opérations de désamiantage. Cela passera par un encapsulage du bâtiment pour éviter la dispersion de poussières et cela à un coût que nous estimons aux alentours des 100 000 euros ». Un point qui ne fait que renforcer la position de l’acheteur dans ce type de transactions : « Plus les travaux à mener sont hauts, plus le prix d’achat baisse, c’est logique » poursuit l’architecte. Même son de cloche du côté de sa collègue Nadia Samhi qui révèle que depuis le rachat de la salle par la Semivit il y a 5 ans, les normes concernant l’accessibilité aux personnes handicapées ont évolué : « Il n’y a pas de diagnostic d’accessibilité devenu obligatoire pour toute autorisation d’ERP (Etablissement recevant du public). La salle étant aujourd’hui désaffectée, aucun diagnostic ne peut être mené par le vendeur, cela entre dans la balance du prix d’achat » explique-t-elle.

IMG_0065Franck Mouget et Benjamin Dubuis, du collectif Ohé du Bateau

« L’engouement populaire autour du projet a un poids »

Deux absences de poids qui font dire au collectif que le prix de la salle ne vaut pas aujourd’hui plus de 200 000 euros. Un prix qu’ils vont proposer pour une proposition d’achat préalable à une offre ferme qui les engageraient définitivement. Outre ces deux diagnostics, Ohé du Bateau veut en effet ajouter une troisième clause suspensive avant de formuler son offre d’achat : la réalisation d’une étude des faisabilités des travaux, d’un montant estimé à 30 000 euros, qui permettrait d’estimer concrètement le montant des travaux à envisager. Une étude que le collectif prendrait à sa charge : « Son résultat dépendra de notre offre d’achat ou non, on ne veut pas acheter un bâtiment qui ne serait pas viable, nous voulons faire les choses dans l’ordre ». Pour financer cette dernière étude, Franck Mouget, président de l’association Ohé du Bateau explique « ne pas vouloir prendre dans les souscriptions des sociétaires mais réfléchir à d’autres pistes. Pourquoi pas demander à la Région de n’investir que 70 000 euros en parts sociales et se servir des 30 000 euros restants pour cette étude par exemple ? Nous réfléchissons également à d’autres pistes ». Dans ce contre la montre qui se profile, si le flou perdure, c’est simplement parce que « nous avons pris connaissance de ces éléments que ces derniers jours, grâce au travail des architectes » explique-t-il.

Autre élément qui leur donne beaucoup d’espoir : l’engouement autour du projet. « Il y a un engouement populaire visible, nous sommes plus de 1200 aujourd’hui dans le projet, cela a un poids, ils ne pourront pas balayer d’une main nos propositions » affirme ainsi Franck Mouget. Ces quarante derniers jours ont en effet montré qu’une large adhésion à des projets citoyens était devenue possible. Jamais à Tours ou ailleurs, un collectif aura réussi à fédérer autour de lui autant de monde pour un projet culturel porté par la société civile. Mais après l’engouement enivrant de ces derniers jours, Ohé du Bateau sait que la partie n’est pas encore gagnée et s’apprête déjà à retrousser une nouvelles fois ses manches pour entrer dans une phase plus discrète d’élaborations de dossiers et de négociations avec la Semivit qu’ils estiment durer jusque fin juin. D’ici là, ils rappellent qu’il est toujours possible de devenir sociétaire du projet.

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