Joie et virtuosité pour la clôture de saison de l’Opéra de Tours

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Pour achever sa saison lyrique avec panache, l’Opéra de Tours a choisi l’une des œuvres les plus pétillantes du répertoire français : La Fille du Régiment de Gaetano Donizetti. Une production flamboyante, portée par une distribution d’exception, une mise en scène électrisante et un écrin visuel somptueux. La première a lieu ce vendredi. Mais on a vu la générale.

Dès les premières mesures, l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, sous la baguette inspirée d’Adrien Perruchon, impose une lecture vive, raffinée et théâtrale de la partition. Le chef insuffle à l’ouvrage cette énergie jubilatoire qui fait toute la saveur de l’opéra-comique de Donizetti, alternant avec élégance éclats militaires, tendresse mélodique.

Dans le rôle de Marie, Florie Valiquette rayonne littéralement. La soprano canadienne incarne avec une fraîcheur irrésistible cette jeune vivandière élevée par un régiment français, elle séduit autant par sa virtuosité que par son naturel scénique. Son interprétation allie humour, émotion et énergie avec une spontanéité désarmante.

Face à elle, Philippe Talbot campe un Tonio idéal. Le ténor français triomphe dans le célèbre air “Ah ! mes amis”, mais au-delà de la prouesse vocale, c’est toute la sincérité amoureuse et la délicatesse du personnage qui touchent ici le public.

Éléonore Pancrazi apporte à la Marquise de Berkenfield toute l’élégance et l’autorité mais aussi le comique et une présence scénique particulièrement affirmés. Jean-François Lapointe compose un Sulpice chaleureux, humain et profondément attachant, tandis que Jean-Gabriel Saint Martin prête à Hortensius une belle vivacité théâtrale.

Moment savoureux de la représentation, l’apparition de Doris Lamprecht en Duchesse de Crakentorp déclenche l’enthousiasme de la salle. Avec son sens irrésistible du théâtre et de la caricature, elle apporte à l’ouvrage cette touche de fantaisie décalée qui participe pleinement au charme de cette production.

Cette production avait également une saveur particulière pour le public tourangeau, puisque plusieurs artistes de cette distribution avaient déjà foulé avec succès la scène de l’Opéra de Tours au cours des saisons précédentes. Florie Valiquette avait notamment marqué les esprits dans L’Enlèvement au sérail de Mozart scénique. Jean-François Lapointe avait quant à lui profondément ému le public dans La Traviata. Jean-Gabriel Saint Martin avait déjà conquis les spectateurs dans La Flûte enchantée, tandis qu’Éléonore Pancrazi avait laissé un souvenir remarqué dans Faust. Ces retrouvailles avec des artistes déjà appréciés du public tourangeau donnaient à cette Fille du Régiment une dimension encore plus chaleureuse et familière.

Impossible également de ne pas saluer l’apport essentiel du Chœur de l’Opéra de Tours, préparé avec précision par David Jackson. Omniprésent tout au long de l’ouvrage, le chœur impressionne par sa puissance, son homogénéité et son engagement dramatique. 

La mise en scène de Jean-Romain Vesperini transforme cette Fille du Régiment en un spectacle débordant de vitalité. Son approche moderne, nerveuse et inventive donne à l’œuvre un rythme quasi cinématographique, sans jamais trahir l’esprit de Donizetti. 

À cette réussite s’ajoutent les fabuleux costumes signés Christian Lacroix. Véritables œuvres d’art, ils offrent à chaque personnage une identité visuelle forte, mêlant raffinement, extravagance et poésie. Les décors de Roland Fontaine complètent admirablement cet univers.

Avec cette production éclatante de La Fille du Régiment, l’Opéra de Tours conclut sa saison sur une note de joie, d’excellence musicale et d’inventivité théâtrale. Une soirée triomphale qui rappelle, une fois encore, la place essentielle de la maison tourangelle dans le paysage lyrique français.

Roger Pichot

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