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Diego Movilla : « Je suis pratiquement prêt à tout faire pour de l’argent, sauf de l’art »

Salon Hifi - Leclerc Amboise
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Diego Movilla est un personnage multiple, une sorte de couteau suisse artistique. Récemment, l’artiste espagnol installé à Tours depuis 2002, a vu son travail récompensé de l’autre côté des Pyrénées. Une de ses oeuvres, « Broken », a en effet fait le voyage de Saint-Pierre-des-Corps, là où l’artiste a son atelier, jusqu’au MUSAC (Musée d’art contemporain de Castille-León) en Espagne.

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« Broken » c’est une œuvre de 5,6 mètres sur 7,2m en plexiglas, réalisée par découpe laser, qui traite de la théorie de la vitre brisée. Une théorie qui soutient que les petites détériorations que subit l’espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général si la réparation de la première dégradation n’intervient pas rapidement. En regardant cette oeuvre, l’espace voulu comme vandalisé et détruit, se confond avec le reste qui l’entoure grâce à un subtil pouvoir des reflets de l’oeuvre. Avec « Broken » le regard de l’observateur en confondu, si bien que l’on ne sait plus très bien si la destruction fait l’oeuvre ou non.

Une oeuvre que nous avions pu voir il y a quelques mois avant son départ pour le Musac de León. Diego Movilla nous avait alors reçu dans son atelier qu’il partage avec Sanjin Cosabic à Saint-Pierre-des-Corps. Un atelier qu’il occupe depuis quelques années, après avoir été hébergé dans l’un des octrois de la place Choiseul à Tours : « J’ai occupé entre 2008 et 2012 avec Sammy Engramer, l’octoi sud-ouest. Ce n’était pas rénové, il n’y avait pas d’eau, l’électricité n’était pas top, mais on était contents. En 2012, la ville a demandé de remettre à disposition le lieu pour une durée d’un an, pour faire des travaux dedans et parce que Daniel Buren allait s’y installer pour la fin de la mise en place de l’installation de ses travaux ». Ejecté par Daniel Buren, Diego Movilla garde le côté anecdotique de ce passage de flambeau : « C’était très bien que l’on ait pu en profiter pendant plusieurs années. Et puis la ville a été très correcte, ils ont arrangé le déménagement, ils nous ont aidé à stocker nos oeuvres au début ».

Celui qui a été sans atelier fixe pendant quelques temps par la suite, n’a pas pour autant une vision pessimiste de ce départ, ni des pouvoirs publics : « le Public ne peut pas répondre à toutes les demandes. En Espagne on ne se posait même pas la question de savoir si les pouvoirs publics devaient héberger les artistes. Même si les conditions n’étaient pas idéales, je considère qu’on a eu une chance énorme de pouvoir être hébergés dans l’octroi pendant un certain temps. Au fond, qu’est-ce qui justifie que les pouvoirs publics prêtent un lieu, surtout qu’il y a déjà des dispositifs qui aident les artistes ? » avance Diego Movilla.

Diego Movilla a ainsi une vision assez tranchée de certaines questions qui entourent l’art et les artistes. En parlant de ses œuvres, l’artiste n’hésite pas à dire : « Si cela se vend je suis très content, mais je ne ferai pas de l’art juste pour gagner de l’argent. Je le dis parfois : Je suis pratiquement prêt à tout faire pour de l’argent, sauf de l’art », plaisante-t-il. Une façon de penser qui se ressent dans son travail, une façon de rester honnête avec soi-même aussi : « Je peux me le permettre parce que je gagne plutôt bien ma vie mais que cela ne dépend pas que de l’art ». Diego est en effet également graphiste. A ce titre, il est l’une des deux têtes (avec Ludovic Evelin), de la société Sans Format, qui édite le magazine culturel Parallèle(s). On a pu admirer également le travail de Diego dans ce domaine dans très belle plaquette de la saison culturelle de Saint-Avertin.

12170505_10205193002931021_1501194636_n« Broken » (à droite) au Musac.

Pour revenir à Broken, le point de départ de notre entretien avec Diego Movilla, l’oeuvre est partie depuis au Musac. Une belle reconnaissance qui n’aura certainement pas laissé indifférent l’artiste espagnol qu’il est.

Crédits photos : « Broken » Diego Movilla / Portrait Mathieu Giua pour 37°

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