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Un premier conseil métropolitain riche en enseignements…

La première séance du conseil métropolitain du mandat a officiellement investi Wilfried Schwartz, le maire de la Riche, comme président de Tours Métropole. Le jeune élu de 35 ans succède donc à Philippe Briand, malgré une candidature de dernière minute, celle d’Emmanuel François, le maire de Saint-Pierre-des-Corps.

Philippe Briand et Wilfried Schwartz

Lire également : Wilfried Schwartz officiellement président

Pour la première fois, le Conseil Métropolitain a accueilli 87 élus ce vendredi soir, au lieu de 55 précédemment. Une évolution imposée par la loi afin de mieux prendre en compte la représentativité de chaque commune membre de l’intercommunalité. 87 élus et beaucoup de nouveaux, découvrant l’institution, non pas dans sa salle habituelle, devenue trop petite (des travaux sont prévus pour l’agrandir), mais à Mame, la Cité de la Création et de l’Innovation, projet phare du mandat précédent, réquisitionnée pour accueillir la nouvelle assemblée et l’installation de son président.

Nous l’avons écrit, Philippe Briand tourne la page, il n’a pas souhaité briguer de nouveau la présidence qu’il occupait depuis 2014, après en avoir été un des artisans dès 2001 aux côtés de Jean Germain. C’est en coulisses que les choses se sont négociées, ce qui n’a pas été sans créer des remarques. Ce fut le cas de Didier Vallée, la semaine précédente en commission générale à huis-clos, qui avait reproché une décision peu démocratique prise simplement entre les maires. Ce fut aussi le cas lors de cette séance publique par l’intermédiaire de l’ancien maire de Tours, Christophe Bouchet, qui s’est interrogé sur le procédé pour désigner le président et sur l’image renvoyée à la population : « Comment rendre la métropole plus populaire, plus proche de ses habitants alors que tout a été décidé à l’avance, avant d’arriver sur le terrain public. Cela va à l’encontre de ce que les citoyens peuvent comprendre de la vie publique. »

La candidature surprise d’Emmanuel François

Enfin et surtout ce fut le cas du côté du nouveau maire de Saint-Pierre-des-Corps Emmanuel François qui à la surprise générale s’est porté candidat à la présidence face à Wilfried Schwartz, créant un certain froid dans l’assemblée, visible aux différents regards échangés entre les élus « majeurs » de l’intercommunalité.  « Il vient de perdre sa vice-présidence » entend-on même du côté d’un maire s’adressant à son voisin. Emmanuel François assume lui pleinement sa position, refusant l’élection d’un candidat unique déterminé par avance : « Dans cette assemblée, combien se sentent privés de choix par la désignation de facto d’un candidat unique ? Force est de constater qu’en étouffant le feu on a fini par perdre la flamme. Une élection à plusieurs choix est le gage de la légitimité du futur élu. Je vous propose de choisir ».

Emmanuel François

Des mots qui auront convaincu certains élus, avec 11 voix portées sur son nom, la candidature d’Emmanuel François n’ira pas plus loin, Wilfried Schwartz l’emportant finalement avec 74 voix et deux abstentions. Malgré tout, la candidature du maire de Saint-Pierre-des-Corps aura marqué les esprits. Un symbole du renouveau qui s’est opéré lors des dernières élections municipales, avec l’arrivée de nouveaux élus, moins enclins à se fondre dans « le consensus à la tourangelle. »

Oui, mais le coup d’éclat n’aura pas plu. Quelques minutes après son élection, le nouveau président Wilfried Schwartz demande une suspension de séance. On se doute à ce moment que la question des vice-présidences va être abordée en coulisses. Encore une fois les choses se passent à la tourangelle, en mode feutré, sans affrontement direct, ni haussement de voix. Et comme si rien ne s’était passé, à la reprise de la séance Wilfried Schwartz propose ses vice-présidents qui seront élus un à un par un vote électronique. Emmanuel François n’est pas dans la liste des 20 vice-présidents, relégué en 8e position des membres supplémentaires du bureau. Selon nos informations, c’est la 4e vice-présidence, finalement revenue à Maria Lepine (maire de Villandry), qui lui était initialement attribuée. Finalement, Saint-Pierre-des-Corps n’a plus de vice-présidence, alors même que le programme aux municipales d’Emmanuel François comportait la volonté que sa commune soit mieux prise en compte à la Métropole.

20 vice-présidences dont 8 pour Tours

20 vice-présidences donc, avec symboliquement la 2e revenant à Philippe Briand qui sera en charge des relations internationales, et surtout la 1ere revenant pour la première fois à une femme, en la personne de Cathy Savourey, l’élue tourangelle (en charge de la prospective territoriale, de l’aménagement urbanistique et du schéma de cohérence territorial). Tours qui aura finalement 8 vice-présidences, un signe là-encore du poids nouveau de la ville centre dans l’assemblée. Pour les autres, les principales communes sont représentées par leurs maires : Joué-lès-Tours, Chambray, Saint-Avertin, Ballan-Miré… mais les plus petites communes (Saint-Genouph, Berthenay, Druye) perdent leur vice-présidence. L’élection de la vice-présidence à la culture, l’enseignement supérieur et la recherche fut d’ailleurs assez significative. Alors que Wilfried Schwartz a présenté l’élu tourangeau Jean-Patrick Gille comme candidat, celui n’a finalement récolté que 41 voix, se faisant élire à 3 voix près. Un camouflet pour celui qui se rêvait il y a encore quelques semaines en président de la Métropole, mais aussi un signe qu’une partie de l’assemblée a souhaité émettre un avertissement sur la représentation des petites communes, 25 voix s’étant portées sur Corinne Chailleux, la maire de Druye.

A retrouver sur Info Tours la liste complète des vice-présidents.

Et si Philippe Briand puis Wilfried Schwartz à la tribune se sont tour à tour félicités de la « bonne image renvoyée par l’assemblée », ce premier conseil métropolitain aura néanmoins montré chez une partie des élus, une volonté d’aller au-delà, de rendre le fonctionnement plus transparent et démocratique et donc de rompre avec le consensus public affiché jusque-là. Une nouvelle génération d’élus est arrivée et avec elle une volonté de mettre sur la place publique les débats. Cette séance, malgré son cadre solennel, fut ainsi riche en enseignements, et les votes rarement unanimes y compris au sein d’élus issus des mêmes majorités (ou minorités) municipales. On a ainsi vu sur la question de l’augmentation des indemnités des élus de la majorité de Tours voter différemment. Certains allant dans le sens de la proposition de Thibault Coulon de différer la décision, le temps que la commission des finances soit installée et puisse analyser le dossier, d’autres non.

Lire sur Info Tours notre article : Combien on paye les élus ? Vaste débat pour entamer le mandat de Tours Métropole

Il ressort de ce premier conseil, une impression de volontés de renouveler les pratiques, de faire de la Métropole un outil fédérateur plus transparent. Wilfried Schwartz en est bien conscient. Le nouveau président s’est d’ailleurs engagé à lancer une réflexion sur un pacte de gouvernance, « afin de mieux travailler ensemble ». Sachant l’importance de rendre la Métropole plus accessible aux habitants, il a également proposé « la mise en place rapide de pôles de proximité dans les communes  » ainsi qu’une vice-présidence à la transition citoyenne qui est revenue à l’élue tourangelle Marie Quinton. Autant de premiers signes d’une conviction générale de la nécessité de faire bouger les lignes. Place désormais aux actes.

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