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Un musée à domicile

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On connaît les collections de timbres, de fèves ou de cartes postales. Moins celles consistant à rechercher les raquettes, les objets de mode du XIXe, les tricotins… ou les sardines millésimées. Pourtant elles existent, ici, en Indre-et-Loire.

Rémi le rahaphiliste

Saviez-vous qu’autrefois on utilisait des boyaux de chat pour les raquettes de tennis ou encore que les raquettes de tennis de table ne seront plus forcément rouges et noires à partir de 2021 suite à une évolution de la réglementation ? Prof d’EPS en collège, Rémi est pongiste depuis l’enfance et passionné par l’histoire des sports de raquettes. A l’étage de sa maison de Truyes on trouve des accessoires de jeu de 1880 à nos jours, y compris ceux se rapportant au badminton ou au squash.

Son aventure a commencé il y a 5 ans, au moment d’offrir un cadeau à son père : un coffret de tennis de table avec raquette en vélin (la peau d’un petit veau), mais aussi des balles de la fin du XIXe siècle. Il s’est pris au jeu et cherche depuis à rassembler les plus beaux spécimens de raquettes de chaque époque, avec leurs particularités (exemplaires en bois, liège ou caoutchouc mais aussi aux formes particulières comme une raquette de tennis avec un manche à trois branches, particulièrement rare).

Sur le mur dédié au tennis de table, on peut mesurer l’évolution du design utilisé par les joueurs et les joueuses (le manche qui s’est raccourci au fil du temps, les formes ovales devenues rondes). En ouvrant les coffrets on découvre qu’à une époque on jouait aussi au badminton de salon et on peut prendre en main les anciennes balles de tennis pas encore jaunes et composées de cuir. Ça ne rebondissait pas du tout comme celles d’aujourd’hui, démocratisées à partir des années 80 avec l’avènement de la télévision… Ainsi, l’histoire des sports de raquettes est faite d’évolutions techniques pour améliorer les performances ou de changements liés au marketing.

Enfin, n’allez pas croire qu’une raquette en bois façonnée il y a plusieurs décennies est beaucoup plus lourde qu’un spécimen bien plus récent, vous pourriez avoir quelques surprises…

Liliane et ses articles de mode du XIXe siècle

L’histoire de cette collection trouve son origine il y a plus de vingt ans, après un accident de la vie : « Les fleurs étaient interdites à l’hôpital alors on m’a apporté des flacons de parfum. J’en ai reçu plein et quand j’ai voulu les exposer j’ai cherché à les mettre dans un contexte. » La suite n’est que découvertes et anecdotes. Assistée d’une amie, Liliane rassemble des objets ayant court dans les années 1850 à 1910.

Il y a par exemple le saute-ruisseau, genre de pince rattachée à une robe longue que l’on pouvait actionner d’un coup de poignet au moment de monter sur un trottoir ou de gravir un escalier… Le tout afin de ne pas se salir : « Les femmes s’en servaient pour remplacer les pages parce qu’elles ne voulaient pas mettre les enfants dans le placard si elles se rendaient à un rendez-vous galant. » On découvre ensuite les épingles à chapeaux : « Les dames ne pouvaient pas sortir la tête nue, ça signifiait qu’elles étaient de mauvaise vie. Néanmoins, elles n’avaient pas toutes les moyens d’avoir un chapeau pour le thé, pour le soir, pour le parc… Souvent, elles en achetaient un seul qu’elles décoraient de fruits, de fleurs ou de plumes selon les occasions. »

La collectionneuse chambraisienne souligne irrémédiablement la finesse de la fabrication artisanale : « Les ouvriers passaient certainement des jours sur ces pièces à une époque où il n’y avait pas de lumière. Ils travaillaient à la bougie. » Aux côtés d’une riche sélection d’éventails – dont un en plumes d’autruche – elle exhibe une ombrelle au manche pliant afin d’en faciliter le rangement, les tire-boutons pour attacher ses chaussures sans se casser les ongles, la pince qui servait à enfiler un gant plus facilement ou ce petit médaillon qui donne l’heure et qui pouvait renfermer un louis d’or.

Et puis il y a cette pièce maîtresse, la vinaigrette, petit médaillon que l’on garnissait de sel ou de vinaigre, destiné aux femmes engoncées dans leurs corsets : « Ça sentait mauvais et ça les réanimaient » raconte Liliane. La sienne est en argent mais les plus cossues pouvaient être en or ou garnies de pierres précieuses.

Lerig est puxisardinophile

La plupart des collections sont pensées dans un esprit de conservation du patrimoine… Celle-ci finira tôt ou tard par disparaître pour le bien de son initiateur. Si Lerig accumule les boîtes de sardines dans la cave de sa maison de Tours c’est dans le seul et unique but de patienter jusqu’au jour où leur contenu sera suffisamment affiné pour être dégusté sur une tranche de bon pain, en présence des copains ou de la famille.

Toute collection nécessite une certaine rigueur afin de dénicher l’objet idéal, celle de notre amateur de bons produits n’échappe pas à la règle en exigeant une sacrée maîtrise de la patience. Apparemment, le jeu en vaut la chandelle : « Il y a 12 ans j’ai lu un article dans lequel un chroniqueur gastronomique expliquait que les sardines en boîte se bonifient en vieillissant. Guillaume Long a également écrit une BD sur le sujet. J’ai trouvé ça génial et j’ai voulu essayer » raconte Lerig qui attend au moins 4-5 ans avant la moindre dégustation. Il résume cela en une formule : « C’est comme si je gardais du vin sauf que moi je fais vieillir des sardines. »

Comme le vin, « une piquette qui va vieillir ce sera toujours de la piquette. » Au fil des années, le père de famille a donc affiné sa technique dans le but d’éviter les mauvaises surprises : il sélectionne certaines maisons (essentiellement bretonnes), et des produits bien particuliers. Ainsi, il ne faut pas plus de 48h entre le moment ou la sardine sort de l’eau et celui où elle se retrouve dans la boîte. L’huile d’olive c’est très bon mais avec le temps, la neutralité de l’huile de colza et de l’huile d’arachide favorise l’expression du goût du poisson. « Je préfère les sardines frites que celles cuites à la vapeur, leur chair est plus ferme. » On évitera aussi les recettes épicées car en vieillissant ça prendra le dessus sur l’animal.

Lerig n’est pas le seul passionné du genre en France et les conserveries ont flairé le filon : elles impriment clairement l’année de pêche sur leurs boîtes (encore un parallèle avec le vin), ajoutent parfois le nom du bateau et surtout se décarcassent pour leur design, faisant parfois appel à des artistes. On en trouve également à l’effigie de festivals. Même avec ces excentricités, « ça reste un plaisir très abordable entre 5 et 7€ la boîte, rarement plus de 10€. » De quoi acheter des lots pour profiter pleinement du résultat. Mais attention à ne pas trop attendre non plus, beaucoup d’amateurs estimant qu’au-delà de 10 ans les bénéfices de l’affinage s’estompent voire déclinent.

Christine la tricotinophile

Le tricotin est un accessoire de couture qui permet de faire des boudins de tissu et in fine des bracelets ou des colliers. Christine peut en parler des heures et a édité plusieurs livres sur le sujet. Elle a même appris à l’entreprise La Redoute que l’origine du mot lui revenait, à l’époque où elle avait déposé la marque (ces archives ont ensuite disparu des armoires de la société). « J’ai commencé par en acheter pour réaliser des ateliers avec les grands-mères, les mamans, les enfants et quelques papas. Sur Internet je voyais des annonces de tricotins présentés comme anciens mais je voyais bien qu’ils ne l’étaient pas. Je disais à mon mari :’tu te rends compte ? Le bois a peut-être 30 ans mais il a été peint avant-hier !’ »

Dans sa maison, à Tours, la retraitée dispose de plusieurs vitrines où se côtoient ces ustensiles de quelques centimètres de haut, ses plus anciens modèles étant ceux fournis aux soldats dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale. Comme eux ils arborent un pantalon rouge et un haut bleu-ciel. « On ne sait pas trop quand ça a commencé le tricotin mais grâce à l’archéologie on en a retrouvé en pierre taillée et datés du premier siècle après Jésus Christ. A l’époque médiévale, on s’en servait pour faire des chaînettes dans le but d’accrocher les peaux de bêtes. »

Et si l’on pense que c’est un jouet de fille, Christine répond « pas du tout » : « C’était un outil pédagogique dans les écoles de garçons. J’ai eu la chance de rencontrer quelques messieurs qui en avaient utilisé : de temps en temps les instituteurs organisaient des concours pour occuper les enfants pendant les vacances. » Dans les décennies suivantes, le tricotin est devenu un objet marketing avec des exemplaires à l’effigie de Mickey, Bécassine, Charlot, Napoléon, le Père Noël… On trouve en prime des figurines représentant un pompier ou à la gloire de marques comme Banania. Beaucoup d’entre eux ont été fabriqués dans le Jura, département reconnu pour son industrie du bois, d’autres viennent d’Allemagne ou des Etats-Unis et enfin certains sont réalisés en mode récup’ à base de haut de chaise, par exemple.

Photos : Claire Vinson

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