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Tours Métropole : Wilfried Schwartz reste pour le moment président

Contrairement à ce qu’il avait annoncé dans un courrier aux élus métropolitains, Wilfried Schwartz n’a pas démissionné de son poste de président et pourrait même le garder jusqu’en septembre face à la paralysie politique qui règne au sein de l’exécutif intercommunal…

C’est le genre de séquence à laquelle la politique tourangelle est trop souvent habituée. Celle des réunions portes closes et des échanges et discussions loin des regards des curieux. Une façon de régler les conflits et trouver les arrangements en privé, avant de faire bonne figure en public et de jouer la partition de la cogestion intelligente et de l’unité pour le bien du territoire.

L’annonce de Wilfried Schwartz la semaine dernière de sa volonté de démissionner de la Présidence de Tours Métropole, sur fonds d’accusations de violence morale et physique à l’encontre de collaborateurs et personnels métropolitains (ce que l’intéressé nie fermement), aurait ainsi dans d’autres territoires ouvert à juste titre une crise publique majeure et d’aucuns auraient alors pris fermement position.

Pas ici… Si « en off » beaucoup d’élus se sont dit choqués, annonçant leur désir de faire redémarrer d’une nouvelle manière une institution aujourd’hui à l’arrêt, afin de rassurer les services d’une part, mais aussi pour faire avancer les projets pour le territoire d’autre part, la parole publique elle se fait rare et est quasi inexistante. « Je ne peux pas vous parler, tout se fait à la tourangelle » nous répond simplement ce matin un élu qui visiblement accuse le coup. En clair : Prière de ne pas trop faire d’esclandre et de ne pas parler publiquement.

Wilfried Schwartz président jusqu’en septembre…

C’est ainsi que la question de l’avenir de la Métropole s’est jouée ce jeudi soir dans les couloirs de l’Hôtel Métropolitain, lors d’un bureau exécutif (l’ensemble des vice-présidents et maires) puis d’un bureau des maires (réunissant seulement les maires des 22 communes) à huis-clos. Le sujet brûlant était bien sûr la suite à donner à la démission de Wilfried Schwartz. Enfin, plutôt l’intention de démissionner, car jusqu’à présent le maire de La Riche ne l’a pas fait officiellement et ne le fera finalement pas dans l’immédiat d’après nos informations.

Il aurait été décidé en effet une sorte de statu-quo avec le maintien de Wilfried Schwartz comme président jusqu’au mois de septembre, ce dernier étant néanmoins encadré par un bureau restreint collégial de cinq vice-présidents (Cédric de Oliveira, Laurent Raymond, Christian Gatard, Emmanuel Denis et Frédéric Augis selon nos informations) qui aura en charge les relations avec les services et la communication externe notamment…

L’enjeu est à la fois d’apaiser les relations avec les services et les syndicats qui étaient montés au créneau la semaine dernière en accusant ouvertement et directement Wilfried Schwartz de management brutal (ce que ce dernier nie) et soigner l’image vers l’extérieur. Car les élus le savent, celle-ci risque d’en pâtir, avec une impression d’arrangements à pas feutrés que certains n’hésiteront pas à évoquer comme de la tambouille politicienne. 

Gauche et droite se comptent

Nous l’avons déjà écrit, le système de cogestion transpartisane initié dès la création de Tour(s) Plus en 2001 a permis à l’agglomération tourangelle de se doter d’une intercommunalité et de la lancer et c’était nécessaire. Néanmoins celle-ci montre aujourd’hui toutes ses limites et devient un véritable frein. Suite aux dernières élections municipales de 2020, la gouvernance a changé et ce sont désormais 87 élus qui siègent avec des compétences importantes pour le territoire et les habitants attendent plus de clarté et de transparence. Seulement, aucune majorité ne se dessine vraiment qu’elle soit politique ou dans la façon de voir les choses.

L’annonce de la démission de Wilfried Schwartz la semaine dernière a néanmoins réveillé la droite locale. Si l’an passé cette dernière avait adoubé le maire de La Riche comme président, cette fois, elle semble bien décidée à refermer cette page et reprendre la présidence, étant légèrement majoritaire sur le plan comptable parmi les 87 élus de l’assemblée intercommunale.

Le candidat désigné c’est Frédéric Augis, le maire de Joué-lès-Tours. Or ce dernier n’a jamais caché que selon lui la cogestion ne peut plus fonctionner comme auparavant et qu’il est nécessaire d’avoir une gouvernance plus politique. En clair, s’il était élu président les postes clés de vice-présidents reviendraient à la droite.

Difficile à encaisser pour la gauche locale mais surtout pour la ville de Tours qui bien que ville centre et représentant 40% des habitants de l’intercommunalité verrait son influence clairement baisser dans les politiques à venir. L’an dernier, Emmanuel Denis se félicitait en effet qu’en échange du fait que Tours ne réclame pas la Présidence de l’intercommunalité, les élus issus de sa majorité avaient obtenu 8 vice-présidences jugées clés comme les mobilités, la rénovation urbaine ou encore la politique alimentaire… Inconcevable donc de lâcher tout ceci à peine un an plus tard.

A l’inverse, même majoritaire sur le plan comptable (à condition que tous les élus étiquetés ou considérés à droite votent unanimement) la droite locale peut difficilement entrer en confrontation avec la ville de Tours. Pour équilibrer la balance, une stratégie pourrait être de confier à un membre de l’opposition municipale de Tours un poste de vice-président, l’idée trotte dans certaines têtes… Mais là encore c’est entrer en conflit politique avec la majorité du maire de Tours et ses 30 élus métropolitains. Les équilibres restent fragiles et le blocage est bien là, chacun essayant de tirer son épingle du jeu, à défaut de vouloir imposer un rapport de force…

La crise est bel et bien ouverte, à tel point que le Conseil Métropolitain (donc public) qui doit se tenir le 08 juillet prochain pourrait être tout simplement annulé d’après certaines sources internes…  La Métropole est plus que jamais à l’arrêt et l’image renvoyée à l’extérieur se révèle bien désastreuse…