A la unePolitique

Tours Métropole : la démission de Wilfried Schwartz met en lumière une crise profonde



L’annonce de la démission de Wilfried Schwartz de son poste de président de Tours Métropole met en lumière une crise profonde au sein de l’intercommunalité avec d’un côté une crise politique et de l’autre une crise dans la gestion humaine…

C’est par un courrier électronique, envoyé aux maires des communes membres de Tours Métropole en début d’après-midi, que Wilfried Schwartz a annoncé sa volonté de démissionner de son poste de président de Tours Métropole, qu’il occupe depuis juillet 2020.

Dans son texte, l’élu de 36 ans – classé à gauche mais non encarté – explique d’abord que son choix est lié à sa candidature au poste de conseiller départemental du canton de La Riche / Ballan-Miré (en duo avec Solenne Marchand) : « En menant cette campagne, je me suis rendu compte une nouvelle fois que mon rôle était bien celui d’être le défenseur de ce canton, de ce territoire. Ce rôle de proximité je souhaite l’exercer à fond. »

Autrement dit, il est conscient qu’il n’aurait pas assez de temps pour être maire de La Riche, élu au Département et président d’une communauté de communes de 300 000 habitants. Il poursuit en affirmant : « Je n’ai jamais été favorable à ce que le Président de la métropole devienne le grand chef de nos 22 communes pour 6 ans. La modernité de l’action publique serait d’imaginer ensemble une présidence tournante chaque année et un bureau des maires davantage au cœur de la gouvernance. J’estime qu’il est temps pour moi d’arrêter et de tenter cette innovation avec vous, celle d’une présidence tournante. »

 

Un président poussé vers la sortie ?

Une telle stratégie politique n’avait jamais été évoquée auparavant. Et il est difficile de ne pas y voir une tentative de sortie habile de la part de Wilfried Schwartz. Car depuis plusieurs jours, une rumeur monte sur le fait que Wilfried Schwartz serait poussé vers la sortie par ses collègues maires. En coulisses, les téléphones des uns et des autres chauffent pour décider d’une stratégie visant à évincer le président de Tours Métropole. Tous préfèrent néanmoins d’attendre la fin des élections départementales afin de ne pas être accusés d’instrumentaliser celles-ci.

Car le problème dépasse le simple cadre politique. Si les élus de l’exécutif métropolitain lâchent celui qu’ils ont adoubé comme président un an plus tôt c’est pour des problèmes de gestion humaine d’une partie du personnel de Tours Métropole. « On ne peut pas cautionner ce qu’il se passe » témoigne à couvert un élu en revenant sur un incident survenu le vendredi 12 juin avec une employée du service communication, suivi d’un malaise pour cette dernière qui est depuis en arrêt.  

Une affaire suite à laquelle le CHSCT de Tours Métropole qui s’est réuni vendredi dernier (18 juin) a diligenté une enquête psychologique au sein des services. Et si les syndicats étaient en alerte, ces derniers souhaitaient attendre également la fin de la période électorale dans laquelle Wilfried Schwartz est engagé, avant d’ébruiter les choses. Finalement, un nouvel épisode ce mercredi 23 juin a précipité les choses. Dans la matinée, Wilfried Schwartz aurait eu en effet une altercation avec son directeur de cabinet, qui aurait reçu une claque dans l’échange. Ce dernier a dans la journée même déposé une plainte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » auprès du parquet de Tours.

 

Les syndicats évoquent des « atteintes verbales, psychiques et physiques à l’encontre de collaborateurs de toutes catégories »

Un événement qui a poussé l’intersyndicale à sortir de son silence et à convoquer une conférence de presse dans la journée au cours de laquelle les représentants syndicaux ont évoqué ces dernières semaines des « atteintes verbales, psychiques et physiques à l’encontre de collaborateurs de toutes catégories » et « directement liées à la personne du président de Tours Métropole ».  

Si Wilfried Schwartz n’était pas joignable ce mercredi, quelques proches du maire de La Riche ont accepté de parler mais sujet sensible oblige, à couvert eux-aussi. Tous évoquent une « cabale politique évidente » à l’encontre de Wilfried Schwartz. Pour un proche les accusations ne tiennent d’ailleurs pas la route : « il n’est quasiment pas en contact avec les services, on ne peut pas tout lui reprocher. »

Cette crise a néanmoins des airs de déjà-vu. Il faut rappeler en effet que ce n’est pas la première fois que l’homme est en proie à des accusations sur son comportement avec un précédent au sein de la mairie de La Riche en 2019. Les syndicats évoquaient alors « un autoritarisme exacerbé, une absence de concertation et surtout un manque de considération envers les agents. » Une crise qui avait été jusqu’à une plainte d’une ancienne directrice des services, finalement classée sans suite.

Si Wilfried Schwartz n’a à l’heure actuelle pas officiellement démissionné mais fait part simplement de son intention de le faire, il parait désormais improbable qu’il se maintienne à ce poste de président. Un bureau exécutif de la Métropole doit se tenir le 1er juillet prochain pour évoquer la suite. De cette réunion à huis-clos devrait sortir la nouvelle organisation métropolitaine, avant d’être entérinée le 08 Juillet lors du prochain Conseil Métropolitain. D’ici là, les journées devraient être agitées pour les élus afin de choisir non seulement celle ou celui qui succédera à Wilfried Schwartz mais aussi poser les bases d’une nouvelle gouvernance et d’un apaisement avec les employés des services métropolitains… Un apaisement nécessaire d’un point de vue humain mais aussi politique avec la nécessité de relancer une métropole aujourd’hui à l’arrêt.