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Tours Métropole : La cogestion a-t-elle vécu ?

Malgré les volontés affichées de nouvelles ambitions au lendemain des élections municipales qui ont redistribué les cartes au sein de l’assemblée de Tours Métropole, les élus de l’intercommunalité de l’agglomération tourangelle peinent à définir des lignes claires dans les politiques souhaitées. La cogestion qui prévalait jusque-là semble s’effriter au fur et à mesure sans qu’une ligne politique défendue par une majorité franche ne se dégage pour autant…

Jusqu’en juillet dernier, les conseils métropolitains se faisaient dans cette optique de cogestion, de manière très (trop pour certains) consensuelle. Un choix toujours assumé et justifié jusqu’à cet été, par le nécessaire besoin de dépasser les clivages politiques pour préserver l’équilibre des territoires de l’agglomération tourangelle.

Une nécessité dans une intercommunalité jeune, née en 2001 à la suite de la loi Chevènement et dans un territoire souffrant depuis de nombreuses décennies d’une défiance entre la ville centre et les communes voisines, suspectes sur les intentions de Tours. Pour arriver à créer une intercommunalité il a fallu donner des garanties que Tours ne soit pas hégémonique notamment par la baisse de la représentativité des élus de Tours par rapport à son poids démographique au profit des communes voisines. Depuis c’était sous une forme de cogestion donc avec une prééminence aux maires des différentes villes, via le bureau exécutif, véritable organe décisionnel. Un système qui a permis de dépolitiser les débats et l’intercommunalité, mais à l’inverse à rendre peu clair et peu transparent ce qu’il s’y passait.

Ce mode de fonctionnement a semble-t-il vécu. Depuis les dernières élections municipales, l’assemblée métropolitaine a évolué en nombre : les élus passant de 55 à 87, avec une représentativité des communes proportionnellement à leur nombre d’habitants. De quoi renforcer sur le papier, le poids de la ville de Tours et redistribuer les cartes.

Pourtant six mois après la prise de fonction de la nouvelle assemblée métropolitaine, c’est toujours le clair-obscur qui domine et une impression de fragilité. Le président Wilfried Schwartz sait l’équilibre politique instable. D’un côté si la cogestion n’a pas totalement disparu, elle est aujourd’hui clairement affaiblie. Problème : de l’autre côté aucune majorité franche ou de consensus ne se dégage réellement.

Une majorité de Tours qui peine à exister

La majorité de la ville de Tours, malgré ses 30 élus envoyés à la Métropole peine à exister en tant qu’entité. Peu aguerrie et plutôt novice, l’équipe dirigée par Emmanuel Denis découvre un univers métropolitain aux codes et usages bien en place dans lesquels elle peine à se retrouver alors même qu’elle se retrouve en minorité. Ayant affiché des ambitions politiques assez fortes, notamment sur la transition énergétique, elle a pu par ailleurs créer de la méfiance de la part d’élus voisins, pas prêts à lui donner un blanc-seing pour ses projets et une politique que beaucoup jugent comme trop radicale.

De quoi affaiblir le maire de Tours, Emmanuel Denis qui a connu un premier gros échec sur la gestion de l’aéroport dont il avait pris la présidence via le syndicat mixte qui gère la plateforme avant d’en démissionner ce jeudi soir (lire par ailleurs). Problème, il est aujourd’hui difficile voire impossible de se passer de Tours Métropole pour mettre en place des politiques publiques fortes.

Des équilibres politiques fragiles

Par effet de ricochet, le président de Tours Métropole Wilfried Schwartz se retrouve également dans une position instable. Elue à la faveur d’une majorité (serrée) de gauche grâce notamment aux élus de la majorité de Tours, ce dernier doit aujourd’hui jongler entre toutes les composantes de son assemblée pour réussir à définir une politique globale et claire. L’équilibre est délicat et le consensus peu évident à faire tant les intérêts et envies divergent parfois largement entre les communes mais aussi entre élus de bords politiques différents.

A ce jeu, un socle d’élus de droite non négligeable veille à garder un rôle majeur dans l’assemblée et ne compte pas se contenter d’une simple figuration. L’ancien président Philippe Briand veille pour l’instant à distance dans l’attente du procès Bygmalion. Si l’issue juridique se montrait favorable pour lui, il se murmure qu’il pourrait revenir sur le devant de la scène pour peser de tout son poids en cas de blocage à la Métropole. Nul doute qu’il réussirait si c’était le cas à fédérer la droite, mais aussi certainement l’opposition tourangelle qui trouve à la Métropole un moyen de peser sur les politiques publiques ou encore une frange d’élus allant d’un centre-gauche aux non-étiquetés issus des petites communes, peu en phase avec les élus de la majorité de Tours.

Wilfried Schwartz va devoir affirmer sa présidence et affiner le curseur d’une intercommunalité dont on peine à voir quelle direction elle prend, s’il ne veut pas être mis en défaut. Le mandat s’annonce agité. Les premiers couacs sont apparus publiquement, ce qui n’est jamais un bon signe. Reste une image d’une institution qui devra trouver rapidement son cap, sous peine de voir tout un territoire mis à l’arrêt.

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