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Que retenir de la colère des « gilets jaunes » ?

Le mouvement des « gilets jaunes » a donc débuté ce samedi 17 novembre sur fond de colère populaire autour de la politique fiscale. Un mouvement qui aura réussi son coup d’essai avec près de 300 000 manifestants en France. Un mouvement inédit dans sa forme spontanée et citoyenne qui le rend difficile à appréhender et à comprendre. Nous avons passé une grande partie du week-end à leurs côtés. Voici les enseignements que nous avons rapportés.

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Une colère populaire profonde

Premier enseignement, la gronde née sur les réseaux sociaux a bel et bien été transformée en mouvement de masse dans la rue, retranscrivant une certaine colère populaire bien ancrée pour cette partie de la population française. Oui car de l’autre côté, si beaucoup de « gilets jaunes » se revendiquent être « le peuple français » pour reprendre les propos entendus, il n’en reste pas moins qu’avec 300 000 manifestants, ils ne représentent qu’une partie de ce peuple.

Une partie qu’il ne faut pas mépriser pour autant, bien au contraire, car la forme inédite d’un tel mouvement, plutôt spontané et en dehors de toute structure syndicale, décrit bien plus qu’un simple mouvement d’humeur mais bel et bien un ras-le-bol profond pour lequel la hausse du prix du carburant n’est finalement que l’étincelle qui a allumé la mèche.

Relire : comprendre la colère des « gilets jaunes »

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Un mouvement confus sur ses intentions

Derrière ce ras-le-bol, il est compliqué néanmoins d’avoir une opinion claire sur les intentions des membres de ce mouvement peu coordonné. Au fil de nos rencontres et des discussions entamées (quand elles ont pu l’être), il nous est apparu qu’il y a finalement autant de raisons à cette colère que de « gilets jaunes ». Pour certains c’est la hausse des carburants, d’autres la question de la CSG, ici l’impression d’un matraquage fiscal envers les salariés, là encore la suppression de l’ISF…

Point commun à tous, les questions fiscales sont au centre de la colère avec en fil rouge toujours cette impression entendue déjà de multiples fois, de devoir toujours plus payer avec la crainte de ne pouvoir finir les mois dignement. Un marasme général provenant d’une frange de la population ayant des petits revenus et qui se sent méprisée. Quant aux solutions attendues, elles restent floues et parmi ceux que nous avons interrogés, peu avaient des revendications concrètes et attendaient quelque-chose du gouvernement.

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Un mouvement poujadiste ?

C’est un des arguments mis en avant ces derniers jours par ses opposants. Le mouvement des « gilets jaunes » serait dans la pure lignée du poujadisme, du nom de ce mouvement populiste des années 50, né sur fond de révolte fiscale (déjà) et de défense des petits commerçants et artisans. Nous nous garderons de dresser une comparaison historique, les époques étant foncièrement différentes, mais ce qui ressort des heures passées aux côtés des « gilets jaunes » est une profonde aversion envers tout ce qui ressemble de près ou de loin à une institution et en première ligne des critiques : Emmanuel Macron. Elu sur la vague du « dégagisme » en 2017, le président de la République semble être lui aussi dorénavant face à cette même vague et beaucoup rêvent d’une démission du Président, du gouvernement ou de l’Assemblée Nationale. Ce qui est reproché à Emmanuel Macron, « le président des riches » pour tous, c’est sa politique mais aussi sa communication perçue comme méprisante envers la population.

Derrière cette volonté de « dégagisme » fort, se cache également la question de la récupération politique, notamment par l’extrême-droite, de ce mouvement officiellement apolitique justement. Si la très grande majorité des manifestants se tient éloignée de ces questions, il est difficile de nier qu’une partie de l’extrême droite est bien implantée dans le mouvement. Sur les groupes facebook dédiés (là où est né le mouvement), de nombreux commentaires abondent dans ce sens, tout comme les partages de vidéos et posts venant de sites comme Egalité et Réconciliation d’Alain Soral. Sur place également, si la présence de l’extrême droite ne s’affiche que rarement officiellement, les discours entendus restent proches de ceux véhiculés habituellement par cette dernière, non sans un certain complotisme d’ailleurs. Lors de notre journée, nous avons ainsi entendus en vrac des propos contre les francs-maçons, les médias et tout ce qui ressemble de près ou de loin à une institution… tous sources de tous les maux…

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Et maintenant ?

Le mouvement semble s’organiser et se réguler de lui-même. Les plus motivés veulent continuer le mouvement, et même moins nombreux, des actions ciblées peuvent perturber le pays. En témoigne l’opération autoroute gratuite au péage de Monnaie ce dimanche. A la différence de la veille, les gilets jaunes ont réduit leurs zones d’action pour se concentrer sur des endroits stratégiques dont ce péage où ils ont pris position dans la matinée à 300 et ont organisé des barrages filtrants en ne faisant pas payer le péage aux automobilistes. Un péage qu’ils comptaient occuper toute la nuit avant d’envisager d’autres actions dans l’agglomération. Certains envisageaient ainsi le blocage du dépôt pétrolier. Pour cela ils espéraient avoir du renfort et notamment les chauffeurs routiers qui pourraient pour certains entrer en grève.

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