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Projet des Halles : le veto des commerçants

Plus de 70 commerçants du quartier des Halles signent ce jour une tribune dans laquelle ils s’opposent farouchement au projet de rénovation porté par la Ville de Tours et le promoteur Icade. Explications.

La tribune des commerçants

C’est une tribune qui fera parler. A quelques mois des élections municipales, c’est une épine dans le pied du maire de Tours, Christophe Bouchet. Alors que ce dernier a fait de la rénovation des Halles, un projet fort de sa fin de mandat et de la campagne électorale à venir, les commerçants du quartier viennent de lui mettre de sacrés bâtons dans les roues. La cause : une intervention du maire de Tours le 03 septembre dernier sur le plateau de TV Tours, au cours de laquelle Christophe Bouchet annonçait un début des travaux pour le 2e semestre 2020. Une annonce qui n’est pas passée auprès des commerçants des Halles, mais aussi du quartier et c’est finalement tout sauf une surprise, vu les grondements que ce projet avait suscité en coulisses depuis plusieurs mois.

Lire également la réponse du maire de Tours à cette tribune, ici

Une gronde qui monte depuis plusieurs mois

Pour rappel, en novembre dernier, entouré d’Icade, le maire de Tours et ses adjoints avaient présenté des visuels des nouvelles Halles. Dans une vidéo de présentation séduisante, on y voyait un tout nouveau bâtiment, moderne, constitué de verre. Autour, les abords étaient refaits également. Des visuels qui avaient séduits. Du moins sur la forme. Car sur le fond, rapidement les premiers écueils sont apparus. Les observateurs avisés faisant remarquer que les visuels s’abstenaient de présenter les immeubles qui seront construits au nord de la place, en se concentrant sur le bâtiment central…

Chez les commerçants, la gronde n’avait pas tardé à monter également. Le jour même de la conférence de presse de présentation… A quelques minutes de présenter le projet, le maire de Tours et les représentants des commerçants (Union des Commerçants des Halles (UCH) et Syndicat de propriétaires) avaient notamment eu un échange vif, ces derniers reprochant à la ville de ne pas être assez impliqués dans le processus. Certains s’agaçaient également des déclarations du maire qui répondant à la presse avait déclaré : « Si tout le monde n’est pas d’accord, si un seul bloque (ndlr : propriétaire) cela ne se fera pas. A chacun de prendre ses responsabilités ».

 Le projet en question :

Le projet prévoit une reconstruction par étapes du bâtiment actuel. Le futur bâtiment sera constitué d’une paroi en verre recouverte de végétalisation. Au rez-de-chaussée, les commerces de bouche resteront, tandis que les étages seront consacrés à différentes activités : restauration, ateliers… Sur le toit, un jardin suspendu est également prévu. Aux alentours, la partie Est de la place Gaston Paillhou deviendra piétonne, tandis que la circulation automobile sera concentrée sur la partie ouest via un double sens de circulation. Au sud du bâtiment des Halles, des logements doivent être érigés, tout comme au nord au niveau de la place Rouget de Lisle.

On touche ici au plus délicat des points : Les Halles c’est une cinquantaine de propriétaires différents, dont certains exploitants des commerces. On trouve également chez ces propriétaires des sociétés comme Citya ou encore la ville de Tours. Il faut donc l’accord de tout le monde pour que le projet voit le jour. Oui mais certains veulent des garanties, qu’ils n’ont pas aujourd’hui selon plusieurs commerçants rencontrés. Des commerçants qui se sentent pour certains exclus du projet, alors qu’ils seront les premiers impactés, notamment durant la durée des travaux, estimée à cinq ans et pour laquelle ils souhaitent des garanties.

Le manque de concertation pointé par les commerçants

C’est d’ailleurs le sens de la tribune diffusée ce jour. Les commerçants signataires, après avoir rappelé en préambule leur adhésion à l’idée d’un projet de rénovation des Halles, évoquent « une pseudo méthode de concertation » et une absence de dialogue. Parmi leurs griefs, on note « la concentration du projet sur l’armature et les nouveaux bâtiments résidentiels ». Et les commerçants de faire part de leur refus d’adhérer à ce « simple projet immobilier. »

En clair, les reproches portent non seulement sur un manque de dialogue mais aussi sur un manque de fond au projet. Paradoxalement, c’est l’annonce d’un projet pour les étages des Halles, l’installation de l’Institut du Goût qui a renforcé la grogne en juin dernier. Finalement reportée à cause de l’épisode de canicule, cette annonce, avait néanmoins agacé l’Union des Commerçants des Halles. « Encore une fois on a été mis devant le fait accompli, sans aucune discussion préalable » s’agace encore aujourd’hui un commerçant.

Pourtant, pour faire valoir leur bonne volonté, certains commerçants rappellent que l’UCH avait été force de proposition en lançant un questionnaire fin 2017 ou encore en présentant à la Ville et à Icade, un projet pour faire des Halles « Une Cité internationale du terroir » dans lequel ils envisageaient dans les étages « un programme culturel, éducatif et pédagogique » avec une sorte de parc à thème autour de l’alimentation avec des ateliers de cuisine, un espace dédié aux arts de la table ou encore un restaurant interactif et holographique… Un projet qui intégrait également les problématiques des commerces au rez-de-chaussée, avec une évolution des services (bornes interactives, services de livraison, espaces conseils autour de l’alimentation…).

Le dialogue est-il rompu contrairement à ce qu’affirme régulièrement le maire de Tours ? Pour les commerçants il est en tout cas grandement insuffisant.

« Sous prétexte de redynamiser le centre-ville, on va asphyxier pendant 5 ans le quartier le plus dynamique de la ville »

Outre le manque de concertation, c’est aussi l’intérêt du projet présenté qui est remis en cause par les commerçants.  « Jusqu’ici l’ensemble des commerçants et des acteurs du quartier, habitants compris, cohabite bien ensemble, c’est ce qui rend vivant le quartier. Demain, ce projet risque d’entraîner une hausse des prix et une perte de l’ambiance des halles, avec le risque de voir des franchisés arriver » avance Henri Clément.  « Sous prétexte de redynamiser le centre-ville, on va asphyxier pendant 5 ans le quartier le plus dynamique de la ville » pointe un autre commerçant. « Il y a un manque de transparence » avance encore Henri Clément, « nous n’avons aucune étude de marché, aucune étude d’impact. » Même son de cloche du côté de ses voisins, « On a vu un représentant d’Icade au tout début, mais depuis plus rien. »

Quant à l’Union des Commerçants des Halles, elle réaffirme sa « volonté de s’impliquer et travailler à l’élaboration d’un projet cohérent ». Un projet forcément différent de celui-ci donc…

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