Pourquoi les écologistes font peur ?

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Au-delà du fait d’avoir mis en avant la difficulté au sein de Tours Métropole pour dessiner une tendance politique majoritaire et un cap politique clair parmi les élus métropolitains, la démission d’Emmanuel Denis de la présidence du syndicat mixte de l’aéroport de Tours (voir notre article sur le sujet), a révélé le fossé qui reste à franchir aux écologistes pour faire passer leur message d’urgence climatique, tant ce dernier suscite de la méfiance et des réticences…

Jeudi soir, salle Jean Germain de l’Hôtel métropolitain, les élus de l’intercommunalité arrivent à la délibération 41 de l’ordre du jour du conseil qui les réunit ce soir-là. Celle-ci concerne des financements à hauteur de 3 millions d’euros sur trois ans pour l’aéroport, plus précisément des travaux nécessaires pour sa certification. Une heure plus tôt, le sujet a déjà agité les débats, suite à l’annonce de la démission surprise d’Emmanuel Denis de la présidence du Smadait, le syndicat gérant la plateforme aéroportuaire de Tours. Le sujet fait forcément de nouveau parler. Ce sont les élus de la majorité de Tours qui prennent la parole

« A l’aube d’une crise écologique grave je ne peux me résoudre à voter cette délibération en faveur d’une structure coûteuse, pas rentable et polluante. Je ne peux me résoudre à imaginer que ma voix soutiendra une activité que j’ai combattue pendant plus de 20 ans surtout que les 9 millions d’euros (ndlr : 3 millions d’euros par collectivité partenaire : Métropole, Département, Région) nécessaires risquent de ne représenter qu’une mise en bouche » s’exprime l’élue tourangelle Christine Blet. Christophe Dupin, présent en visio-conférence renchérit : « Il est irresponsable de subventionner le départ en vacances de quelques-uns. Ce modèle de croissance est fou. En tant qu’élus nous devons faire l’effort de contrôler cette tendance, nous devons écouter la convention citoyenne pour le climat et limiter le transport aérien. »

Dans l’assemblée, on entend des râlements, pouffements, rires moqueurs et même un « quelle bande d’illuminés » sorti discrètement par une élue classée à droite à sa voisine de table. Finalement, la délibération passera, malgré 13 abstentions, essentiellement des élus de la majorité de Tours et un vote contre, celui de Christine Blet.

S’il était sûr que la question de l’aéroport serait un point de friction majeur du mandat à la Métropole, au regard des positions historiques des écologistes sur le sujet, cette séquence résume à elle seule les barrières qui leur restent à franchir pour faire passer leurs visions, mais aussi convaincre les oppositions qui leur font face.

« Les petits pas ça ne suffit pas »

Retour en arrière. Fin 2018 et début 2019, plusieurs « marches pour le climat » afin d’alerter sur l’urgence climatique réunissent jusqu’à 3000 personnes à Tours. Parmi les manifestants, on retrouve Emmanuel Denis, mais aussi plusieurs personnes devenues élues par la suite avec ce dernier à la tête de la ville de Tours. Dans les cortèges, un mot d’ordre revient sans cesse : « les petits pas ça ne suffit pas » pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics face au réchauffement climatique.

Il est difficile de nier que le réchauffement climatique de plus en plus perceptible au quotidien entre les épisodes de canicule l’été, les inondations et autres catastrophes naturelles, n’a pas été pris en compte dans les politiques publiques ces dernières années.  Néanmoins ce slogan star des manifs contre le climat illustre les différences d’opinion et d’idéologies sur le sujet.

Car pour les écologistes, il convient avant tout d’agir vite, sous peine d’un retour en arrière impossible et cela conduit de facto à des décisions drastiques et fortes. Un discours de vérité pour les uns, un discours alarmiste surfant sur les peurs pour les autres.

Rarement, une ligne politique aura autant cristallisé de tensions, de méfiance mais aussi créé des oppositions franches et tranchées. Sur ces questions environnementales, le discours est en effet plutôt binaire avec d’un côté les partisans d’un profond changement et de l’autre des réfractaires à un changement brutal. Chacun se montrant plutôt ancré sur ses positions. « Nous faisons aussi de l’écologie, seulement, nous concertons, nous discutons et tentons de chercher le consensus » nous expliquait il y a peu l’élue d’opposition LR, Marion Cabanne, pour défendre le bilan environnemental de l’ancienne majorité dont elle était première adjointe mais aussi pour dénoncer « l’idéologisme et le dogmatisme » de la nouvelle équipe municipale.

« Les masques sont tombés lors du débat sur l’aéroport à la Métropole » avance lui Benoist Pierre, élu d’opposition et métropolitain de la ville de Tours, classé comme « macroniste ». Ce dernier évoque également un « discours dangereux, prônant la décroissance et jouant sur les peurs » de la part des élus de la majorité municipale, tout en avançant de son côté la défense d’ « un écologisme pragmatique ».

Gains à long terme contre pertes à court terme

De leur côté, les écologistes pointent eux l’urgence à agir comme une obligation : « Nous avons un mandat pour changer les choses après il sera trop tard » nous expliquait ainsi Emmanuel Denis pendant la campagne électorale des municipales, en assumant sa volonté de « changer de braquet » sur les questions environnementales. Parmi les leviers les plus visibles et les premiers auxquels s’est attaqué le maire de Tours, il y a les mobilités. La fermeture du pont Wilson fut la première pierre, le déploiement des pistes cyclables la suivante, tout cela corrélé logiquement à plus de contraintes pour les automobilistes. « Il faut changer les habitudes » assumait Emmanuel Denis lors de notre grand entretien de la rentrée (à revoir ici) lorsqu’on lui pointait les griefs tenaces à l’encontre de ces mesures. « On a une obligation de faire la révolution des mobilités. Si on enlève le bâti, 80% de l’espace public est dédié à la voirie automobile. En 1971 Pompidou avait dit « il faut adapter la ville aux voitures. » On voit les effets néfastes que cela a, la pollution de l’air qui entraîne 68 000 morts par an en France est liée à 30% à la pollution automobile. Il faut faire marche arrière aujourd’hui en adaptant l’urbanisme au XXIe siècle. » 

Bousculer voire brusquer les habitudes est sans aucun doute le plus grand défi des écologistes, tant les réticences peuvent être nombreuses. Le défi est grand surtout qu’il arrive après des décennies de schémas directeurs contraires et de croyances fortes en la croissance comme principal élément constructeur de la société. Le discours contraire apparaît dès lors comme radical. D’autant plus que les dangers sur l’avenir restent forcément abstraits, peu perceptibles voire incertains pour une partie de la population, tandis que leurs opposants avancent eux des répercussions immédiates de leur politique. C’est ce que le sociologue écologiste britannique George Marshall a défini comme le « syndrome de l’autruche », c’est-à-dire la tendance à privilégier le gain à court terme. En clair, naturellement la grande majorité de la population refusera ce qui est considéré comme des pertes à court terme (difficultés pour circuler en voitures par exemple) pour d’hypothétiques gains à long terme.

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