Les premiers pas très politiques du nouveau préfet d’Indre-et-Loire

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Ce lundi 2 janvier, Patrice Latron est officiellement devenu préfet d’Indre-et-Loire en remplacement de Marie Lajus, partie fin décembre. Un remplacement normalement anodin d’autant qu’il arrive deux ans et demi après le dernier changement du genre. Mais cette valse préfectorale a eu une portée nationale, car Marie Lajus est partie sans nouvelle affectation, autrement dit sans les honneurs officiels, et surtout sur fond de vifs désaccords avec les élus locaux. Autant dire que l’homme qui prend sa suite a du pain sur la planche.

La conférence de presse se termine et Patrice Latron demande aux journalistes d’RTL et BFM TV s’ils sont venus de Paris spécialement pour lui. Non pour notre confrère de la radio au logo rouge et blanc qui est basé en Touraine mais oui pour l’équipe de la chaîne info la plus regardée de France. En temps normal, jamais sa direction n’aurait envoyé du monde pour un sujet aussi bénin que la prise de fonction d’un préfet en Centre-Val de Loire. Sauf que celui-ci arrive dans un contexte particulier et il le sait bien, d’où sa question. La veille, BFM TV a justement parlé de son département au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lors d’une interview de début d’année. Ça aussi, on n’a pas l’habitude.

Rappel des faits : le 7 décembre, on apprend par des bruits de couloir que la préfète arrivée mi-2020 est sur le départ ce que le conseil des ministres confirme quelques heures plus tard. Très vite la raison de ce mouvement s’ébruite : Marie Lajus ne s’entendait plus du tout avec certains élus du département, au point que Paris a décidé de l’exfiltrer. Une goutte d’eau aurait fait déborder le vase : son scepticisme vis-à-vis d’un projet d’incubateur de startups à 15 millions d’€ dans le parc privé d’un château-hôtel de luxe situé sur la commune de Reugny. Un chantier qui pourrait être contraire aux objectifs d’une loi environnementale votée en 2020.

Voir notre premier article sur le départ de Marie Lajus

L’affaire passe vite des gazettes tourangelles aux médias nationaux via un premier article dans Le Canard enchaîné puis c’est Le Monde qui publie une tribune de soutien à Marie Lajus (signée par plusieurs personnalités tourangelles notamment associatives, mais pas d’élus de premier plan). Enfin, la révélation par 37 degrés d’une vidéo du pot de départ de la préfète où on la voit s’exclamer « Vive la presse libre » achève de convaincre tout le monde qu’elle s’est frottée à plus malin qu’elle. Et même si Gérald Darmanin a tenté d’éteindre la polémique à la télé en assumant de prendre ses responsabilités, ses propos montrent bien qu’il a tranché en faveur des élus plutôt que de soutenir la représentante de l’Etat qu’il avait lui-même nommée.

« Le sexisme en politique est toujours bien présent dans notre département. Comme l’a souligné en off une élue tourangelle (sur 37 degrés, ndlr) : « si Marie Lajus n’avait pas été une femme, certains élus auraient montré plus de respect envers ses décisions et arbitrages » » a réagi le collectif des élues locales d’Indre-et-Loire pour commenter cette affaire. « Comment encourager des femmes à s’engager dans la haute fonction publique si elles sont ainsi congédiées pour avoir fait le job ! Pour avoir appliqué la loi ! » poursuit-il quand EELV37 fustige un certain « clientélisme » et critique : « le comportement d’élus locaux qui pratiquent une politique de lobbying pour ne pas faire appliquer les lois sur leurs territoires. »

Un préfet qui promet d’accompagner les élus, mais…

Face à tout cela, les premiers mots de Patrice Latron étaient très attendus. Premier préfet masculin de Touraine après le mandat de deux préfètes, il revient lui-même aux affaires après une période sans affectation. Son dernier poste : directeur de cabinet au ministère de la Mémoire et des Anciens Combattants qu’il a quitté en mai 2022 lors du remaniement gouvernemental post-présidentielle. Auparavant, il a été officier dans l’armée, directeur de cabinet en préfecture, sous-préfet, directeur de cabinet à la préfecture de police de Paris, préfet de l’Yonne ou de St-Pierre-et-Miquelon.

De cette expérience, voici ce qu’il retient : « J’ai déjà rencontré des situations politiques au moins aussi compliquées qu’ici en Indre-et-Loire. » Quand on vous dit qu’il a très bien compris où il mettait les pieds… Ainsi, il câline autant les élus locaux qu’il ne les met en garde :

« Les élus n’ont jamais été aussi forts que lorsqu’ils s’entendent pour porter des projets en commun. Le rôle du représentant de l’Etat est d’accompagner les projets mais pas à n’importe quel prix. Le chemin est parfois étroit, souvent compliqué. C’est notre boulot de trouver une voie pour concilier ces impératifs. »

Patrice Latron pourra appliquer cet adage dans les tous prochains jours avec le maire de Reugny qui a déjà sollicité un rendez-vous, ce qu’il a immédiatement accepté. « Le rôle d’un préfet est d’aller au-devant des gens sur le terrain et de travailler ave les bonnes volontés. Je n’ai pas la prétention de ramener le calme dans les rangs, je ne cherche pas à imposer quoi que ce soit, je vais simplement travailler avec ceux qui ont envie de travailler avec moi » dit-il. Sur le projet d’incubateur de startups Da Vinci Labs, il assure donc n’avoir « aucun à priori » : « Ce que je comprends c’est qu’on n’est pas dans un moment où l’Etat doit trancher. On va attendre le résultat des études. » De son côté, la mairie de Reugny avait publiquement affirmé son soutien à Marie Lajus, se défendant d’avoir fait pression pour obtenir son départ ce qui aurait été, dit-elle, « contraire aux principes républicains auxquels nous sommes attachés ».

Le nouveau responsable de la préfecture tourangelle a également loué les qualités de sa collègue, assurant qu’elle avait été « aidante » lors d’échanges au téléphone avant sa prise de fonction. Il n’en dira pas plus.

Il faudra donc attendre plusieurs semaines pour dans quel schéma il s’inscrit. « J’ai le sentiment d’un territoire qui a énormément d’atouts historiques, culturels, industriels, touristiques » préjuge Patrice Latron quand on lui demande de commenter le contexte de son arrivée. Il promet d’être aux côtés des porteurs de projets, citant St-Pierre-des-Corps qui veut se développer autour de ses emprises ferroviaires ou Tours Métropole qui rêve d’un RER local. Il annonce également une grande attention aux difficultés du système de santé, avec un déplacement aux urgences de Trousseau dès ce mardi puis un autre auprès d’une association locale en maraude avec les sans-abris. « J’espère avoir la réputation de quelqu’un de rigueur, mais je sais aller au contact des gens » nous lance-t-il. Nul doute que plusieurs personnalités locales sauront lui rappeler ces propos dans les mois à venir…

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