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La Bourdaisière : 700 pieds bien sur Terre

En 1991, Louis-Albert de Broglie rachète le domaine de la Bourdaisière. En 1992, il y plante son premier pied de tomates. En 2019, il dispose de 700 variétés de tomates. Entre-temps ? Il a fondé un conservatoire et un festival sur ce fruit, bâti l’une des premières fermes en permaculture et a racheté l’entreprise pédagogie Deyrolle. Portrait d’un « prince jardinier » qui connaît bien son époque, ses problématiques mais aussi ses contemporains.

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Un verger-potager, une ferme en permaculture, un festival de la tomate, un autre sur les bois et forêts, une fête des plantes et des poules, un hôtel de charme… Depuis 1991, l’ancienne maison de retraite du domaine de la Bourdaisière est en pleine cure de jouvence. À bien observer le maître des lieux déambuler pieds nus au milieu de son laboratoire à tomates le pas, le verbe et les idées pressés, on ne peut vraiment s’étonner devant cette multitude d’activités qui a germé dans la tête de Louis-Albert de Broglie.

De Broglie (qu’on prononce Breuil), ce nom vous dit peut-être quelque chose.  Dans l’arbre généalogique, on peut notamment retrouver un président de l’Assemblée nationale, un président du Conseil, des maréchaux de France, un prix Nobel de physique et donc un « prince jardinier », comme ses proches aiment le surnommer.

Des banques aux potagers

Prince, de Broglie l’est depuis sa naissance. Jardinier depuis son enfance. Cette enfance, il l’a passée tous les étés dans la propriété familiale normande et plus particulièrement dans le potager à admirer autant les légumes que les outils qui servent à leur production. Diplômé d’une école de gestion, il devient ensuite banquier chez Paribas et gambade à travers l’Amérique latine et l’Inde de succursale en succursale. À 29 ans, il se lasse de ce milieu. Depuis plusieurs années, il apprécie la Touraine, la Loire et le commerce patrimonial développé par ses amis, les Saint-Bris, dans le manoir du Clos-Lucé à Amboise. Il attend la bonne affaire. En 1991, il entend son frère lui annoncer que le château de la Bourdaisière, à Montlouis, est à vendre. Il saute sur l’occasion et sur ce château Renaissance inscrit aux Monuments historiques.

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Mais il ne veut pas en rester là.  Quand on dispose d’un terrain de jeux d’une cinquantaine d’hectares où pourrait pousser une bonne partie de son imaginaire débordant, il faudrait être complètement fou pour s’en priver. Car fou il l’est. Du moins il l‘était dans l’esprit des locaux, quand ils ont vu le prince se prendre de passion pour un fruit qu’on retrouve de mai à septembre prendre possession de toutes les tables sans pour autant s’y intéresser au-delà de son goût si familier. La plupart des consommateurs la pensent uniquement ronde et rouge, de Broglie, lui, apprend, lors de visites chez les producteurs locaux, qu’elle peut être, notamment, verte et ovale. Rapidement, il se rend compte de la richesse d’un fruit connu et consommé par tous, mais que personne ne connaît vraiment. Alors, il veut le faire connaître et le sortir, comme il le dit, de cette « image d’étendard de la consommation mondialisée ». En 1996, le jardin de curé du domaine se transforme en un véritable laboratoire à tomates certifié par le CCVS (Conservatoire des collections végétales spécialisées) et qui voit aujourd’hui prendre pied 700 variétés. Afin de joindre l’agréable à l’utile pour tous, il décide d’axer le développement du domaine sur la pédagogie en respectant son credo : nature-art-éducation et en proposant en 1998, le temps d’un week-end, un festival de la tomate. Le pari est gagnant et la renommée du festival et du conservatoire dépasse les frontières.

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Son deuxième credo : observation, compréhension, engagement

Louis-Albert s’est toujours émerveillé pour les choses ordinaires. À cela, il y a ajouté un sacré flair en anticipant le phénomène qui s’est emparé de la France au début des années 2000 : l’intérêt du consommateur pour ce qu’il mange. Mais de Broglie sait que le Français est en demande d’une pédagogie qui ne concerne pas uniquement ce qu’il peut trouver dans son assiette, il cherche une explication simple sur tout ce qui l’entoure, sur son environnement local. En 2001, le prince jardinier accentue sa démarche pédagogique en rachetant l’institution Deyrolle. Entreprise de démocratisation scientifique rendue notamment célèbre pour ses maquettes scolaires et ses planches pédagogiques accrochées au fond des salles de classe. L’entreprise qu’il rachète possède une image vieillotte qu’elle a du mal à dépoussiérer. En quelques années, de Broglie nettoie, mais surtout fait entrer l’institution dans le 21e siècle et ses problématiques environnementales et sociétales en créant les planches « Deyrolle pour l’avenir ». Là encore la recette est payante et Deyrolle devient le partenaire officiel pédagogique de la COP 21, tout en participant à la construction d’écosystèmes dans l’aménagement de territoires.

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En parallèle, il poursuit ses innovations à la Bourdaisière tout en respectant son intérêt pour la biodiversité. Dans ses jardins, de Broglie donne naissance à un verger d’une centaine d’arbres fruitiers et à une parcelle de 300 dahlias, donnant à un aspect encore plus champêtre à un parc qui accueille de plus en plus de curieux.

Il ne s’arrête pas là. En coopération avec l’agriculteur Maxime de Rostolan, il fonde dès 2013, toujours sur ses terres « bourdaisiènnes », une ferme en permaculture expérimentale et le label biologique « Ferme d’avenir ». L’objectif est simple : produire bio tout en respectant l’écosystème afin de montrer une possible solution aux problématiques écologiques de demain. Même si le projet cherche encore un réel équilibre économique aujourd’hui, il se débarrasse petit à petit de son étiquette utopique et séduit agriculteurs, acteurs politiques et consommateurs.  Un peu à l’image de son initiateur aux 700 pieds…

Un degré en plus :

Du 7 au 8 septembre au Château de la Bourdaisière, Montlouis. De 10h à 19h.

Restauration sur place, pique-nique interdit. Animations culinaires, concours, conférences, expositions, jeux et visites sur le thème de « la tomate sous toutes ses formes ».

Tarifs : Plein tarif : 7,50 € / Tarif réduit : 5,50 € – Demandeurs d’emploi, personnes handicapées, étudiants, Montlouisiens, groupe à partir de 20 pers. (sur justificatif). Gratuit pour les enfant de moins de 10 ans.
Parking gratuit.
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