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« Il faut des aménagements qui permettront d’augmenter le nombre de cyclistes »

Il a rarement été autant question de vélo dans le débat public que ces derniers mois. Parmi ceux qui font le débat, on retrouve notamment les associations promouvant la pratique du vélo dans les déplacements quotidiens comme le Collectif Cycliste 37. Comment jugent-ils d’ailleurs ces débats et les évolutions de ces derniers mois ? Pour le savoir, nous nous sommes entretenus avec David Sellin, co-président du Collectif Cycliste 37.

Depuis 4 mois, le vélo fait régulièrement la une de l’actualité à Tours, je suppose que c’est une bonne chose selon vous ?

David Sellin : C’est une bonne chose oui car il y a eu des mesures de prises. Pour l’instant, elles restent symboliques mais elles ont de l’effet comme le pont Wilson ou encore la rue Buffon qui est un vrai plus et permet d’avoir enfin une alternative à la rue Nationale qui n’est plus cyclable depuis 2013. La refonte du revêtement du boulevard Heurteloup répond aussi à une attente, même si le mail central n’est pas pleinement satisfaisant pour les cyclistes.

Pourquoi cela ?

David Sellin : Pour qu’un aménagement soit pertinent il faut qu’il y ait une véritable séparation, là le mail est à la fois un lieu de promenade et un espace piéton qu’une voie pour les vélos. Et puis il y a des périodes où le mail n’est pas accessible aux vélos en raison des animations qui s’y tiennent (Vitiloire, marché de noël, marché aux fleurs pour le boulevard Béranger…). Il y a de la place sur le boulevard qui est large pour aménager une vraie piste cyclable sur ce secteur.

Le fait que l’on a rarement autant parler de la place du vélo en ville, c’est quelque-chose qui va dans votre sens ? On a l’impression que les cyclistes sont plus nombreux.

David Sellin : Oui mais il faut faire attention à ne pas créer de clivages. Pour que cela soit efficace il faut des aménagements propres qui permettront d’augmenter de manière significative le nombre de cyclistes. Il faut aller au-delà des 10% de part modale.

On vous reproche parfois de trop opposer les modes de transports entre eux.

David Sellin : Nous ne sommes pas contre les voitures, mais pour une utilisation raisonnée de la voiture en ville. Je suis moi-même automobiliste et je ne me définis pas par mon mode de transports, mais je pense que pour les trajets de moins de 5 km on peut se passer de sa voiture si des aménagements pertinents sont mis en place pour développer les autres modes de transport.

Quel est votre regard sur les pistes transitoires mises en place à la sortie du confinement justement ?

David Sellin : C’était surtout un rattrapage du retard qu’il y avait. Il y a eu également beaucoup d’effets d’annonces avec un mélange des termes employés. Entre une piste dédiée et une voie partagée ce n’est pas la même chose en terme de sécurité.

La piste transitoire rue des Tanneurs a été retirée, celle du pont d’Arcole risque de l’être aussi. Quelle est votre réaction ?

David Sellin : Je pense personnellement que ce n’est pas comme cela que l’on mènera une véritable politique cyclable. Pour y arriver, il faut prendre de la place à la voiture, y compris au niveau du stationnement. Sur le pont d’Arcole on ne peut que regretter cette décision si elle se confirme.

Certains commerçants du centre de Tours ont récemment lancé une pétition pour rouvrir le pont Wilson aux automobilistes. Vous avez une réponse à leur faire ?

David Sellin : Des études officielles (ndlr : pour exemple voir ici) ont montré que la part des clients venant en voiture était souvent surestimée en France. Ce serait intéressant d’avoir une véritable étude sur Tours. La perte de clientèle évoquée vient certainement de différentes raisons. La crise sanitaire a entraîné par exemple une crise des mobilités également avec une population qui s’est moins déplacée.

Le projet de deuxième ligne de tramway devrait être accompagné par la création de 30km d’aménagements cyclables. C’est un point qui vous convient ?

David Sellin : Pour l’instant nous sommes dans l’annonce, nous attendrons de connaître les détails pour nous prononcer. Le plus important sera d’insérer les différents réseaux entre eux. On sait très bien par exemple que toutes les rues ne pourront pas avoir de pistes dédiées aménagées, mais dans ce cas il faut créer des alternatives performantes.

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