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Atelier d’Offard : l’excellence du papier peint manufacturé à l’ancienne

Lundi 31 mai, l’atelier d’Offard ouvrait ses portes au public pour présenter ses locaux et quelques-uns de leurs produits dans le cadre d’une boutique éphémère. L’occasion de rencontrer son créateur et d’en apprendre plus sur lui et son activité d’artisanat de fabrication de papier peint sur mesure.

Difficile de s’asseoir tranquillement pour discuter avec François-Xavier Richard. Il s’assoit, on l’appelle, il revient puis pense à quelque chose à faire sans attendre, revient, repart, l’homme n’arrête pas. D’autant plus que l’année écoulée a vu le chiffre d’affaires d’Offard s’envoler. Heureusement, son épouse Muriel prend le relais gentiment. Car une des caractéristiques de l’atelier d’Offard, c’est que c’est une entreprise familiale. Lorsque François-Xavier a décidé de la créer en 2000, il est parti de rien. Heureusement son papa, Joseph, ancien ingénieur agronome, était à ses côtés pour l’accompagner notamment dans l’élaboration du matériel nécessaire à la fabrication des papiers peints. Après son diplôme de l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers, François-Xavier découvre véritablement le métier de dominotier (on y reviendra plus tard) lors de son passage dans l’entreprise Mauny. C’est le déclic : il va y consacrer sa vie mais en essayant de marier la tradition française des 18 et 19ème siècles avec la technologie moderne. Il donne le nom d’Offard à son entreprise d’après l’île d’Offard située à Saumur où il a débuté.

Mais revenons à l’histoire du papier peint. Au 18eme siècle, lorsqu’il est inventé, il a vite eu du succès car il était moins onéreux que les toiles utilisées pour orner les murs. A cette époque, la technique ne permettait que de produire des feuilles mobiles appelées dominos. Aujourd’hui, on est passé aux rouleaux que chacun connaît mais le terme a donné le nom de l’artisan qui les fabrique. A l’atelier d’Offard, François-Xavier Richard s’attache à préserver les collections historiques de l’histoire de son métier mais il utilise des techniques modernes. Il se sert notamment de tablettes graphiques pour relever les motifs de ses collections mais pour le reste, tout se fait à la main et avec des produits les plus naturels possible et il y tient. Et c’est là où Joseph revient sur le devant de la scène car c’est lui qui a mis au point beaucoup des outils qui permettent aux imprimeurs de l’atelier de mettre sur le papier les couches de peintures nécessaires à la fabrication des motifs. Il a ainsi installé un système hydraulique et un contre poids sur la presse qui permettent de soulager les gestes des imprimeurs. Chez Offard, le maximum de couches monte à 16 (le fond du papier ne compte pas comme une couche). Cela signifie que le papier passe 16 fois sur la presse pour rajouter les couleurs l’une après l’autre multiplié par les mètres commandés. Cela peut être exigeant physiquement.

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Ce nombre de couches explique que le prix d’un rouleau de 5m2 peut varier de 213€ à plus de plus de 1000. Il faut également tenir compte du travail fait en amont par François-Xavier. Devenue une référence dans le domaine de la restauration d’anciens papiers de demeures historiques, il peut être amené, suivant leur état, à « simplement » recopier les motifs mais parfois aussi à les recréer si les recherches qu’il a effectuées sur l’époque du papier, son créateur et son propriétaire ne lui permettent pas de trouver des éléments auxquels se référer. Ses interventions dans des demeures historiques sont donc nombreuses en France comme à l’étranger. Les particuliers sont également demandeurs de ce type de réalisations.

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Mais l’atelier souhaite aussi s’ancrer dans le 21ème siècle. François-Xavier Richard a travaillé pendant 1 an pour élaborer la recette d’un matériau appelé carton pierre (que l’on peut comparer au stuc pour son utilisation). Il le fabrique à base des chutes de papier broyé, de blanc de meudon, de colle de peau de lapin (et d’autres ingrédients dont le secret est bien gardé) dans un pétrin (de boulanger) pour l’utiliser comme élément de décor notamment très apprécié par les grandes maisons parisiennes comme Chaumet qui en redemandent. Pour la société, les multiples usages de cette pâte ouvrent des perspectives plus qu’encourageantes pour l’avenir.

Ce nouveau matériau s’ajoute donc à l’offre déjà variée des productions Offard en terme de papier : le papier imprimé à la planche, le plus courant, le papier gaufré en relief, et le tontisse (qui s’apparente au flocage).  Le cuir gaufré est également devenu un sujet d’exploration pour l’entreprise.

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Et si tout cela ne suffisait pas, l’atelier collabore également avec des artistes sur des projets de chantiers contemporains comme son dernier partenariat avec la designeuse India Madhavi pour la création du papier peint du restaurant Ferrari de Maranello. La liste est longue mais on peut évoquer également la collaboration avec l’écrivain Michel Butor qui a vu ses poèmes illustrés intitulés « Une nuit sur le mont chauve » par Miquel Barcelo et imprimés par Offard.

Reste-t-il du temps à François-Xavier Richard pour souffler un peu ? Oui, sans doute, mais on peut en faire tellement d’autres choses : par exemple, travailler sur les sons produits par les papiers (vibrations, claquements, grincements, …) Lauréat d’un prix japonais, il a fait une résidence de quatre mois à Kyoto et en est revenu avec l’idée d’un orgue de papiers générant toutes sortes de sons. Joseph l’assiste pour la structure. Et comme un Richard en cache en autre, les deux enfants ainés de François-Xavier souhaitent rester dans le domaine et sont actuellement en master de design…

François-Xavier a également un autre projet en cours que les Tourangeaux verront au mois de septembre mais chut, c’est encore un secret.

Reportage texte et photos : Claire Vinson

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