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Chambray Touraine Handball : dans l’antichambre de l’Europe

En première division féminine depuis maintenant 3 ans, les « conquérantes » du Chambray Touraine Handball chercheront cette saison à accrocher une place qualificative pour disputer une coupe d’Europe. Nous les avons suivies durant trois jours, du retour de la rencontre à Nice au matche face à Brest.

« Bah pour moi c’est simple, on a été à l’envers en défense. On n’a jamais été ensemble. » Après un silence de plusieurs minutes, Camille Asperges décide de prendre la parole. La pivot tente de trouver les explications demandées par son entraîneur suite à la défaite de l’équipe à Nice. Nous sommes lundi, il est 18 h 15 dans la salle de réunion du gymnase de la Fontaine Blanche à Chambray-lès-Tours. Logiquement, l’ambiance est froide, les regards sont bas et les réponses aux questions sont rares. Mais c’est sans compter sur l’abnégation du duo d’entraîneurs, Guillaume Marques et Vincent Philippart, bien décidés à comprendre ce qui s’est passé, à savoir pourquoi le Chambray Touraine Handball a-t-il déjoué et « laissé ce match à l’OGC Nice ? »

Dans leur causerie, qui durera plus d’une heure, les entraîneurs insistent beaucoup sur les valeurs collectives d’un groupe composé d’une quinzaine de joueuses. Ils cherchent à comprendre les erreurs, mais veulent surtout diluer les égos afin de stimuler l’esprit d’équipe, le renforcer, le souder en quelque sorte. Cet exercice de ficelage, Guillaume Marques le connaît bien. Entraîneur principal de l’équipe depuis 2009, il sait qu’à chaque intersaison 1/3 de son effectif est renouvelé et qu’il doit trouver les mots justes pour modeler et unir ce collectif, notamment sur les premières journées d’un championnat composé de 22 matches lors de la saison régulière.

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Leur slogan : unis et en conquête

Durant nos trois jours en immersion, de la défaite à Nice à la rencontre face à Brest, au sein de cette équipe, c’est le terme de collectif que nous avons voulu suivre et observer. Causeries, entraînements, collation d’avant-match, vestiaire, on était partout ou presque. Au départ, plutôt intimidées par notre caméra, elles finiront (rapidement) par l’adopter.

Jouons l’originalité et commençons par… les présentations. Elles sont Serbes, Hollandaises, Maliennes, Hongroises, Lyonnaises ou Narbonnaises. Elles ont pour surnom Lisou, Yoki, Dada, Djéné ou Mathou. Certaines ont à peine 19 ans et sont encore en centre de formation. Une autre joueuse a 36 ans, une médaille d’argent de vice-championne du monde avec l’équipe de France, et elle prépare une reconversion en tant qu’ingénieure. Ensemble, elles forment un collectif cosmopolite, expérimenté, mais également prometteur. Elles se connaissent pratiquement toutes. La première division de handball féminin, rebaptisée la Ligue Butagaz Énergie depuis cette saison, est composée de douze équipes où les changements de joueuses sont nombreux. Certaines ont donc déjà joué ensemble, mais sous d’autres couleurs. Lors des entraînements, il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre les joueuses parler des caractéristiques de leurs futures adversaires. Quand on connaît son prochain, pourquoi lui donner quelque chose après tout ?

Leur prochain adversaire, c’est Brest. Le club breton possède de loin le plus gros budget du championnat et jouera cette saison la Ligue des champions. C’est un gros morceau. Même si leur quête de décrocher une qualification européenne* en fin de saison ne passe pas par cette rencontre « popcorn », les Chambraysiennes veulent se racheter après un début de saison en demi-teinte (1 victoire pour deux défaites dont l’une est en appel).

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Repères : 5e sport français en termes de licenciés, le handball apparaît au Club omnisport de Chambray-lès-Tours en 1994. La section féminine de handball est née en 2006 avant de devenir indépendante en 2010 sous le nom du Chambray Touraine Handball. En l’espace de trois ans, de 2008 en 2010, le club tourangeau franchit les paliers de la Nationale 2 à la Division 2.  En 2016, le CTH termine à la deuxième place de la D2 et accède à l’élite, la première division. Ancré ses trois dernières années entre la 6e et la 7e place, le club espère poursuivre son ascension en accrochant cette saison une place européenne pour la prochaine saison. Une saison 2020-2021 qui verra la capacité du gymnase de la Fontaine Blanche passer de 700 à 1300 places.

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Ce désir de rachat, on le ressent lors des différentes sessions d’entrainements. Au programme, du physique mais surtout un travail intensif sur la rigueur défensive. Léger florilège : « Défendez avec vos jambes » ; « Anouck, tu as la solution avec Mathou, il faut prendre appui sur elle » ; « Si on leur met la pression, elles vont déjouer et on va récupérer les balles » ; « On peut rater, on va rater, mais pas de mise en danger sur notre but, on se replie ». Guillaume Marques ne veut plus voir les errances défensives qu’il a vues à Nice. Ses joueuses non plus. Un constat qu’on remarque par l’intensité que l’ensemble de l’effectif met à l’œuvre dans la répétition des combinaisons défensives. Les contacts sont rudes, font parfois chuter, mais chaque fois une main bienveillante vient relever la partenaire accompagnée par une tape discrète. Au fil des entrainements et donc de l’approche de la rencontre face à Brest, on a senti les « conquérantes » se relâcher de plus en plus pour parfaire leurs gammes. Le déplacement à Nice semble oublié ou plutôt rangé dans un coin de leur tête.

Si la cohésion d’une équipe se mesure également par la bonne ambiance qui y règne, alors il fallait se rendre à la collation d’avant-match dans l’une des salles de réception de l’hôtel Ibis de Chambray. Le menu est simple : féculents, fruits, café, (sou)rires, blagues, Instagram… C’est la récréation et le match contre Brest semble loin. Il se rapproche beaucoup plus lorsque Guillaume Marques et Vincent Phillipart débarquent dans la pièce pour donner leurs dernières consignes. « Pas de complexe. Le score, sur ce match, on s’en fout. Par contre, on a des choses à se faire pardonner. On reste solidaires, on n’a rien à prouver à personne. On reste avec notre envie et nos valeurs, on reste ensemble. Si l’on respecte ça, il y aura quelque chose à faire. Ça va être bien, ça va être très bien ».

On peut dire que les derniers mots de Guillaume Marques sont respectés au pied de la lettre, tout comme les multiples séances défensives travaillées ces derniers jours. Repli et rigueur défensive constante, attaque foisonnante, l’apport des remplaçantes… durant les trois quarts de la partie tout est réuni. Les Chambraysiennes font la course en tête mais finissent par baisser le pavillon lors des 15 dernières minutes face à une équipe bretonne dont les armes sont aiguisées pour jouer la Ligue des champions dès le mois prochain au Monténégro. Pour le CTH, la conquête de l’Europe ne semble pas si loin.

*Pour accéder à l’Europe deux possibilités : remporter la Coupe de France ou terminer parmi les 4 meilleures équipes de la ligue à l’issue des séries éliminatoires de fin de saison. Si le vainqueur de la Coupe de France possède déjà un billet européen, la 5e place des séries finales devient qualificative.

Reportage : Pierre-Alexis Beaumont / Axel Vergnes

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