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A Joué-lès-Tours, le club d’escrime entre excellence et débrouille pendant la crise sanitaire

Cet été, lors des JO de Tokyo, les licenciés de l’US Joué-lès-Tours Escrime supporteront à la fois les athlètes de l’équipe de France et un Canadien : Shaul Gordon. Depuis 4 ans, ce Montréalais de 26 ans vient deux fois par an en Touraine pour s’entraîner et participer à des compétitions. En cette fin avril, il a de nouveau traversé l’Atlantique pour préparer la plus prestigieuse des compétitions mondiales. Une fierté supplémentaire pour un club qui fait déjà partie des meilleurs français et qui tente de maintenir la flamme en pleine pandémie.

Tous les 4 ans c’est la même chose, surtout quand la France ramène un bon lot de médailles des olympiades : les inscriptions à l’escrime montent en flèche. C’est l’espoir de l’US Joué-lès-Tours pour cette année 2021. En général, le club compte 120 à 140 licenciés, jusqu’à 160 dans certains cas. Basé au gymnase du Morier, partagé avec la boxe, il organise des sessions avec les scolaires de l’école voisine et accueille toute une série d’entraînements loisirs ou de compétition.

Avec la crise sanitaire, il a fallu s’adapter : « On a assigné un casque par personne » nous explique par exemple Titouan Guillermic, le responsable partenariat. Un vestiaire a été aménagé sur une partie de l’espace intérieur et les entraînements se font dehors, pour respecter les consignes sanitaires :

« On est contents de pouvoir maintenir une activité quand d’autres disciplines sont complètement à l’arrêt. »

L’autre partie de la salle est dédiée à un seul homme : Shaul Gordon, 26 ans, de nationalité canadienne. Lors de ces derniers jours d’avril, il est à Joué-lès-Tours dans le cadre d’un stage de préparation aux Jeux Olympiques de Tokyo, sa toute première compétition de ce genre. 22e meilleur joueur mondial, qualifié en quarts de finale des derniers championnats du monde, celui qui a découvert le sabre dès ses 7 ans fait partie des outsiders du gratin mondial. Clairement, il vise une médaille au Japon. Pour ça, il travaille dur et apprécie de pouvoir échanger avec des cadors tricolores. Il a passé quelques jours à Orléans auprès du maître d’armes Christian Bauer (12 médailles olympiques dont 4 en or) et poursuit avec les maîtres d’armes tourangeaux Guillaume Galvez et Cyrille Bellet +, Xavier Haberer, ex international français ayant préparé les olympiades de 2008 à Pékin puis 2012 à Londres.

Des consignes sanitaires strictes

Les séances sont quotidiennes, et organisées dans une bulle Covid (l’athlète loge à l’Ibis Styles de Chambray avec salle de fitness privée, et le staff quitte provisoirement son cocon familial pour loger à ses côtés et ainsi l’assister sans risque de contamination). « C’est une bonne chose d’avoir pu organiser ce stage car les propositions sont rares avec la crise sanitaire » nous explique-t-on dans l’entourage de l’US Joué Escrime. Il faut dire que les deux parties se connaissent bien : Shaul Gordon vient en Touraine deux fois par an depuis 2017. Repéré par l’escrimeur jocondien Arthur Zatko il y a 4 ans outre-Atlantique, il participe notamment aux championnats de France avec des Jocondiens qui visent les premiers rôles (le club est dans le top hexagonal). « Ça lui permet de s’opposer à d’autres partenaires car l’escrime n’est pas un sport très pratiqué au Canada » éclaire Titouan Guillermic.

Revendiquant avoir un style « peu orthodoxe », Shaul Gordon pratique l’escrime depuis ses 7 ans, vénère le sabre pour sa rapidité, sa puissance. Il a débuté la discipline en Italie avant de la poursuivre à Vancouver quand il y a déménagé à l’âge de 10 ans. Dès l’adolescence, il savait qu’il voulait jouer les premiers rôles, s’en est donné les moyens avec un parcours sport-étude aux Etats-Unis. Actuellement, il suit des études de droit en parallèle de ses entraînements.

Une équipe mobilisée pour un athlète

« Ce seront mes premiers JO, c’est un rêve, les yeux du monde seront tournés vers nous » explique-t-il à 37 degrés juste après une séance au Morier. Et dans un français extra. « La pandémie m’a permis de faire une pause entre les qualifications où l’on enchaîne les matchs. Je ne vais donc pas à Torkyo avec la seule volonté de participer mais pour chercher une médaille » annonce-t-il. Pour cela, il devra éviter les erreurs tactiques de ses dernières compétitions. Il se prépare notamment avec une psychologue pour gérer respiration et attention. Des petits détails qui font les grands sportifs… Et qui comptent, car cela fait quasiment un an qu’il n’a pas disputé de compétitions.

Shaul Gordon.

« Physiquement je me sens très bien, je suis prêt » assure-t-il sous le regard bienveillant de ses coachs. « Mentalement on sent qu’il a des certitudes, tout est bien en place. La médaille, il est capable d’aller la chercher. C’est quelqu’un de très sérieux, très appliqué, qui comprend ce qu’on lui dit et essaie de l’appliquer, avec une capacité à s’ouvrir, à chercher plus loin pour optimiser au maximum. Il a une base de jeu très forte sur laquelle il pourra s’appuyer » analyse Guillaume Galvez. « il est de plus en plus solide, capable de nous déstabiliser, de nous pousser dans nos retranchements. Quand il touche il fait mal physiquement et psychologiquement. Il a franchi une marche » complète Xavier Haberer.

Un Canadien « comme à la maison » en Touraine

Ce n’est pas la première fois que Joué-lès-Tours encadre un escrimeur étranger. Mais la première expérience menée avec un Roumain avait été un peu décevante, pas vraiment le feeling. Là, tout le monde est unanime pour dire que ça se passe bien avec Shaul Gordon qui prend notamment le temps d’échanger avec les enfants, de répondre à leurs questions : « Ils sont tous repartis avec des étoiles dans les yeux. C’est une récompense pour le club, tout le monde a envie de le voir » retient Cyrille Bellet. Le Canadien dit pour sa part se sentir « comme à la maison » lors de cette parenthèse française. « C’est une alliance gagnant-gagnant. Il est extrêmement humble, tout le monde se mettrait en quatre pour lui » dit encore Xavier Haberer qui rappelle que si la France forme des athlètes étrangers, il y a aussi des entraîneurs français qui exercent leurs talents hors de nos frontières. Donc pas de jalousie ou de ressentiment :

« A ce niveau il faut tous se regrouper pour performer, et à la fin c’est le meilleur qui gagne. »

Avec, pourquoi pas, un sacré bonus pour la formation à la Tourangelle. Shaul Gordon envisage d’ailleurs la possibilité de repasser au Morier avant de s’envoler pour le Japon. Et dès la flamme éteinte, il entamera un nouveau programme en vue des JO 2024 de Paris. Cette fois à seulement 2h d’un de ses camps de base.

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