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Un château, une bergerie et du vin : on a visité le lycée agricole de Fondettes

On l’appelle l’Agrocampus et il organise une journée portes ouvertes pour les sections BTS ce samedi 25 janvier… Bienvenue au lycée agricole de Fondettes, sur les hauteurs de la ville. Ici on apprend aussi bien à gérer une bergerie qu’une exploitation viticole. Il existe également des formations pour l’élagage des arbres ou la gestion de l’eau. Visite guidée.

« Au départ le lycée c’était uniquement dans le château, les extensions sont arrivées après » explique l’adjointe de direction Lydie Carlier. Avec le directeur Jean-Pierre Genet fraîchement arrivé du lycée d’Amboise ils nous reçoivent dans ce monument du XIXe siècle pour un tour complet du propriétaire. Bel escalier et parquet de bois massif : le site est classieux et le bureau donne sur le parc où des élèves de la section élagage sont en train de faire des exercices à plusieurs mètres de haut.

La précision est toujours utile : l’Agrocampus a beau être un établissement scolaire, il ne dépend pas du ministère de l’Education mais de celui de l’Agriculture. On peut y croiser des élèves de 2nde, 1ère et Terminale mais aussi des BTS, des apprentis du CFA ou des adultes en reconversion professionnelle… Au total un millier d’apprenants, et potentiellement il y a encore de la place pour accueillir plus de monde. En général les classes rassemblent une vingtaine d’élèves, 31 pour la plus chargée.

« L’agriculture au sens propre ne représente qu’une petite partie des formations » insiste d’emblée Jean-Pierre Genet. Il y a des programmes en élevage, en horticulture mais aussi pour les métiers vétérinaires, la maîtrise de l’eau, l’élagage, la gestion d’une entreprise hippique ou encore l’aménagement paysager et l’œnologie. « Au niveau national, on recense 80 à 90% d’insertions directe dans le milieu professionnel » nous précise le duo de direction. Il faut dire que le milieu agricole est en manque de main d’œuvre dans plusieurs métiers (production animale, maraîchage, viticulture…) :

« Tous les champs de formation répondent à des besoins d’insertions professionnelle et notre offre évolue en fonction des attentes, par exemple pour intégrer les notions d’agroécologie, l’agriculture urbaine avec le projet des Jardins Perchés à Tours Nord (des serres et cultures sur le toit d’un immeuble d’habitations) ou l’entretien d’un méthaniseur. »

Les chiffres du lycée agricole de Fondettes :

1 000 apprenants

450 élèves ou étudiants

300 apprentis

200 adultes

200 agents

Un internat de 200 places

400 moutons

100 vaches laitières

350 ha de terres agricoles

25 ha de vignes en Chinonais

Jusqu’à 100 000 bouteilles de vin produites par an

Une serre de collection

Une boutique

Un bus

En dehors des cursus qui s’étendent sur une ou plusieurs années scolaires, l’Agrocampus fondettois accueille des stagiaires pour des formations allant de quelques jours à près d’une année. La plupart des apprenants sont originaires de la région, parfois d’un peu plus loin, notamment pour des programmes spécifiques comme l’élagage. Si les apprentis sont limités à 30 ans, les personnes qui tentent une reconversion sont parfois bien plus âgées. Les expériences à l’étranger sont encouragées, par exemple aux Pays-Bas pour l’horticulture car ce pays est connu pour son expertise sur les fleurs.

Dans les effectifs, quelle que soit la spécialité, de plus en plus de femmes. Et puis un grand nombre d’apprenants qui ne sont pas du tout issus du milieu agricole : « Parfois on a des jeunes urbains qui se disent qu’ils vont en quelque sorte chez les bouseux mais pas du tout ! Il faut déconstruire les fantasmes » selon Lydie Carlier et Jean-Pierre Genet. Ainsi, lors du dernier Forum de l’Orientation de Tours, le stand du lycée agricole de Fondettes n’a pas désempli.

« On voit les changements de mode pour les demandes de formations, en particulier avec l’influence des émissions de télévision. A une période c’était la partie cheval qui attirait beaucoup et depuis 2-3 ans le métier de soigneur animalier. »

Parmi les questions à trancher : que faire en sortant de l’établissement ? Il y en a qui ont un projet d’installation, d’autres qui comptent s’épanouir dans le salariat. « Celles et ceux qui veulent s’installer sont souvent des jeunes issus du milieu même si ce n’est pas forcément pour demain et qu’ils comptent passer par la case « ouvrier » pour acquérir de l’expérience. C’est pareil pour des cadres qui ont envie de changer de vie et vont se tester un an ou deux en entreprise pour ne pas se tromper ou se constituer un bas de laine avant de reprendre une exploitation. »

Le directeur Jean-Pierre Genet
Le directeur Jean-Pierre Genet
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Crédits photos :

Pascal Montagne

Avec le temps, la façon de former évolue. Depuis quelques mois, l’Agrocampus dispose de simulateurs de conduite d’engins agricoles « pour apprendre sans risque de casse, mais en conditions réelles. » Le produit a été développé par une entreprise suédoise. L’établissement développera dès septembre une coopération internationale (avec un lycée japonais, de la ville de Kobe dont est issu un bœuf particulièrement réputé pour sa viande) et il travaille déjà avec le Québec sur la gestion de l’eau ou le soin des arbres : « Ils viennent chasser nos étudiants » se félicite le directeur.

« Sur l’eau il y a une vraie attente avec les problématiques autour du réchauffement climatique, pour savoir traiter les inondations après une crue ou les problèmes de pollution. »

On parle aussi de plus en plus des questions ayant trait au bien-être animal. La quasi-totalité des productions de l’établissement sont en bio ou en agriculture très raisonnée et le glyphosate disparait définitivement cette année. « On se doit d’avoir les exploitations les plus vertueuses possibles » affirme Jean-Pierre Genet.

Sur son domaine, le lycée dispose d’une bergerie, de pâturages pour ses bêtes laissées dehors le plus souvent possible, de champs pour produire leur fourrage, de plusieurs serres dont une avec des plantes de collections (et dans une autre d’un espace pour garder au chaud des plantes de la commune). En parcourant le site on voit en prime plusieurs terrains de sport (il y a des équipes de rugby masculines et féminines, du basket, du foot…), un nouvel espace détente, l’aquarium du club éponyme, le club muscu… et bien sûr la boutique pour vendre viande d’agneau, plants de légumes, fleurs, terreau ou le vin produit dans l’annexe de Chinon. Un commerce qui se développe cette année en étant ouvert le jeudi en plus du samedi. L’ensemble est géré par une équipe de salariés, en complément des travaux pratiques des apprenants.

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Pour financer cette masse salariale, le lycée fondettois ne fait pas que vendre une partie de ses productions via sa boutique. Il fait aussi commerce avec la laine des moutons tondus une fois par an ou le lait des vaches qui part tous les jours à la laiterie de Verneuil avant de revenir pour être traité sur place et commercialisé. Une partie des légumes est vendue à des restaurateurs (une autre est utilisée en direct sur place).

Parmi les projets pour l’avenir : une extension de 2 000m² dédiée notamment aux filières « eau », une rénovation de l’atelier laiterie et peut-être la rénovation de l’ancienne ferme, le bâtiment le plus ancien. Une dernière chose : pour la première fois, l’Agrocampus accueille une résidence d’artiste avec l’installation pour trois mois du plasticien japonais Keita Mori qui crée une œuvre pour l’établissement où il a son propre atelier, ouvert aux visites.


Un degré en plus :

En plus de la porte ouvertes BTS ce samedi 25 janvier, l’établissement accueillera le public les 27 et 28 mars pour découvrir tout son panel de formations.

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