Société

Un architecte, un lieu tourangeau / Episode 6

Régulièrement depuis un an, nous demandons à un architecte tourangeau de choisir un bâtiment, un site ou un monument tourangeau qu’il aime particulièrement, pour différentes raisons. Puis nous nous rendons sur place avec lui pour une petite visite guidée personnelle.

Ce mois-ci Jean-Robert GAUZE

nous parle de la Gare de Tours.

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Réalisation de Victor Laloux (1898)

Le saviez-vous ? L’actuelle gare de Tours, classée depuis 1984, a été conçue pour rassembler deux gares qui étaient côte-à-côte, l’une desservant Les Sables d’Olonne et l’autre desservant Paris et Orléans.

37° : Pourquoi ce choix ?

Jean-Robert Gauze : Mes associés et la plupart de mes clients ne sont pas à Tours. Je travaille notamment très régulièrement pour La Défense et pour la SNCF, donc je prends très souvent le train et je passe très souvent par ici. C’est un terminus de double manière : non seulement au sens propre, mais aussi au figuré car on était à la fin de ce style dit «pompier», avec une relecture particulière de l’architecture académique, ou «hellénique».

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37° : Quelle était la particularité de ce genre de commande ?

Jean-Robert Gauze : Le cahier des charges des compagnies de chemins de fer (la SNCF n’existait pas encore à cette époque, il s’agissait ici d’un regroupement entre une compagnie privée et l’Etat qui venait de racheter une autre compagnie privée – ndr) était très précis et Victor Laloux a dû s’adapter : c’est pourquoi on voit bien la jonction entre deux univers architecturaux (voir photo). D’un côté une partie très technique avec cette grande structure métallique (deux fois 31 mètres) qui a été mise au point par des charpentiers des chemins de fer (comme le plus célèbre Camille Polonceau) et de l’autre une partie plus académique entièrement gérée par Victor Laloux, que l’on voit de chaque côté et sur la façade. C’est une rencontre passionnante entre architecture et ingénierie !

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37° : Ce style est aujourd’hui reconnu et apprécié par la majorité des gens, mais ça n’a pas toujours été le cas ?

Jean-Robert Gauze : Non, à quelques années près, cette gare n’aurait pas été construite. le style Laloux a été littéralement balayé par l’arrivée en Europe d’une architecture moderne portée notamment par Le Corbusier ou Mies Van der Rohe. Cette écriture de la façade à la fois pompeuse et académique avec ses colonnes et ses statues attire aujourd’hui la sympathie, la nostalgie d’une époque sans doute, un certain goût pour la désuétude, mais aussi un sentiment d’appartenance à un lieu et à une culture. Pendant une bonne partie du XXe siècle, ce style a été regardé avec un certain mépris.

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37° : Comment la Gare de Tours a-t-elle évolué avec son environnement ?

Jean-Robert Gauze : Plutôt bien je trouve. Tout d’abord avec le travail de Jean Nouvel qui a vraiment bien pris en compte la place et la gare lorsqu’il a dessiné cet immense projet qu’est le Vinci (voir notre épisode de cette série avec Bertrand Penneron), puis avec l’initiative récente de Jean Germain de rendre l’environnement plus piéton et de raccorder à la gare la première ligne de tramway, l’ouvrant sur l’ouest, alors qu’avant elle était bordée d’une petite rue sombre et peu attrayante. A l’intérieur, il y a longtemps eu des espèces de cabanes bardées de bois, avec une bagagerie à l’étage, ce qui annulait tout le volume du hall. Heureusement on a depuis détruit tout ça pour se retrouver aujourd’hui avec quelque chose de plus aéré et traversant. C’est un lieu de vie majeur de la ville de Tours, désormais parfaitement intégré et relié à son environnement immédiat, un lieu où vous pouvez avoir envie de passer même si vous n’avez pas de train à prendre.

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37° : Si vous pouviez y mettre votre patte, qu’est-ce que vous feriez ?

Jean-Robert Gauze : Quelque chose sur le toit, une espèce de terrasse avec une vue sur la ville de Tours. Et à l’intérieur, des bureaux qu’on puisse louer facilement pour quelques heures ou une journée, pour en faire aussi un lieu de rencontre professionnelle. De manière générale, je trouve que pour l’attractivité économique et le rayonnement de Tours, le quartier de la gare devrait aussi devenir un quartier d’affaires, en complément de ce qui se fait au Vinci.

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37° : Quel regard de professionnel, mais aussi d’usager du quartier, portiez-vous sur le projet avorté des tours d’Alain Gourdon/Bouygues qui a fait couler beaucoup d’encre il y a quelques années ?

Jean-Robert Gauze : C’était un très beau projet, qui allait dans le sens de ce que le quartier devrait devenir selon moi. Mais il manquait un peu d’âme et on avait l’impression qu’il aurait surtout servi à boucher un trou, qu’il n’y avait pas de vision urbanistique globale du quartier.

37° : Quelle a été votre dernière réalisation pour la SNCF ?

Jean-Robert Gauze : Un grand centre de pilotage des futurs aiguillages électroniques de tout le réseau Nord-Picardie, avec notamment un grand open space de 600m2 sans poteaux, destiné à accueillir une vingtaine de grands pupitres où les opérateurs travailleront. Ce bâtiment est situé à saint-Denis, nous venons juste de le livrer.

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Propos recueillis le 25 septembre 2015.

> le site internet de Ligne DAU, l’agence de Jean-Robert Gauze à Tours.

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