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Un an de Covid en Touraine : « Travailler chez soi sur un coin de table ça ne marche pas »

En Indre-et-Loire, la première vague de l’épidémie de coronavirus coïncide avec le début du mois de mars 2020. Oui, cela fait un an. 12 mois qui nous semblent avoir duré une éternité. Que peut-on en retenir à froid ? Quel ressenti ? Quelles leçons ? Aujourd’hui on en parle avec Barbara Chabbal, décoratrice d’intérieur à Fondettes (son agence s’appelle Intérieur Vôtre et elle existe depuis 2018).

La crise du coronavirus a entraîné une grande accélération du télétravail, solution plébiscitée par le gouvernement et les entreprises dans le but de ralentir l’épidémie. La conséquence c’est que vous avez reçu beaucoup de demandes pour aménager un bureau à son domicile…

Avant la pandémie c’était une demande très sporadique : le télétravail avait commencé son développement, mais plutôt en lien avec la question écologique pour réduire les temps de transport. Par confort de vie, certaines personnes avaient souhaité installer un bureau chez elles pour y travailler un à deux jours par semaine. Avec le premier confinement de 2020 c’est devenu 5 jours par semaine et obligatoire pour certains salariés donc une demande très forte parce que travailler chez soi ce n’est pas se mettre sur un coin de table. Ça ne marche pas. On est dérangé, on a plein de choses à faire… Donc l’idée c’est d’installer un bureau avec une belle luminosité (près d’une fenêtre), dans un lieu calme et un espace vraiment dédié à l’activité professionnelle.

Ça veut dire qu’il faut une pièce réservée au télétravail ?

La situation n’est pas comparable si on habite dans une maison avec jardin ou un studio de 24m² mais dans l’idéal, oui. Même si c’est la chambre d’amis car elle n’est pas utilisée en permanence pour recevoir. On peut même aménager un double-bureau si le couple travaille à la maison. Si on n’a pas de pièce dédiée on peut installer un coin bureau dans les espaces non optimisés de la maison : sous un escalier, dans une entrée ou un couloir, sur une mezzanine… On choisira par exemple un secrétaire mural qui se rabat et on distinguera cet espace avec des filtres comme une verrière, une bibliothèque séparative ou des plantes vertes. Ça va permettre de créer une belle où on pourra travailler correctement.

Qu’on se sente chez soi… mais pas trop ?

Il faut se sentir chez soi et personnaliser cet endroit avec des photos, des petites fleurs… mais pas trop. Ça doit rester un endroit bien rangé. Surtout, on va ramener des choses qui nous font plaisir comme des couleurs qui nous font du bien. A l’inverse d’une entreprise on peut les choisir alors allons-y. Par exemple le vert est une couleur qui apaise, qui est propice à la concentration. La couleur orange et ses déclinaisons comme le terracotta que j’aime beaucoup et qui est très à la mode c’est très bien pour la créativité et la productivité. Ce sont des couleurs qui nous stimulent. On peut également utiliser les papiers-peints pour délimiter son espace bureau. Un endroit où on va se sentir bien parce que c’est nous qui l’aurons créé.

Donc on n’a pas forcément besoin de faire de gros travaux ?

Si on a une parcelle de terrain on peut investir dans une cabane de moins de 20m² dans le style tiny house afin d’avoir une pièce supplémentaire. Cela permet de séparer l’espace professionnel et domestique et de ne pas tout mélanger entre la vie personnelle et la vie personnelle. C’est l’aménagement le plus lourd. Ça coûte 15-20 000€ mais sur le long terme c’est moins cher qu’un bureau en coworking. Après, à petit budget, on peut aménager sur un pan de mur, dans un placard. Chez moi mon espace bureau c’est une ancienne penderie. J’ai fait mettre une petite tablette sur mesure avec plateau coulissant et j’ai refermé avec des portes en verrière. J’ai des étagères, tous mes dossiers à disposition… J’y suis très bien. Et une fois que j’ai terminé mon travail je ferme la porte et tout disparait. C’est important de se sentir bien, de s’installer correctement pour ne pas souffrir de douleurs, par exemple.

Les gens que vous rencontrez ont conscience de ces enjeux ?

Au début pas tellement. Tout s’est passé très vite, on s’est retrouvés assignés à résidence et on s’installait là où on pouvait. Aujourd’hui, les clients qui m’appellent c’est parce qu’ils se sont rendus compte qu’ils sont dérangés dans leur travail, ils ne sont pas assez productifs voire complètement stressés, débordés. Le temps de transport entre la maison et le travail constituait pour eux une soupape de décompression. Maintenant qu’on n’a plus ça on passe de la vie personnelle à professionnelle d’un coup. Le stress de l’un ou de l’autre se mélange et ça augmente les difficultés. Donc à présent les gens sont à la recherche de solutions pour avoir une césure entre les deux, être autant efficaces dans tous les pans de leur vie. Et c’est vrai que par de petits aménagements subtils, un simple coup de peinture, on peut marquer la différence.

Vous nous dîtes aussi de faire attention au décor derrière nous en cas de réunion en visio…

Attention à l’harmonie et à la déco : vos collègues et vos chefs voient ce qu’il se passe. D’où l’intérêt de réfléchir à l’emplacement de votre bureau. Ces gens vont rentrer dans votre intimité. Quelque part c’est très intrusif, ça peut être dérangeant. Donc vérifiez que c’est bien rangé, qu’il y a un beau papier peint. Et si on a des animaux on fait gaffe à ce que le chat ne saute pas sur le clavier pendant la réunion.

En dehors de l’aspect télétravail, avez-vous vu des demandes nouvelles liées à la crise Covid ?

Beaucoup sur la modularité des espaces. Les gens se sont aperçus qu’ils passent énormément de temps dans leur pièce de vie (salon, salle à manger, cuisine ouverte). On prend les repas, on fait du sport en regardant des tutos à la télé, on joue, on fait les devoirs… Toute la famille se trouve là donc il faut une pièce qui sert à plusieurs choses. La family room comme on dit aux États-Unis. Du coup j’ai moins de demandes sur les suites parentales.

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