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Un an de Covid en Touraine : « Tout ce que je veux c’est retrouver la chaleur et le sourire »

En Indre-et-Loire, la première vague de l’épidémie de coronavirus coïncide avec le début du mois de mars 2020. Oui, cela fait un an. 12 mois qui nous semblent avoir duré une éternité. Que peut-on en retenir à froid ? Quel ressenti ? Quelles leçons ? Aujourd’hui on en parle avec François Breton, gérant du Crafty Brewpub, un bar de Tours qui commercialise ses propres bières Place de la Résistance.

En un an, bars et restaurants ont cumulé 7 mois de fermeture administrative pour cause de pandémie. La seule condition pour franchir leurs portes : passer juste le temps de récupérer plats ou boissons à emporter. « Certaines personnes en profitent pour retrouver le plaisir de poser le coude sur le bar » sourit François Breton, le gérant du Crafty Brewpub Place de la Résistance. Ouvert en 2018, l’établissement vend ses propres bières à emporter + quelques breuvages recommandables issues d’autres brasseries. Le patron se souvient très bien de la soirée du samedi 14 mars 2020, quand le premier ministre du moment Edouard Philippe annonce un baisser de rideau immédiat pour son activité et celles de ses confrères :

« On n’avait pas pris conscience de ce qui était en train d’arriver et on continuait comme avant en respectant les règles. A cette époque c’était 100 personnes maximum donc j’avais fermé mon étage. On passait une bonne soirée, on bossait bien jusqu’au moment où un client vient me voir pour m’annoncer la nouvelle. Je suis sorti dehors prendre un bol d’air frais. Ça a été un choc. Un peu plus tard la police est venue pour nous demander de fermer. On a fait des réductions pour finir les fûts et à 22h30 il n’y avait plus personne. Je suis parti voir quelques collègues dans d’autres bars puis je suis rentré chez moi. »

Bar pouvant accueillir jusqu’à 160 personnes, le Crafty n’a pas mis longtemps à se faire une bonne réputation. Notamment grâce aux mousses brassées sur place. Sans terrasse, il fonctionne surtout l’hiver et il était donc à l’apogée de sa saison au moment de la première vague du coronavirus. « On étais lancés. Je venais de recruter un nouveau serveur et un apprenti ce qui me faisait trois salariés » explique François Breton, ancien ingénieur informatique reconverti dans le commerce. Depuis c’est le chômage partiel et les aides de l’Etat qui font tenir l’entreprise : « J’ai de la chance mon bar fait pile la bonne taille, le fonds de solidarité permet de couvrir les charges même sans geste du propriétaire sur le loyer et j’ai pu décaler le remboursement de mes emprunts. » Cela dit, avant la mise en place des différents dispositifs, il a fallu pomper dans la trésorerie péniblement amassée pendant les premiers mois d’activité. Des réserves vidées à 50% en quelques mois de printemps… « Je ne me suis pas payé du confinement ni de l’été » résume le barman-brasseur.

Le succès apprécié du Marché de Noël

Vu la conjoncture, le Crafty cesse de produire ses bières. La fin d’une production régulière ayant permis de réaliser l’équivalent de 100 000 pintes en deux ans. « Il me restait 5 000l en fermenteur et heureusement car ça se conserve mieux qu’en fût. Sans ça il y aurait eu un impact financier conséquent. Le problème c’est qu’on a été prévenus tard de la reprise donc j’ai mis une semaine à rouvrir le bar le temps de relancer la production. »

Avec une terrasse temporaire accordée par la mairie, le Crafty reprend son activité au cours de l’été et ça marche plutôt bien. A la rentrée aussi… Puis viennent les restrictions automnales : « J’ai été un des premiers bars à fermer dès le couvre-feu à 21h. J’avais senti venir le reconfinement » souligne François Breton, « très triste » mais qui tente de rebondir avec la vente à emporter tout au long du mois de novembre, puis en décembre avec un chalet au Marché de Noël qu’il a particulièrement apprécié (il espère une nouvelle édition sur plusieurs sites en 2021). Sa chance : avoir investi dans une machine pour faire des canettes de 44cl à la demande, devant le client. Des contenants à l’effigie de l’enseigne vendus 5 e l’unité, 25€ les 6 :

« C’est vraiment super car on a pas mal d’habitués et aussi quelques nouveaux. On en profite aussi pour discuter un peu. »

Après un mois de vacances en janvier pour souffler et revoir sa femme qui vit au Luxembourg, le gérant reprend son business annexe en ce début de mois de mars, en sollicitant ponctuellement son barman Quentin qui résume son état d’esprit en une phrase : « Ça fait du bien de revenir ! »

La réouverture se prépare…

Globalement, François Breton comprend les restrictions anti-Covid du gouvernement : « Depuis le début on prône le respect des règles. Qu’elles aient un sens… ou non. » Il ne se voit pas rouvrir maintenant alors que la situation sanitaire semble instable. D’ailleurs il n’envisage pas de reprendre le service avant le mois de juin, et estime que les mesures s’étendront jusqu’en fin d’année. Peu importe il est prêt à les assumer, « mais là il faut remettre de la vie et du lien social entre les gens. L’hiver est long. Tout ce que je veux c’est retrouver la chaleur et le sourire. » Il y a quelques semaines, l’homme manifestait aux côtés du syndicat UMIH37, « pas tant pour moi que pour les collègues des boîtes de nuit. Les banques les lâchent, on a l’impression qu’elles profitent de la situation pour les sortir de leur portefeuille. »

A défaut de remplir ses tables et d’actionner la tireuse toutes les 2 minutes, François Breton laisse fermenter quelques projets. Il va faire revenir son apprenti Victor Policot pour l’aider à passer ses examens. Deux brassins sortiront des cuves, et ils seront proposés à la vente. Le Tourangeau réfléchit également à une bière spéciale pour la réouverture et si elle n’est pas prête à temps il garantit au moins la présence de fûts d’exception sur sa carte, « peut-être des bières baraquées, un peu vieilles. Il y a de belles choses qui vont sortir de tout ça. »

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