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Un an de Covid en Touraine : « Il n’y a pas de ruée vers la campagne »

En Indre-et-Loire, la première vague de l’épidémie de coronavirus coïncide avec le début du mois de mars 2020. Oui, cela fait un an. 12 mois qui nous semblent avoir duré une éternité. Que peut-on en retenir à froid ? Quel ressenti ? Quelles leçons ? Aujourd’hui on en parle avec Vincent Briand, responsable d’agences immobilières à Tours, président départemental de la FNAIM.

Il y a un an, comment avez-vous réagi à l’annonce du premier confinement ?

C’était un moment un peu effrayant pour tout le monde car on se demandait ce que nos entreprises allaient devenir. Nous sortions d’une année 2019 particulièrement euphorique avec des prix tendus et des records de transactions un peu partout, en particulier en Touraine. Du jour au lendemain on s’est retrouvés sans possibilité de faire des visites et avec l’obligation de fermer nos agences. Il a fallu s’adapter en gardant le lien avec nos clients, acheteurs et vendeurs. On ne pouvait pas concrétiser de transactions mais on pouvait toujours prendre des contacts.

Au déconfinement il y a eu une réaction assez ahurissante, on a battu nos records historiques en juin avec un double phénomène : d’abord une frustration générale faisant que les gens voulaient rattraper leurs projets et puis pendant le confinement ils ont eu le temps de peaufiner à la fois le financement et leurs besoins donc on les voyait arriver avec un projet très abouti, prêts à prendre des décisions très rapidement. Au final, malgré la crise, 2020 a été une année extrêmement active.

Est-ce que cette crise a changé en profondeur la façon d’exercer votre métier ?

Ça nous a fait prendre conscience de la pertinence des outils à distance. On se rend compte qu’on peut faire beaucoup de choses comme une première découverte des projets en visioconférence ou maintenir le contact avec un propriétaire vendeur qui m’a confié son bien. On a développé l’utilisation d’outils comme la visite virtuelle qui ne remplace par la visite réelle mais peut filtrer les recherches. Une très grosse partie des professionnels en font aujourd’hui. Ça permet vraiment de rentrer dans les détails, on peut visiter le bien de façon assez étonnante en zoomant sur certains détails.

Des prix qui dépassent les 4 000€ le m² dans le centre de Tours

Et on peut signer juste grâce à une visite virtuelle ?

Oui pour de la location, sur une petite surface. Par exemple un étudiant qui s’installe. Pour une vente, à titre personnel je refuse de signer un compromis tant qu’il n’y a pas eu de visite sur place. J’ai le cas en ce moment où des clients ont fait une proposition acceptée par le vendeur après une visite virtuelle par ailleurs très longue puisqu’elle a duré presque 40 minutes. L’immobilier, c’est quelque chose de très émotionnel, très affectif. C’est un produit qui nécessite de ressentir et ce n’est pas possible avec du virtuel.

Avez-vous vu une évolution des demandes depuis un an ?

En Touraine il y a une évolution de la demande : les gens aspirent à un peu plus de vert et d’extérieurs. Cela dit ce n’est pas massif, on n’observe pas de ruée vers la campagne. La demande d’appartements reste importante, de préférence avec une terrasse pour déjeuner dehors ce qui n’est pas toujours possible à cause de la tension sur les prix. Beaucoup de gens continuent d’avoir besoin d’une proximité avec la ville, les transports et les services. En revanche il y a un regain d’intérêt pour des communes plus éloignées… Après la crise de 2008, pendant 3-4 ans, on a vu disparaître l’attrait pour des communes à 20-30 minutes de Tours. C’est revenu au bout de 4-5 ans et là, de nouveau, il y a augmentation des demandes pour habiter à 15-30km de Tours.

Votre métier attire toujours autant ?

Oui. C’est un métier qui correspond à un mouvement de la société où de plus en plus de gens veulent accéder à un travail indépendant. Le secteur est en pleine mutation entre les agences traditionnelles, les mandataires immobiliers arrivés il y a une dizaine d’années et les notaires qui conservent une certaine part de marché. Je pense que d’ici une dizaine d’années ces différents modèles se seront rapprochés. Le défi c’est que 30% du marché échappe encore aux professionnels. C’était 50% il y a 15 ans. On a progressé car les transactions sont compliquées – il y a beaucoup de risques juridiques – mais il nous reste une marge de manœuvre par rapport aux Etats-Unis qui sont à 90%. L’objectif est aussi de professionnaliser la démarche, de prouver notre sérieux. Il y a beaucoup d’enjeux de formation.

Par exemple ?

Charentilly fait partie des communes assez demandées. Les critères sont l’accessibilité – que le trajet soit rapide – et puis souvent on interroge sur la qualité de l’équipement Internet, la proximité des commerces et les services.

Un attrait renforcé pour des communes comme La Riche et Ballan-Miré

Où va être le bon plan ?

Pour quelqu’un qui achète sa résidence principale ça n’existe pas puisque chaque personne a ses besoins spécifiques. En revanche, si vous êtes dans un raisonnement purement financier, restez sur Tours. C’est là qu’on fait les meilleures affaires. Elle a une très belle attractivité et les prix y sont en hausse significative depuis 30 ans.

Où en est-on avec des communes comme La Riche, Ballan, Chambray, ou un peu plus loin Sorigny ?

La Riche c’était un bon coup… Ça l’est toujours mais il y a une forte demande et les prix ont intégré l’arrivée du tram. Pour Ballan, elle n’a pas le tram mais se trouve facilement accessible par la rocade donc elle tire son épingle du jeu avec une ambiance village très appréciée. C’est une ville bourgeoise où les prix augmentent. Et Sorigny fait partie des alternatives comme Charentily.

L’effet deuxième ligne de tram est très clair ?

Sur La Riche c’est incontestable ainsi que sur les quartiers de Tours concernés par le futur tracé. Le Boulevard Jean Royer reprend également un peu de cote. Pour Chambray je l’ai moins mesuré mais je pense qu’il existe.

Est-ce qu’on a un effet Parisiens qui veulent débarquer en Touraine depuis le confinement ?

On l’a… mais il existait déjà, en fait depuis l’arrivée du TGV en 1987. Aujourd’hui les quartiers Velpeau et Prébendes proches de la gare ont explosé et sont très recherchés. Après on a un effet Parisiens qui arrivent à la campagne. Un peu. Moins que dans d’autres départements comme l’Eure-et-Loir, plus près de Paris et qui correspond plus à une approche campagnarde avec un différentiel de prix très importants par rapport à la région parisienne. A contrario Tours reste une ville relativement chère sur le plan de l’immobilier. Il y a donc moins d’écart avec les prix Franciliens que ceux que l’on observe autour de Chartres ou de Blois.

Febvotte et Beaujardin, des quartiers de Tours à fort potentiel

Est-ce qu’on a tendance à observer une accélération des prises de décisions pour les ventes ?

Les gens ont pris conscience de la difficulté de vivre en région parisienne en temps de confinement. Ils ont fait le point sur leur vie avec également une bonne connaissance du marché. Ce sont des personnes qui savent acheter, qui savent que quand il y a une tension et pas beaucoup de biens il faut se décider vite. Nous professionnels de l’immobilier on continue de dire qu’il faut trois mois pour vendre une maison ou un appartement mais à Tours-Centre ça part beaucoup plus vite, entre une semaine et un mois.

Qu’est-ce qu’on vous demande le plus ?

Prébendes, Préfecture, Cathédrale, Velpeau et dans une moindre mesure Blanqui. Ce sont des valeurs sûres mais les prix dépassent les 3 500€ le m², voire 4 000€. Ensuite vous avez des quartiers alternatifs : Lamartine mais aussi Febvotte et Beaujardin longtemps vus comme quartiers populaires mais qui se boboisent avec l’arrivée de jeunes couples. Et puis, bien sûr, la partie le long du tram à Tours-Nord, jusqu’au Christ-Roi. On trouve encore des opportunités intéressantes même si Tranchée-Coty est un secteur devenu relativement cher par rapport à ce que c’était il y a dix ans. On est sur des prix au niveau du quartier Lamartine.

Et en dehors de l’agglo ?

Loches est un marché assez actif avec beaucoup d’offres et demandes pour de belles propriétés avec du terrain. Amboise est un marché de niche très actif plus cher et qui se confirme. On le voit bien au nombre d’agences immobilières, sans rapport avec ce qu’on trouve à Loches ou à Chinon.

Selon vous quels sont les besoins immobiliers du département en ce moment ?

Les gens ont l’impression qu’on construit beaucoup mais ça ne suffit pas encore pour répondre à la demande. La question c’est est-ce qu’on doit poursuivre les grands ensembles comme Monconseil et les Deux-Lions – ce qui est en train de se faire dans le quartier de La Petite Arche – ou est-ce qu’il faut imaginer des logements en adéquation avec la vie à laquelle on aspire désormais donc plus de vert… Je pense que les promoteurs sont en pleine réflexion sur la première et la deuxième couronne. Il y a aussi une réflexion à mener sur la cohabitation intergénérationnelle ou les espaces de coworking en dehors de la ville. A Tours on sait qu’on a un déficit de logements étudiants – en particulier de petites surfaces – plusieurs projets sont en cours… Je pense à une résidence de 150 logements dans un quartier inhabituel pour lequel la nouvelle mairie a exigé du promoteur des services complets (conciergerie, laverie, espaces d’(échanges) pour que la population étudiante ne se sente pas vivre dans un placard.

Comment démarre 2021 ?

De façon très active. Janvier et février ont été marqués par l’anticipation d’un éventuel nouveau confinement. Résultat : on a une tension sur les prix avec peu de biens à vendre, surtout si on se rapproche du centre de Tours. Ça tourne très vite. Si vous voulez acheter il faut être réactif.

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