Tours : une maison intergénérationnelle pour lutter contre l’isolement

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Créée en 2019, la Maison intergénérationnelle de Tours a pour ambition de donner un toit sur la tête aux personnes les plus précaires et isolées en proposant des logements à bas coûts tout en les intégrant dans un véritable collectif. Une ambition de solidarité et d’inclusion sociale qui se heurte aujourd’hui à une conjoncture économique très instable. 

Avoir un toit sur la tête quand on est dans une situation plus que précaire est aujourd’hui une vraie problématique. On en parlait déjà en septembre 2025 sur 37 degrés dans le cadre d’un article sur la création d’une colocation mixte et solidaire dans le centre-ville de Tours par l’association Caracol (l’article est toujours disponible ici)

Pour répondre à cet enjeu majeur, plusieurs structures se mobilisent pour donner un accès à un logement décent aux populations isolées.

C’est par exemple le cas de l’association Habitat et Humanisme Indre-et-Loire qui depuis 2019 a transformé un ancien cloître de Tours Nord en véritable maison intergénérationnelle. 

Dans une volonté de créer un habitat inclusif, c’est en 2014 que le projet de la Maison intergénérationnelle (MIG) commence à prendre forme. Après 3 ans d’attente due à plusieurs recours administratifs de la part de certains riverains, les travaux de la MIG ont finalement pu débuter en 2017 au Cloître des Capucins, au 9 rue Raymond Poincaré à Tours (à quelques pas de l’avenue de la Tranchée), pour une inauguration officielle en 2019.

Au total 31 logements (allant du T1 au T3) ont été aménagés pour accueillir trois types de public : des personnes âgées et/ou porteuses de handicap, des jeunes en recherche d’emploi ou en formation et des familles monoparentales. Aujourd’hui, la MIG loge 39 personnes (dont 9 enfants) avec une moyenne d’âge pour les adultes de 51 ans allant de 18 à 77 ans. 

Ici tout est pensé pour garantir un véritable vivre ensemble. Si chaque résident possède son propre logement, la MIG met à leur disposition des espaces communs comme une salle avec cuisine, table et jeux de société. Des activités sont aussi organisées par l’association comme des séances de gym, des ateliers lectures ou de jardinage. “Le but est de créer des échanges entre les résidents, d’impulser une dynamique, explique Sophie Linel, responsable de la MIG, on prend soin aussi à favoriser les animations proposées par les résidents eux-mêmes.  

A la différence d’un bailleur HLM classique, la MIG propose à chacun de ses résidents un accompagnement individuel grâce à une équipe composée d’une responsable, de 4 bénévoles et d’une assistance sociale à mi-temps. Ce suivi ne se limite pas à la simple gestion administrative, mais s’inscrit dans une relation de proximité. 

On propose des entretiens fréquents pour faire le point sur le projet de vie de chaque habitant. Pour cela, les résidents sont guidés en ce qui concerne leur budget, leur insertion professionnelle, etc.

Une solution de logement réservée aux populations modestes

Le loyer pour un résident de la MIG est conçu pour être très abordable car il s’inscrit dans le cadre du logement très social et est strictement encadré par la loi. 

Pour un T2 d’environ 40 m2, par exemple, le coût mensuel est d’environ 400 €. Avec les aides sociales (APL, chèque énergie…), le coût moyen pour un résident tombe sous la barre des 3 500 € par an. Ce montant inclut le loyer certes mais aussi l’intégralité des charges (eau, électricité, chauffage) et, pour les deux tiers des résidents, l’assurance habitation. 

Comme il s’agit de logements sociaux, l’accès à ces logements est soumis à des plafonds de revenus. Une mixité des profils est aussi recherchée en fonction des parcours individuels des personnes et de l’équilibre du collectif. C’est dans ce cadre d’ailleurs que chaque résident se doit de signer une charte morale garantissant le respect du collectif et de la bonne entente avec le voisinage. 

Une fois le logement attribué, chaque nouvel habitant signe une convention d’occupation temporaire de 3 ans maximum, conçu comme un “tremplin” permettant aux résidents (surtout les jeunes et les familles monoparentales) de se stabiliser avant de s’orienter vers un logement autonome. 

Au bout de ces 3 ans, si le résident reste dans la structure (ce qui arrive souvent pour les seniors ou les personnes en situation de handicap), un glissement de bail est effectué et le résident bénéficie alors d’un bail classique. 

Entre succès social et instabilité économique

7 ans après sa création, la Maison intergénérationnelle de Tours est aujourd’hui décrite par ses responsables comme un “modèle humainement efficace et pertinent, mais économiquement instable”

L’objectif de “tremplin social” semble être atteint car 5 à 6 logements se libèrent chaque année. Cependant, malgré la couverture d’une grande partie des frais de fonctionnement par des subventions comme l’Aide à la Vie Partagée (AVP), les dons et le mécénat, la structure fait face à un déficit annuel moyen de 40 000 €. “Ce n’est pas tenable dans la durée”, proteste le bureau exécutif de l’association. 

Une incertitude renforcée notamment par la pérennité de l’aide du Département par l’AVP qui s’achèvera en 2029.

Pour sortir de cette fragilité, l’association Habitat et Humanisme porte aujourd’hui un plaidoyer national demandant notamment la création d’un forfait “intergénérationnelle” versé par l’Etat, similaire au forfait Pension de famille, pour financer de manière stable l’accompagnement social. 

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