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Tourangeaux en vadrouille : La Touraine à Paris !

Régulièrement nous ouvrons nos pages à des Tourangeaux qui quittent leur ville pour diverses pérégrinations aux quatre coins de la France ou de la planète.

La Touraine à Paris !

Tu veux quitter la Touraine le temps d’un week-end ? Oublier un peu toute cette culture débordante, ce savoir faire brillant, cette douceur de vivre incomparable, cette gentillesse naturelle et communicative, cette intelligence qui rayonne chez chaque passant, toutes ces ondes positives qui t’étouffent ? Alors, tu prends tes cliques et tes claques et tu vas passer le week-end à Paris. Et là, pas de bol. C’est un peu comme quand tu croisais ton prof de maths au cinéma le week-end avec tes potes, tu te dis «ah non, merde, pas lui ici, c’est pas vrai» et ça te gâchait un peu le film, du coup. Donc voilà : tu fais pas dix mètres à Paris que la Touraine te saute déjà à la gorge comme un fennec en rut.

1.Le Sainte-Maure de Touraine rue Daguerre (14e)

Bon d’accord, la Gare Montparnasse n’est qu’à quinze minutes à pied, donc ledit Sainte-Maure à 1h30 de porte à porte, mais quand même ! Deux belles piles de chèvres bien secs te font coucou en passant. Bon, à 7,95 euros pièce (véridique) le 180g tout rabougri, tu oublies la photo souvenir, tu passes ton chemin en prétendant que tu es breton et tu vas t’acheter une boîte de Vache qui Rit au Monoprix.

2. La Guinguette à Javel (15e)

Même si les guinguettes sont nées au XVIIe siècle et ont connu leur heure de gloire sur les bords de Marne aux XIXe et XXe, elles sont renées (bah oui, quoi ?) ces dernières années et notamment en Touraine (Montbazon l’historique, Rochecorbon la pittoresque, Tours la branchée, Saint-Avertin la douce, Chinon la sauvage, etc…). Et la Guinguette de Tours, emmenée par Le Petit Monde, s’exporte désormais sur les quais de Seine au bout du Parc André Citroen où nous avons assisté de loin à quelques minutes de la fin du montage (ouverture le 4 mai 2016), désolé pas de photo, mais comme on vous l’a dit : on était à Paris pour se dépayser, bon sang !

3. Mame à Beaubourg (1er)

Alors qu’on se pensait à l’abri de cette tourangellite croissante qui s’emparait de la capitale, au 5e étage du Centre Georges Pompidou (que les gens de gauche les plus engagés/enragés préfèrent sans doute appeler Beaubourg pour éviter de s’écorcher la langue), on tombe nez-à-nez avec une petite salle dédiée à Jean Prouvé, architecte et designer français (1901-1984), auteur d’une première mondiale à Tours en 1951 : des sheds en aluminium sur les toits de l’imprimerie Mame.

On trouve dans cette salle différentes créations de Jean Prouvé et au milieu la maquette de Mame, bâtiment aujourd’hui devenu notamment la nouvelle Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Tours et Tours Tech. Une présence logique dans ce centre d’art quand on sait que Prouvé a été nommé en 1971 président du jury du concours qui a amené Renzo Piano et Richard Rogers à construire ce monstre d’architecture moderne entre les Halles et le Marais (livré en 1977). Un style pas si éloigné de la marque de fabrique Prouvé, qu’on retrouve dans certains éléments architecturaux, notamment la transparence, et même la mise en avant, de la structure du bâtiment.

Le lien avec la région Centre et la raison de cette mise en valeur d’une «simple» maquette d’architecture au milieu des peintures et des sculptures s’expliquent en partie par le fait que Frédéric Migayrou est depuis 2008 Directeur Adjoint du Musée National d’Art Moderne du Centre Pompidou et qu’il a été auparavant très impliqué dans l’orientation du FRAC Centre vers l’architecture en général et l’acquisition de maquettes et de dessins d’architectes en particulier (il est aussi le co-fondateur en 1999 d’ArchiLab, les Rencontres Architecturales d’Orléans).

Bon si vous aimez les maquettes et l’architecture, à défaut de vous rendre dans la capitale pour voir celle-ci, on vous invite à filer à Fontevraud qui prend la thématique à pleine main cette année : une superbe programmation «Cité idéale», avec comme lancement de saison une folle journée le samedi 4 juin.

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 4. Calder à Beaubourg (en haut)

Quand, à la recherche désespérée d’exotisme, nous fuyons cette salle pour oublier un peu notre terre natale – certes éminemment fabuleuse mais tout à fait expansionniste – nous tombons au bout du couloir sur une belle terrasse qui donne plein nord sur les toits de Paris. Nous nous approchons pour admirer le paysage et là, horreur, la Touraine nous bouche la vue avec quelques œuvres de Calder !


Présentation de l’exposition Calder de 2009

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5. Calder à Beaubourg (en bas)

Nous prenons nos jambes à notre cou (essayez, vous verrez, c’est très lol) et dévalons les escalators, bousculant sans vergogne les touristes sans aucune distinction de nationalités, de K-way ou de perches à selfie et nous nous retrouvons soulagés sur le parvis du MNAM, à l’air libre et sans mauvais joueur de djembé puisqu’il y a désormais un panneau qui les bannit (que son auteur en soit à jamais remercié).

Mais le cauchemar n’est pas fini : un majestueux mobile de Calder se dresse côté sud, près du bâtiment de l’IRCAM. Il nous nargue en bougeant au gré du vent tout en zyeutant les sculptures de Niki de Saint-Phalle juste derrière.

C’est décidé, la prochaine fois on part au fin fond du Pays de Galles, «un endroit où la main de la Touraine n’a jamais mis les pieds».

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crédit photos : laurent geneix pour 37 degrés

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