Société

Signes des Temps #80 Inhumanités, rues Colbert & Voltaire

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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A neuf mois d’intervalle, à quelques mètres de distance, on étale la souffrance humaine sur papier, cri éphémère, hymne à la fragilité. Après la campagne internationale Dysturb en mars 2016, voici donc la petite campagne locale Foyer Albert Thomas. Même si la première, rapidement aperçue dans les rues de Tours, visait au départ à défendre le photojournalisme, elle permettait aussi de se plonger quasi-physiquement dans le sort des réfugiés, des gens vivant dans un pays en guerre et/ou dans la rue. La seconde appelle à la résistance et sous-entend sobrement qu’il vaut mieux faire dormir des gens dans un lieu conçu et équipé pour faire dormir des gens que dans un lieu conçu et équipé pour faire du sport, fut-ce pour quelque temps seulement.

Nous nous glorifions d’être la cinquième puissance économique mondiale, et, en effet, chaque jour des millions d’euros sont, au mieux, dépensés pour des choses secondaires (voire futiles), au pire, gaspillés par un subtile mélange de manque élémentaire de bon sens et d’arrangements entre amis. Et pendant ce temps-là, nous chipotons sur l’accueil de quelques milliers de migrants qui fuient la mort ou une vie atroce que nous ne souhaiterions même pas à notre pire ennemi. Pendant ce temps-là, nous pinaillons sur des détails administratifs et juridiques qui privent d’abri une poignée de personnes alors que d’autres, faute de moyens débloqués, attendent déjà à la porte depuis des semaines. L’Etat de droit, donc, contre le droit à une existence décente pour tous les citoyens de ce même Etat. Le syndrome du chat qui se mord la queue à l’échelle d’une société, avec pour navrant résultat la relégation du bien-être élémentaire de l’être humain à un passe-temps coûteux («y en a un peu marre des pauvres, quand même, c’est vrai, quoi»).

Face à la souffrance de nos prochains, nous opposons des «oui, mais…». Face à l’engagement de certains, beaucoup réagissent bêtement par des «encore des gauchistes !», comme si ce débat était simplement politicien alors qu’il est juste profondément politique.

Face à la misère, trop de personnes ne se contentent plus de détourner les yeux (ce qui demeure un moindre mal), mais fusillent les victimes du regard et bavent leur mépris dans leur intimité familiale, bien au chaud «parce qu’ils le méritent». Car c’est bien connu : les gens qui sont dans la merde l’ont bien cherché.

Un degré en plus

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crédits photos : Laurent Geneix pour 37°

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