Société

Signes des Temps #72 Cabine au rebut en sud Touraine.

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Les temps changent, le mobilier urbain aussi. Faut-il en nourrir de la nostalgie ou s’enthousiasmer de l’évolution de la vie quotidienne ? Se mettre en mode «vieux con ronchon» ou en mode «faut vivre avec son temps» ?

Cette vieille cabine arrachée au quartier qu’elle a habité pendant dix, quinze, vingt ans… se retrouve placardisée comme un vulgaire cadre supérieur invirable et dont on ne sait plus quoi faire, balancée derrière un bâtiment des services techniques aux côtés d’un vieux bidon de mazout, enfermant avec elle des milliers d’heures de conversations inutiles, enflammées, énervées, amoureuses, professionnelles, administratives, désespérées. Ah ! Si seulement ses vitres Securit et son cadre en alu pouvaient parler !

«Papa, tu viens me chercher, je suis à la cabine téléphonique». Lieu de rendez-vous, lieu-refuge où on pouvait se coller à trois ou quatre pour se tenir chaud, fumoir de luxe, avaleuse de pièces, puis gourmande d’unités de cartes, la voici définitivement à la diète.

Certains avaient pourtant eu l’idée géniale de les laisser où elles étaient si bien implantées, après avoir démonté les combinés pour permettre aux utilisateurs de téléphones portables de s’isoler en plein centre ville et de converser en toute tranquillité sur leur portable, sans emmerder leurs prochains partout ailleurs. Peine perdue sans doute, l’être humain se gavant désormais de liberté individuelle sans plus aucune retenue sur le mode très en vogue du «c’est pas interdit donc je ne vois pas pourquoi je me priverais de le faire».

En 1996, on téléphonait uniquement de ces cabines ou de chez soi; vingt ans plus tard on téléphone de partout sauf de ces cabines ou de chez soi. En gommant de l’espace public ces petites zones privées portatives, on se coupe de facto de tout retour possible à une certaine forme de confidentialité et de discrétion dans l’ensemble de la société. Comme le retour à la mode du disque vinyle et de la marche à pied, on peut toujours rêvé, mode «vieux con ronchon», de la fin de la grande téléphonie généralisée et du retour à la nécessité de ces petites cellules urbaines, le reste de l’espace public redevenant un lieu réservé aux conversations en direct avec ses semblables ou au silence et à la contemplation.

Un degré en plus

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