Société

Signes des Temps #63 Rébellion souillon sous le Pont Wilson

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Autant on peut se réjouir du bordel sans fin du feuilleton des palissades de chantier du Haut de la Rue Nationale, avec le joyeux épilogue que l’on sait : l’abandon de cet espace d’expression par des pouvoirs publics n’ayant pas eu d’autre choix que la capitulation. Autant on ne peut qu’être consterné par la bêtise crasse des auteurs de ce «post» réel sur les piles du Pont Wilson, salissant le monument le plus universellement emblématique de Tours, affranchi de toute connotation religieuse, économique ou politique, affichant comme seul pouvoir celui assez fabuleux de permettre aux êtres humains de passer d’une rive d’un fleuve à l’autre.

De crier sa colère à vomir sa bêtise il n’y a parfois qu’un pas et celles et ceux qui le franchissent desservent la cause qu’ils soutiennent, perpétuant la tradition simiesque de l’homo pas trop sapiens du sciage de la branche sur laquelle il tente de rester perché pour se donner un semblant de hauteur. La différence entre le casseur qui balance des pavés sur l’hôpital Necker et le gentil monsieur qui tague l’un des joyaux de sa propre ville est que le premier n’en a rien à foutre de la manif où il s’est incrusté alors que le second (qu’on a pour une fois envie de prononcer comme ça s’écrit) a envie qu’il y ait le plus de monde possible pour gueuler contre cette loi et faire entendre un message de révolte citoyenne que notre démocratie, bien qu’assez mal en point, nous permet encore.

«On en a toujours gros» peut-on lire comme slogan so 2016. Les promeneurs des bords de Loire qui viennent chaque jour par centaines profiter de ce lieu magique coupé du reste de la ville et de ses multiples vicissitudes (agression publicitaire, bruit, bagnoles, klaxons, hyper-consommation, gens stressés…) vont très certainement eux aussi «en avoir gros» de voir leur petite bouffée d’air quotidienne dénaturée par un message politique, à durée de vie très limité de surcroît, bavé sur un monstre inoffensif qui n’a rien demandé à personne.

Un degré en plus

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