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Signes des Temps #234 – Apéro sauvage

 

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

Une quille de crémant d’Alsace et une bouteille mystère : voilà donc ce qui trône sur cette table de fortune. On ne sait pas quand elles ont été vidées ni dans quelles circonstances. Si la discussion qui accompagnait la dégustation était plutôt du genre sérieuse, romantique ou délurée. Manifestement, les convives avaient besoin d’humer l’air frais au moment de trinquer, préférant le confort relatif d’un mobilier en bois fatigué ainsi que la compagnie de vieilles pierres à l’ambiance chaleureuse d’un bar. Ce alors même que notre département ne figure pas en zone d’alerte Covid maximale imposant la fermeture des débits de boisson.

Vous me direz, peut-être leur fallait-il juste un peu de discrétion. On y croirait, sauf que le spot est parfaitement visible depuis la rue. Non, il faut s’y résoudre : face à nous se trouve la preuve irréfutable d’un apéro sauvage. Statufiée, voire momifiée.

Les terrasses voient leur fréquentation se rabougrir au fil des semaines ; pendant ce temps l’épaisseur des manteaux augmente sur le dos des badauds. Les commandes de boissons anisées sont sur la pente descendante, tandis que chocolats chauds et autres viennois connaissent leur retour de hype annuel. Et même si on commanderait bien cette petite infusion au thym, on a tellement peur du jugement qu’on se replie encore et toujours vers un jus de chaussette insipide.

A quelques lieues de là, ce tableau témoigne de la vigueur de l’été, de l’insouciance et sans doute d’un peu de débauche. Autant d’ingrédients que l’on ajouterait bien plus souvent dans le cocktail actuel de notre vie, rendu si âpre et amer depuis que le monde tente de se remettre de la pire gueule de bois du XXIe siècle.

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