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Signes des Temps, #204 : Lueur du soir

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

Sortir d’une salle obscure après y avoir vu un bon film.
Fredonner l’une des dernières chansons issue de sa bande originale.
Chercher quelques secondes son chemin, et râler parce que le parapluie est resté à la maison.
Il aurait été très utile.
Marcher d’abord à pas rapide puis ralentir le rythme.
Repenser à cette histoire à la fois drôle, romantique et tragique que l’on a vue sur grand écran.
Se demander si un jour on vivra quelque chose d’aussi intense.
Tourner à gauche pour rejoindre l’arrêt de bus.

Il bruine encore.
Au loin le bruit du boulevard.
Les voitures qui passent projettent un peu d’eau.

Changer de trottoir pour aller là où il y a le plus de lumière.
Arpenter cette rue que l’on a déjà traversée des dizaines de fois.
Remarquer cette enseigne qui brille.
Constater que c’est un hôtel et c’est étrange parce que c’était ça aussi le sujet principal du film. Un hôtel.

Depuis quand y’a-t-il un hôtel ici ? Est-il bien noté sur Internet ?
Quelle importance ! On a rarement besoin d’un hôtel dans sa propre ville, sauf si on vient d’avoir une très grosse dispute conjugale et que tous les potes sont sur répondeur. Encore un lien avec le film.

Sortir le téléphone.
Faire un semblant de mise au point.
Essuyer l’objectif déjà mouillé.
Prendre la photo.

Le néon est si vif qu’on ne verra jamais que c’est un hôtel.
Cela pourrait être un dentiste, une mercerie, un vendeur de robinet ou une échoppe de bonbons… Une bonne partie des lecteurs n’y aurait vu que du feu.

Regarder si la photo n’est pas trop floue.
Recommencer à marcher.
Répondre à une personne manifestement alcoolisée que, non, ce n’est pas elle qu’on prenait en photo.
Poursuivre sa route.
Atteindre le boulevard.
Monter dans le bus.
Utiliser les dernières réserves de la batterie du téléphone qui a lui aussi très envie de reprendre des forces.
Fredonner encore et toujours la chanson du film.
Supposer qu’on a les yeux qui brillent.

C’était une soirée lumineuse.


Un degré en plus :

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