Société

Signes des Temps #19 : No more sex rue des Cordeliers

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

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Tout se perd ma bonne dame. Bon déjà, le sex-shop de la gare est devenu un kebab, ce que le symboliste primaire interprétera bien entendu comme la suprématie du ventre sur le bas-ventre, fléau de notre époque post-moderne où le plaisir de la bonne chère (fût-elle «fast») l’emporte sur celui de la chair (fût-elle «flasque», ce que la junk food promet d’ailleurs le plus souvent), le «petit coup vite fait» se muant peu à peu en un «petit grec vite fait», 12 millions de célibataires – dont un nombre croissant de «no sex» volontaires – formant une armée potentielle de mangeurs un peu plus gros que la moyenne, compensant le manque de plaisir charnel par tout un tas de friandises aussi inutiles que vénéneuses… Mais, là, on s’égare.

Cet autre célèbre sex shop, là sur la photo, a fermé ses portes il y a environ deux ans et est devenu… rien du tout, ce qui est sans doute encore pire car la luxure, comme la nature, a horreur du vide. Il est parti en laissant sa trace, ces quelques lettres démontées mais dont on voit l’ombre, vestiges d’une déflagration immense : le temps qui passe et qui, au passage, a rendu obsolète un lieu dédié à l’achat de trucs qu’on trouve dorénavant en deux-trois clics sur internet. Ce sex shop de la rue des Cordeliers (et ne dites pas que vous ignorez où elle se trouve, cette rue, bande de cochons salaces), celui dont on pouvait admirer les jolis néons à partir des grandes fenêtres du Foyer du Public du Grand Théâtre, vue imprenable qui nous rappelait au passage que dans «culture» il y a «cul» et que certains feraient peut-être bien de ne pas trop l’oublier.

«Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle» dit le dicton africain. Allez, on lance un concours, réponses en commentaire de cet article : «Quand un sex shop ferme, c’est…». Moi je serais tenté de démarrer par un «…c’est un sushi shop qui ouvre.».

Allez, à vous de compléter, mes lapins.

Un degré en plus

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