ChroniquesChroniques-Société

Signes des Temps #109 Heure d’été rue Colbert

Le pitch : « Signes des Temps » ce sont des images chassées par notre journaliste Laurent Geneix dans les rues, les bâtiments et les chemins de la Touraine ; des traces laissées par l’Homme pour l’Homme, parfois très claires, parfois très floues, violentes, commerciales et/ou drôles, mais toujours signifiantes – que ce soit grâce à des mots, des dessins ou des symboles – et potentiellement visibles par tous.

20170724_084731

Ces commerces qui donnent l’heure aux passants dans leur vitrine sont devenus si rares qu’il faudrait les muséifier. On est si loin de l’époque où le slogan «Machin vous offre l’heure !» écrit en grosses lettres à côté d’une belle pendule était présenté comme un redoutable outil marketing qui devait écraser la concurrence. Le pendant négatif sous-entendu étant bien sûr «Regardez ces ringards radins qui ne vous l’offrent pas !».

Après ces concours de celui qui aura la plus grosse pendule, on a vécu des des décennies de montres à gousset réservées aux riches, puis l’avènement des montres à bracelets et enfin quelques décennies plus tard des gadgets jetables rendirent la chose totalement inutile et du coup simplement réservée aux façades des gares et des hôtels de ville. D’ailleurs à Tours, pour voir l’heure en ville, il n’y a guère d’endroits quand on y pense… De moins en moins de gens ont des montres au poignet («A quoi ça sert, j’ai toujours mon portable sur moi !»). Il y a bien les horodateurs, certes, mais dans le genre tue-l’amour, on ne fait guère mieux. Reste le téléphone portable donc, mais il est devenu tellement «smart» qu’on y passe des heures en oubliant qu’il peut aussi donner l’heure.

Cette vitrine rue Colbert est donc une bouffée d’air, l’heure donnée à qui veut bien la prendre, au petit matin comme au cœur de la nuit : offerte à tous, les mains (et le portable) dans les poches. On n’a pas pu résister ce matin d’été à perdre quelques secondes (mais pourquoi d’ailleurs dit-on toujours «perdre» dans ces cas-là ?) debout devant ce commerce, juste pour ce petit plaisir de voir la pendulette changer de minute. Clic. 8h47.

Le genre de truc super addictif où tu pourrais être tenté de revenir plusieurs fois par jour, exprès, et de rester de plus en plus longtemps pour mieux mesurer le temps qui passe qu’en haut à droite de ton salaud d’ordi. Pour le sentir passer, plus fort, jusqu’à t’en enivrer. Pour mieux te perdre au cœur de l’été. T’empiffrer de minutes jusqu’à en oublier tout le reste.

Un degré en plus

> Retrouvez toute la collection des «Signes des Temps» en cliquant ici.

Print Friendly, PDF & Email