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Réseaux locaux d’électricité : une histoire en mouvement

Même si peu de citoyens le connaissent, le Syndicat Intercommunal d’Energie d’Indre-et-Loire (SIEIL) vient de fêter ses 80 ans. Pour faire court, avant son existence, chaque commune gérait tant bien que mal son réseau de distribution électrique, chacune dans son coin. Après la naissance d’EDF en 1946, la gestion de l’électricité va devenir rapidement une affaire nationale (avec notamment le début de la production nucléaire dans les années 60, qui représente aujourd’hui à elle seule environ 81,5 % de la production nationale) et un grand service public. Cependant, aujourd’hui, avec le développement des énergies renouvelables et de leurs petites unités de production, on assiste aux débuts d’une ère nouvelle où la décentralisation de la production électrique pourrait s’intensifier et donner de plus en plus de place aux énergies renouvelables (14,9 % de la production nationale en 2015).

Malgré 80 ans d’une histoire très riche, le SIEIL, présidé par le maire de Chinon Jean-Luc Dupont, est résolument tourné vers l’avenir en développant notamment les smartgrids (réseaux intelligents, nécessaires à l’amélioration des économies d’énergie et à l’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique local et régional) et en misant beaucoup sur le Plan Corps de Rue Simplifié (PCRS). Mais commençons par un petit peu d’histoire…

1886-2017 : de la micro-production à la… micro-production !

La ville de Tours inaugure son premier réseau de courant alternatif (à l’époque le débat faisait rage) en 1886, pendant qu’autour en milieu rural, les petites productions pullulent chez les professionnels (usines, industries, entreprises du bâtiment) et chez quelques particuliers fortunés. Rapidement des «sociétés électriques» pullulent : Azay-le-Rideau en 1896, Sainte-Maure en 1903, Preuilly-sur-Claise en 1906, Yzeures-sur-Creuse en 1908 et proposent leurs services aux municipalités. Elles seront une douzaine sur le département à la veille de la Première Guerre Mondiale.

 

«Les années 1920 sont une époque cruciale car c’est à partir de ce moment-là que la technologie permet enfin un transport de l’électricité sans grosse perte. Du coup, il devenait moins nécessaire d’être à côté d’une unité de production pour bénéficier de l’électricité» explique Renan Viguié, historien de l’électricité. Il faudra néanmoins attendre 1935 pour que l’ensemble des communes du 37 soient raccordées à un réseau et certains hameaux devront attendre les années 60… Une partie de l’exode rural peut d’ailleurs s’expliquer par cette absence de fourniture d’énergie dans certains secteurs de la campagne française, une problématique que l’on retrouve aujourd’hui avec la couverture en réseau mobile et la connexion internet. Les installations des entreprises et même certains choix de lieux de vie de citoyens ont donc, pendant une certaine période, été influencés par la présence ou non d’une unité de production à proximité. La fierté de pas mal d’entrepreneurs passait aussi par la capacité à produire leur propre électricité, pas seulement pour le fonctionnement de leurs machines, mais aussi pour électrifier les maisons des ouvriers situées à côté. Attractivité quand tu nous tiens…

«L’exemple des imprimeurs Mame est intéressant : ils s’installent à Descartes car ils veulent disposer de leur propre papeterie et parce qu’il y a un barrage. Ils vont pouvoir disposer d’une source d’électricité sur place» précise Renan Viguié. Après une première construction réalisée en 1861, une seconde à côté de la confluence entre la Vienne et la Creuse voit le jour dans les années 1920 en partenariat avec les communes du sud Touraine. Par la suite, les Papeteries Descartes se raccorderont au réseau EDF en 1961. Aujourd’hui, un projet de «réarmement» de ce barrage est lancé, avec pour objectif une production de 2MW. Un autre projet est à l’étude à Savonnières et dans d’autres départements, car le SIEIL ne limite pas ses actions au 37, loin de là !

Bref, voilà le retour annoncé d’une micro-production locale, «à consommer sur place».

Le Plan Corps de Rue Simplifié, qu’est-ce que c’est ?

Gros morceau à gérer pour le SIEIL : l’obligation pour toutes les communes (urbaines en 2019, rurales en 2026) d’avoir un référentiel unique qui numérise l’ensemble des éléments présents sur une voie de circulation. On ne parle pas ici uniquement des réseaux (gaz, eau, électricité, égouts, télécoms…) mais aussi des trottoirs et des constructions. Objectifs principaux : améliorer la sécurité et diminuer les coûts de réparation des incidents (chaque année on déplore environ 60.000 endommagements de réseaux lors de travaux) et gagner du temps (et donc de l’argent) lors de la conception puis la réalisation de projets d’urbanisme, d’architecture ou d’autres aménagements.

Avec un investissement de 620.000 € pour le matériel et trois ans de main d’œuvre pour 6 équivalents temps plein sur 3 ans, l’investissement du SIEIL pour ce projet est conséquent : entre 3,5 et 4 millions d’euros. Le financement ? Les cotisations des collectivités locales qui adhèrent au SIEIL et d’autres institutions qui peuvent avoir besoin de ces précieuses données pour la mise en place et le développement de différents projets.

Un test grandeur nature des relevés cartographiques a été réalisé en 2016 dans le sud du département à Montrésor. «D’une nécessité légale, on va arriver en quelques années à une grande évolution pour les collectivités, les institutions et les professionnels de l’urbanisme» s’enthousiasme Antoine Trystram, vice-président en charge de la prospective.

Les smartgrids, autre défi à relever pour le SIEIL

Une fois digéré l’anglicisme tout à fait dispensable («Réseaux intelligents» fonctionne très bien), on peut expliquer simplement le concept : il s’agit de relever en temps réel et d’interconnecter toutes les informations liées aux consommations énergétiques d’un foyer ou d’une entreprise afin non seulement de pouvoir réparer des pannes à distance, mais aussi de mieux gérer la consommation individuelle et globale. Bien que critiqué (on pense notamment aux polémiques autour du compteur Linky), ce système est absolument nécessaire pour mieux réguler les flux et ainsi développer de manière significative la part des énergies renouvelables et des micro-productions énergétiques locales. Cela doit permettre aux usagers de s’adapter à leur production propre : quand est-ce que j’ai besoin de telle ou telle quantité d’électricité ? Quand est-ce que je n’en ai pas besoin ? Si j’en produis à des moments où je n’en ai pas besoin, à qui d’autre dans mon entourage peut-elle servir ?

Derrière cette évolution se cachent donc des enjeux colossaux au niveau international, entrant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Du local au global, les différents rôles du SIEIL sont donc des éléments clés dans l’évolution de nos sociétés. Ce syndicat permet aujourd’hui à l’Indre-et-Loire d’être un pionnier en la matière, comme il l’a été sur les bornes de recharge électrique pour les voitures. Aucun doute, malgré ses 80 ans, le SIEIL incarne toute la fougue et la détermination d’une nouvelle génération d’institutions para-publiques armée jusqu’aux dents pour entamer la transition énergétique dont nous avons besoin de toute urgence.

Un degré en plus

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