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Société

Repas à la française : se nourrir de l’Autre

Le réalisateur Philippe Baron nous a mitonné un reportage simple mais fascinant sur notre propension unique au monde (l’Unesco a d’ailleurs mis le doigt sur cette autre exception culturelle en 2010) à passer des heures à table même quand absolument aucune célébration ne le justifie. Super nouvelle : on se lamente souvent sur la vie qui va toujours plus vite, mais ce film, diffusé pour la première fois le samedi 11 avril sur France 3, nous apprend entre autres choses que notre temps passé à table ne cesse d’augmenter. On ne prendrait plus le temps de vivre, mais on prend le temps de manger… Tout n’est donc pas foutu !

Ce 52 minutes de Philippe Baron donne faim. Il dépasse dès son intro la vision élitiste de la «gastronomie», redéfinissant ce terme avec brio pour le grand public : oui, mesdames et messieurs, prendre plaisir à se faire une escalope à la crème, après avoir dressé sa table et s’asseoir pour la manger tranquillement, c’est aussi ça la gastronomie !

Et MacDo, hein, ça fait partie du «repas à la française» ? Bah oui, un peu. La plume et l’œil subtilement insolents de Philippe Baron nous feraient presque envie d’aller se refaire un fast-food, avec ses deux petits vieux qui se paient une pause bien méritée dans leur «tout bio» pour aller dans un endroit où on peut se lâcher et faire un peu n’importe quoi. Ah ! La transgression ! Pour tous ceux (et ils sont nombreux) qui associent la bonne chère au plaisir de la chair, nul doute que ce documentaire alimentera encore les discussions sur ce rapport au corps (le sien, celui des autres).

Le goût de l’enfance

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Plein d’humanité et de tendres regards posés, «A Table !» propose comme tout bel objet de ce type un passage très émouvant lorsque l’on voit de jeunes enfants apprendre la vie en mangeant dans une cantine des plats préparés avec amour par un cuisinier passionné. Un homme qui prend des risques dans ses choix de menus et joue avec la curiosité humaine en fabrication, un pari gonflé récompensé au centuple par des petites langues qui hésitent, puis qui dévorent jusqu’à la dernière miette, le regard pétillant.

Tours, son IEHCA, sa Cité de la Gastronomie

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«Le repas gastronomique des Français joue un rôle social actif dans sa communauté et il est transmis de génération en génération comme partie intégrante de son identité» nous raconte l’Unesco pour justifier son choix de classer ce «patrimoine immatériel» parmi d’autres joyaux de l’ humanité. Un classement prestigieux dont l’une des conséquences est l’intégration de la ville de Tours dans le réseau des Cités de la Gastronomie (aux côtés de Lyon, Rungis et Dijon), récompense «logique» quand on sait que l’IEHCA, agence de développement scientifique et vénérable institution tourangelle de renommée internationale née en 2001, a œuvré depuis 2006 à la reconnaissance du repas français par l’Unesco. Nous reviendrons très bientôt sur ce projet de Cité de la Gastronomie qui commence à prendre forme en coulisses…

Manger, philosopher, manger

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«Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger» aurait dit Socrate, relayé par Molière : autres temps, autres mœurs, voici donc que cette «vérité» s’inverse et que même quand il mange n’importe quoi, le Français le fait avec un certain talent pour la convivialité, le rituel et la conversation. Au «Je pense, donc je suis», lui aussi patrimoine national (et Tourangeau !), on pourrait donc par exemple ajouter un «Je parle en mangeant, donc je suis français». Reste à préciser si nous parlons en mangeant ou si nous mangeons en parlant, mais même à la fin du très beau film de Philippe Baron, la question demeure sans réponse.


Un degré en plus

Diffusions :

France 3 Centre le 11 avril à 15H20

France 3 National le 13 avril après le Grand soir 3 (vers 23H30)