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« Que faire contre les inégalités ? » : les solutions concrètes de l’Observatoire des Inégalités

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Après avoir publié le premier rapport sur les Inégalités en France l’an passé, l’Observatoire des Inégalités, basé à Tours, prépare un nouvel ouvrage, dans lequel une petite trentaine de chercheurs, scientifiques et spécialistes apportent autant de propositions pour lutter contre les inégalités en France. Fidèle à sa volonté d’indépendance, l’association a lancé une campagne de crowfunding pour financer cet ouvrage. Entretien avec Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des Inégalités.

37° : Un an après le premier rapport sur les Inégalités en France, l’Observatoire va donc lancer un nouveau livre “Que faire contre les inégalités ?” avec des propositions concrètes pour lutter contre les inégalités. N’est-ce pas en contradiction avec le fait d’être un observatoire ?

Louis Maurin : L’idée était de chercher des solutions concrètes à partir du constat qu’on a fait précédemment. C’est vrai que cela ne va pas de soi au départ, parce qu’on s’appelle « Observatoire ». Il y a en effet une contradiction, puisque notre rôle premier est de dresser un état des lieux et d’essayer de le comprendre. On assume cependant cette contradiction parce que les propositions que l’on va faire sortent de treize années d’expérience et elles sont élaborées par des chercheurs travaillant sur ces questions. De plus, sur le site on fait déjà des points de vues et on s’est déjà exprimé sur les politiques publiques.

37° : Vous avez donc été chercher des spécialistes pour qu’il fassent eux-mêmes des propositions concrètes ?

Louis Maurin :  Ce livre met en avant le travail des chercheurs dont c’est le métier. L’idée est de remettre un peu de l’ordre dans le brouillard intellectuel actuel, avec tous ces “toutologues” présents dans les médias et qui se font spécialistes sur tout. A l’intérieur on retrouvera des propositions qui pourront être contradictoires par exemple. Le livre restera fidèle au principe de points de vues différents.

37° : Ce livre a-t-il une finalité politique à un an des élections présidentielles ?

Louis Maurin : Ce n’est pas innocent de le faire aujourd’hui. Si ce livre peut peser dans le débat tant mieux, mais au-delà, l’idée est que chaque citoyen puisse y piocher des réflexions et des idées.

37° : Qu’attends-tu toi personnellement des candidats à la Présidentielle ?

Louis Maurin : J’attends surtout qu’ils aient des convictions et qu’ils défendent des programmes clairs. Il faut qu’ils disent vraiment ce qu’ils vont faire en assumant leurs valeurs. Ma grande crainte est qu’une nouvelle fois le programme du vainqueur ne soit pas tenu, cela décrédibiliserait un peu plus les partis traditionnels et on sait à qui cela profitera par la suite.

37° : La thématique des inégalités est-elle de gauche ?

Louis Maurin : Non, par exemple il y a eu plus de logements sociaux construits sous la présidence de Nicolas Sarkozy que sous celle de François Hollande. Traditionnellement c’est vrai que la gauche tend plus vers l’égalité et la droite vers la liberté, mais on se rend compte dans les collectivités locales par exemple que les thématiques autour des inégalités dépassent les clivages politiques.

37° : Ce livre peut-il avoir une réelle influence sur la politique nationale ?

Louis Maurin : Ma position est nuancée parce qu’il faut mesurer qui on est. On reste une petite organisation qui n’a pas vocation à révolutionner la société. Un chercheur comme Thomas Piketty avec toute l’influence qu’il peut avoir, n’a pas réussi à convaincre l’exécutif de mettre en place une réforme fiscale en France. De notre côté nous restons modestes face à cela et avançons avec nos moyens. Notre influence se fait à d’autres niveaux, par exemple à travers les manuels scolaires qui reprennent certaines de nos publications.

37° : N’as-tu pas l’impression d’être parfois à contre-courant des idées dominantes ? Par exemple, régulièrement sur le site de l’Observatoire des Inégalités on voit des écrits favorables aux impôts.

Louis Maurin : Je ne défends pas l’impôt pour le défendre. Je le fais pour répondre à des besoins sociaux. Sur les impôts, je regrette surtout la versatilité des politiques. Je rappelle que les impôts ont augmenté à partir de 2010, sous Nicolas Sarkozy donc, alors qu’ils les avaient lui-même baissés largement depuis 2007. L’un des grand problèmes aujourd’hui c’est que la pression des sondages régit la vie politique. On confond l’opinion du moment et les attentes réelles. A trop vouloir aller dans le sens du vent, les élus finissent par en perdre leurs valeurs et leurs convictions.

37° : Tu es attaché au modèle social en France, as-tu l’impression qu’il s’effrite ?

Louis Maurin : Je suis nuancé également. Il y a une ambiguïté à ce que nous faisons à l’Observatoire des Inégalités puisque nous pointons les dysfonctionnements de ce modèle, or il fonctionne encore. Si on prend l’exemple des familles monoparentales, on passe de 45% de taux de pauvreté à 22% après redistribution des aides sociales. Nous ne sommes certainement pas le pays où il fait le moins bon vivre, mais cela ne doit pas empêcher d’être vigilants aux dysfonctionnements notamment sur les questions du chômage des jeunes, plus particulièrement des quartiers populaires où il y a un véritable échec d’intégration professionnelle.

37° : Depuis la création de l’Observatoire des Inégalités en 2003, tu as l’impression que les inégalités ont augmenté en France ?

Louis Maurin : Du point de vue des revenus c’est évident mais dans d’autres domaines non : les inégalités hommes-femmes se sont réduites, les discriminations aussi, les accès aux nouvelles technologies également… Il ne peut pas y avoir de réponse univoque parce que la question des inégalités c’est un ensemble de domaines liés aux besoins d’une population. Tout ne va pas dans le mauvais sens, mais on ne le voit pas forcément. Par exemple une commune qui investit dans un équipement culturel, réduit les inégalités d’accès à la culture, quand elle aide une association sportive qui œuvre auprès des jeunes c’est également important en terme de réduction des inégalités d’accès aux pratiques sportives.

37° : Pour en revenir au livre “Que faire contre les inégalités ?”, que va-t-on y retrouver ?

Louis Maurin : On a essayé de couvrir le plus de domaines possibles : fiscalité, école, emploi, les services publics, les inégalités hommes/femmes, les discriminations, la santé… Tout ne sera pas traité parce qu’on a du faire des choix en fonction des auteurs qui ont répondu présent. De plus, on a voulu sortir du débat entre intellectuels qui se parlent entre eux pour aller vers la base, vers les évidences. On répète des choses qui ne sont pas forcément novatrices pour les experts, journalistes spécialisés, etc… mais qui pour la grande majorité des citoyens ne sont pas forcément des choses entendues.

Un degré en plus :

> Le site de l’Observatoire des Inégalités

> La page de financement participatif de la campagne « Que faire contre les inégalités ? »

>Les auteurs du livre « Que faire contre les inégalités ? » : Guillaume Allègre, Gwénaële Calvès, Denis Clerc, Julien Damon, Jean-Paul Delahaye, Manuel Domergue, Olivier Donnat, Marie Duru-Bellat, Guillaume Duval, Nicolas Framont, Jean Gadrey, Pierre-Noël Giraud, Bernard Lahire, Danièle Lochak, Françoise Milewski, Julie Minoc, Laurent Mucchielli, Marco Oberti, Camille Peugny, Monique et Michel Pinçon-Charlot, Christophe Ramaux, Cédric Rio, Christophe Robert, Réjane Sénac, Patrick Simon, Pierre Volovitch.

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