Société

Procès JRE : Farida Belghoul et Dalila Hassan condamnées en appel

Farida Belghoul et Dalila Hassan, membres du mouvement JRE (Jour de retrait à l’école), qui avait organisé plusieurs actions médiatiques en 2014 contre une supposée « théorie du genre » enseignée dans les écoles, avaient accusé une enseignante de l’école Blotterie de Joué-lès-Tours d’inciter des enfants de sa classe à des attouchements. Les deux femmes ont été condamnées en appel hier par la cour d’appel d’Orléans pour diffamation et complicité de diffamation envers l’enseignante en question.

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Des peines alourdies par la cour d’appel d’Orléans

Condamnées en première instance par le tribunal de Tours en mai 2016, pour diffamation et complicité de diffamation, Dalila Hassan et Farida Belghoul avaient été condamnées à payer 4000 euros pour la première et 5000 euros pour F.Belghoul, ainsi que 1000 euros de frais de justice. Le tribunal infligeait également aux deux femmes 12 000 euros de dommages et intérêts envers l’enseignante qui avait porté plainte contre les deux membres du mouvement JRE.

Farida Belghoul et Dalila Hassan avaient fait appel de la décision du tribunal de Tours. En décembre dernier, c’est donc la cour d’appel d’Orléans qui accueillait le deuxième procès de « l’affaire de l’école Blotterie ». Le parquet avait alors demandé la confirmation de la décision en première instance.

Le verdict est tombé hier, lundi 30 janvier et la cour d’appel d’Orléans a finalement non seulement suivi les réquisitions du parquet mais a alourdi les peines infligées. Farida Belghoul et Dalila Hassan ont ainsi été condamnées en appel à verser 15.000 euros de dommages et intérêts à l’enseignante incriminée dans la vidéo et à l’indemniser à hauteur de 3.000 euros de frais de justice. A titre personnel, Farida Belghoul a vu sa peine alourdie à 8000 euros, tandis que Dalila Hassan a vu la sienne réduite à 2.000 euros.

Le rappel des faits :

Début 2014, profitant de l’expérimentation des « ABCD de l’égalité », un mouvement initié par Farida Belghoul nommé JRE, comme Journées de retrait de l’école, prétend lutter contre une supposée théorie du genre enseignée dans les écoles publiques françaises. Les membres des JRE exercent un lobbying médiatique et auprès de parents d’élèves pour organiser des journées de retrait des enfants des écoles, une fois par mois.

Le vendredi 28 mars 2014, un rassemblement de parents d’élèves se fait devant l’école Blotterie de Joué-lès-Tours. Un rassemblement de mères de famille jugé suffisamment dense et alarmant pour que la directrice de l’école fasse appel aux forces de l’ordre. Dans le même temps, une mère d’élèves, Dalila Hassan, membre des JRE accusait d’abus sexuel une institutrice de maternelle. Accusations mises en scène le même soir dans une vidéo diffusée sur internet. Une vidéo qui se diffuse comme une trainée de poudres sur internet et les réseaux sociaux, en partant essentiellement de sites d’extrême droite. A noter qu’une journée de retrait était organisée préalablement le lundi 31 mars, soit trois jours après les évènements.

Dans cette vidéo, Dalila Hassan expliquait avoir été contactée par une mère tchétchène d’un jeune garçon à qui l’institutrice aurait demandé, ainsi qu’à une camarade de classe, de se déshabiller pour se toucher les parties génitales… Rapidement la mère de la petite fille en question niera la véracité des faits, tandis que celle du petit garçon ne portera visiblement jamais plainte.

L’affaire prend rapidement une ampleur conséquente et l’enseignante bénéficie immédiatement du soutien de ses collègues, sa direction, l’inspection académique, les syndicats d’enseignement mais aussi de parents d’élèves de l’école. Alimentant un peu plus la polémique, le même week-end, et alors que nous sommes en pleines élections municipales, un tract est distribué dans les boites aux lettres du quartier voisin de la Rabière. Un tract qui accuse la municipalité socialiste sortante de favoriser l’enseignement de la théorie du genre dans plusieurs écoles de la ville, dont l’école Blotterie. Un tract appelant à voter pour le candidat de droite et futur maire Frédéric Augis en reprenant ses codes graphiques, mais dont ses auteurs n’ont par la suite pas pu être identifiés. Le désormais maire de la ville réfutant de son côté en être à l’origine.

Bien que ces accusations sans fondement se dégonflent d’elles-mêmes et que l’enseignante est totalement innocentée, cette affaire a profondément marqué l’école Blotterie ainsi que l’enseignante en question. Cette dernière a décidé de porter plainte par la suite. Plainte qui a conduit Dalila Hassan et Farida Belghoul à être mises en examen et condamnées pour diffamation et complicité de diffamation envers une fonctionnaire.

(Re)lire la suite ici : Affaire de l’école Blotterie : Les mauvais genres de la mouvance JRE…

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