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[On aurait pu vous en parler] Le silence

Nos boîtes mail débordent ! Chaque semaine nous recevons des dizaines d’invitations pour relayer des événements forcément incontournables. Certains reviennent carrément tous les ans, au risque pour nous d’écrire quasiment la même chose d’une fois sur l’autre. En plus de ça, il faut bien dormir. Cette année, c’est décidé : nous ne pourrons pas être partout ! Et tant pis si cela crée des frustrations. Cela dit, nous avons trouvé LA solution : relater une fois par semaine des actualités tourangelles sans bouger du bureau, avec une petite dose de mauvaise foi.

Mercredi 31 mars, Emmanuel Macron est réapparu sur une écrasante majorité des écrans de télévision du pays et il a annoncé une troisième dose de confinement national anti-Covid façon « Celui dont il ne faut pas prononcer le nom » puisque le mot n’est jamais sorti de sa bouche. Il est vrai que contrairement au printemps 2020, et même à l’automne, on peut sortir sans la moindre restriction dans un rayon de 10km autour de chez soi, se faire couper les cheveux et même aller prier jusqu’à 30km de ses pénates.

Ces largesses laissent vite place à la ruse : acheter du vin dans un rayon de 30km est autorisé, alors on en profite pour ramener une bouteille chez des amis qui sont sur le chemin – comme par hasard. Les enfants sont en vacances mais pas leurs géniteurs alors on les emmène chez les grands parents au bord de la mer, puis finalement on reste la semaine sur place en passant plus de temps sur la plage qu’en télétravail.

Faut-il blâmer celles et ceux qui font ça ? Si on a le doigt sur la pliure du Journal Officiel, la réponse est oui. Si l’on considère que l’on vit depuis un an une époque aussi chahutesque que la soirée pyjama de nos petits neveux et nièces, on considérera plutôt que l’on fait de notre mieux.

D’autant qu’en redessinant une fois de plus la zone de chalandise de nos existences en direct à 20h, Emmanuel Macron nous a privé d’une des seules choses qui avait rendu la première vague digérable : le silence et le sentiment de repos qu’il induit. La meilleure preuve que ce confinement n’en est pas un – dans notre grande bonté, donnons raison au chef de l’Etat qui n’a pas employé le mot – c’est qu’il y a toujours le bruit des voitures en fond sonore derrière nos fenêtres. Et qu’il faut tendre l’oreille pour ouïr le vrombissement des gosiers d’oiseaux.

Le silence, on aurait pu vous en parler mais le vacarme du coronavirus en a décidé autrement.

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