Société

On a testé pour vous… «Je bouffe n’importe quoi à la Guinguette de Tours»

Alors déjà mettons à l’aise tous nos détracteurs qui vont encore dire que quand nos articles commencent comme ça, on n’écrit que des conneries par la suite (et qu’il vaut mieux arrêter de lire immédiatement) : c’est super sérieux, Tours reçoit ces jours-ci 400 chercheurs du monde entier spécialisés dans les insectes, même que ça s’appelle des entomologues. Pour fêter ce grand rassemblement, on a eu droit à une dégustation d’insectes à la Guinguette de Tours le mercredi 27 juillet 2016.

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«Excusez-moi mademoiselle, mais vous avez une mandibule qui gigote entre les dents !». Bah oui les techniques de drague c’est comme tout, ça évolue. Et comme de la tarte aux poils à la tarte aux pattes il n’y a qu’un pas, franchissons-le allègrement. Après tout c’est la guerre, on n’en a plus pour bien longtemps, donc autant se lâcher un peu.

«Allez-y, vous, moi je peux pas, je vous regarde !». Pas très encourageant comme encouragement quand, vers 19h45 après une journée de travail harassante, tu te faufiles dans la foule de la Guinguette du Pont Wilson (dont les responsables semblent avoir définitivement abandonné l’idée que les gens ne l’appellent pas «la guinguette» mais «Tours-sur-Loire») et qu’une charmante personne t’alpague pour te faire faire des cochonneries.

Ni une, ni deux, touchés dans notre for intérieur (le fameux), après un bref coup d’œil aux petits plats remplis de bestioles desséchées et aromatisées, on engloutit une poignée, puis deux, puis trois. Voilà, ça y est : on est devenu entomophage en quelques secondes, un peu comme d’autres deviennent d’extrême-droite en quelques attentats. C’est pas compliqué, finalement !

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On croise une voisine qui esquisse un léger recul quand tu lui dis que ça y est, que tu as franchi le pas, que t’as bouffé des insectes et qu’elle devrait y aller elle aussi. Le mouvement est aussi imperceptible qu’incontrôlé, mais il ne t’a pas échappé : tu es passé de l’autre côté de la barrière. Et là, tu ne peux t’empêcher de penser à Ionesco et à ses rhinocéros. C’est vraiment con, mais c’est souvent comme ça quand tu as eu la bonne idée de faire des études de lettres.

Bref, la soirée suit son court tranquillement, tu fais passer les bébêtes à coup de binouze et tout le monde commence à raconter n’importe quoi, surtout des trucs autour des insectes comestibles bien sûr («Moi j’ai connu une Polonaise qui en prenait au petit déjeuner !», «Et quand tu chies, c’est de quelle couleur ?») alors que le mec derrière le comptoir continue à vendre sa soupe, imperturbable («C’est pas comme à Koh Lanta, c’est pas du tout gluant à l’intérieur»).

Bon, sauf que moins d’un mètre plus loin, tu as un autre comptoir où tu as des boîtes remplies de petites choses bien gluantes et bien vivantes, qui gigotent comme des ados attardées à un concert de Sapiens Sapiens et là tu te dis : «Merde, mais c’est ce truc que je viens de bouffer, en fait !». Séché, certes, mais oui.

Deux grammes plus tard, tu papotes, tu papotes, et tu ne fais plus trop gaffe à tes repères spatio-temporels (ça fait ça, l’alcool) et là tu enquilles sur les insectes de démonstration qui n’étaient pas du tout fait pour être mangés. Parce qu’encore vivants, donc. Voilà, voilà. Eux aussi ils sont passés tout seul. Il t’a fallu cinq ou six poignées avant de réaliser que les soirées à la Guinguette – pardon, à «Tours-sur-Loire» – c’était plus ce que c’était.

Le pire c’est que, pris dans la passion de la discussion, aucun de tes interlocuteurs ne s’est aperçu que tu leur parlais de plein de trucs tout en bouffant des saloperies. Comme quoi, des fois, le charisme et la tchatche de l’ancien étudiant de lettres dépassent l’entendement.

Un degré en plus

> Soyons quand même un peu sérieux, on est un média responsable. Cliquons ici. Nous, on l’a rapporté au bureau et on s’est promis de le lire entier à la plage. Compte-rendu en septembre.

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