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Mon business en mode Covid, ces entreprises tourangelles créées en pleine pandémie

Les deux confinements de cette année et la persistance de restrictions sanitaires pendant l’été ou le début de l’automne ont placé l’économie tourangelle en équilibre très instable. Une épreuve supplémentaire pour les jeunes entreprises créées en 2020… Témoignages.

Ces temps-ci dans le commerce, on ne compte plus les boutiques qui envisageaient une date d’ouverture bien précise et qui ont accueilli leurs premiers clients nettement plus tard que prévu. A Tours, Iberic’Halles constitue un bon exemple : l’épicerie fine à l’accent espagnol devait lever le rideau en juin sauf qu’elle était encore en plein travaux début juillet. Un mois de décalage, mais la machine est lancée… « J’ai fait deux premiers mois supers puis c’est devenu difficile en septembre » témoigne la patronne Sylvie Bouquillon-Luis. « C’est stressant mais il faut faire avec. Je mise tout sur Noël » poursuit la trentenaire qui lance cette affaire après deux ans de réflexion et de visites de producteurs pour sélectionner ses produits.

En plus de l’incertitude sur l’ampleur de la fréquentation du magasin en cette période de fêtes, il y a l’adaptation indispensable aux mesures sanitaires : « Je ne peux pas faire déguster certains produits du coup j’ai réduit mon approvisionnement de frais avec des dates de conservation courtes. » De la charcuterie ou du fromage que l’on vend souvent au coup de cœur après avoir offert un petit échantillon… En revanche la charcuterie, l’huile d’olive ou les vins ibériques trouvent leur public : « Une dame d’origine espagnole avait les larmes aux yeux en goûtant le jambon. » De quoi rebooster une commerçante préoccupée, qui bénéficie également du tutorat de l’ancien propriétaire « ici presque tous les jours pour me conseiller… et héler le client ! » Pour perdurer, il faudra tout de même diversifier les sources de revenus ce qui passera par le développement de la vente en ligne et d’une formule sandwich le midi. Une apprentie a été recrutée grâce au coup de pouce de l’Etat, notamment pour développer la communication.

Situation bien plus délicate à Saint-Pierre-des-Corps… Le Cabaret Ovation tablait sur un premier lever de rideau au printemps avant de tout décaler à la rentrée. Le pic de la crise sanitaire a coïncidé avec le début des entraînements collectifs : « On n’a pu répéter que 15 jours tous ensemble mais on a continué de travailler par WhatsApp avant de se revoir en juin et en juillet. Notre chance c’est aussi qu’on a pu peaufiner les travaux » expliquent Marjory et François Belenfant qui concrétisent là un projet mûri depuis 5 ans. Après plusieurs semaines à jongler avec les mesures de distanciation physique ils ont dû annuler les shows au moins jusqu’au 20 janvier, l’établissement étant considéré comme restaurant et non comme salle de spectacle (ce qui lui aurait permis de reprendre mi-décembre).

Incertitude sur l’évolution des consignes sanitaires

De son côté, Elise Petit a trouvé le printemps 2020 particulièrement long et attend le prochain avec impatience. Guide touristique, elle a créé une série de balades ludiques dans des quartiers peu fréquentés par les visiteurs (Maryse-Bastié à Tours ou la Rabaterie à Saint-Pierre-des-Corps). Premières sorties en fin d’hiver… puis plus rien : « Au début j’en ai profité pour travailler sur les prochains parcours, un réseau d’amis m’a prêté des bouquins mais au bout d’un moment j’ai trouvé le temps long. Alors j’ai proposé des énigmes à résoudre sur les réseaux sociaux. »

3, 2, 1 Visitez est la première affaire de la jeune femme. Elle bénéficie pour l’instant du chômage ce qui la met provisoirement à l’abri du manque de revenus. Mais pas des préoccupations… Si l’activité a repris avec visière et gel hydroalcoolique de rigueur une fois la Touraine déconfinée, les premiers mois furent timides : « Ça s’est bien passé jusqu’à mi-août puis j’ai annulé plusieurs dates faute de réservations. » L’incertitude sur l’évolution de la maladie et des consignes sanitaires a attiré peu de touristes en automne. Le reconfinement retarde leur retour… 2021 s’annonce périlleuse.

Un essor du télétravail ?

Depuis Amboise, Marilyne Moisy affiche un profil plus enjoué. Il faut dire que l’activité qu’elle a officiellement inaugurée en juin est parfaitement dans la tendance puisqu’il s’agit du premier espace de coworking de la ville. Capable d’accueillir jusqu’à 120 personnes Le QG est équipé d’un open space, de salles de réunion, de bureaux solo ou duo, d’un coin lounge… On peut même y pratiquer du Qi Gong :

« L’activité n’est pas encore à son maximum mais j’ai déjà accueilli des sessions de formation cet été, des assemblées générales et quelques coworkers qui nous ont découvert. Avant ils travaillent de chez eux, là ils viennent une journée ou deux pour rencontrer du monde et s’entraider. »

Débuts difficiles…

Un autre secteur d’activité qui affronte 2020 comme un funambule progresserait sur un fil battu par la tempête c’est celui de la restauration. Exemple avec La Côte et l’Arête, brasserie qui devait ouvrir au printemps à l’Heure Tranquille dans le quartier des Deux-Lions de Tours mais qui a seulement assuré ses premiers services en juin… pour refermer 4 mois plus tard.

Cette situation c’est un vrai coup dur pour son co-dirigeant Cédric Mahé : « Nous avons une vingtaine d’employés, ils sont tous au chômage partiel. Nous avons demandé une exonération du loyer au bailleur, on attend leur réponse. Cela freine nos projets de développement et on se pose des questions pour le redémarrage de l’activité. Janvier est un mois creux dans la restauration, nous avons 5-6 CDD qui se terminent à ce moment-là, il faudra prendre une décision pour les renouveler… ou pas. » L’enseigne franchisée a envisagé de se lancer dans la vente à emporter avant de renoncer :

« On ne travaille que du frais, ce serait compliqué à gérer et financièrement pas rentable. » Pour sauver les meubles il reste le fonds de solidarité de 10 000€ annoncé par le gouvernement « mais il ne couvre qu’une petite moitié des charges. »

Le restaurateur est encore plus frustré que les débuts étaient bons : calme le soir à cause de la faible fréquentation du cinéma multiplexe voisin mais de belles affluences le midi avec une centaine de couverts à servir à chaque fois. Il a tout de même fallu absorber un investissement imprévu : le coût de la protection sanitaire de l’équipe ou de l’entretien renforcé des locaux (16 000€ en quelques mois). L’arrivée prochaine d’autres enseignes de restauration dans le secteur fait également partie des points noirs qui n’avaient pas été anticipés.

Cédric et Sébastien, associés à la direction de La Côte et l'Arête.
Cédric et Sébastien, associés à la direction de La Côte et l'Arête.

La responsable observe également le développement exponentiel du télétravail depuis le confinement, en tentant par exemple de séduire les salariés de boîtes parisiennes qui choisiraient le cadre bucolique d’Amboise comme camp de base à proximité de la capitale, avec la promesse d’une connexion Internet optimale et le confort de passer moins de temps dans les transports. « On voit même des entreprises qui ferment leurs bureaux et allouent un budget à leur personnel pour trouver un espace de coworking » ajoute cette ancienne DRH qui compte bien « profiter de la mouvance. »


Un degré en plus :

Cet article est extrait du dossier Covid paru dans le numéro 5 du magazine papier de 37 degrés. Sa version initiale a été rédigée avant l’annonce du reconfinement, il a donc été mis à jour pour cette version web.

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