Société

Les jeux de figurines historiques : du devoir de mémoire au plaisir du jeu

Tout le mois d’août nous vous proposons un Best-of des articles publiés depuis septembre dernier. Aujourd’hui retrouvez cet article sur des passionnés des jeux historiques que nous avions publié en mai dernier.

Qui n’a pas joué au célèbre jeu « Risk » ? Qui n’a pas un jour pris une bille dans sa main pour faire tomber les soldats en plastique de son meilleur copain, adversaire d’un jour d’une bataille improvisée ? Certains de ces enfants, devenus adultes, continuent à jouer. Au XIXème siècle, c’était une tradition prussienne de pratiquer les « Kriegspiele » ou jeux de guerre avec des soldats de plombs. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada et en France s’adonnent à ce loisir désormais appelé « jeux de figurines historiques ». 37 degrés a rencontré un joueur invétéré, co-fondateur d’une petite entreprise française créatrice de règles pour ces jeux pas comme les autres, qui vient de s’installer à Tours

Ville du Far West      

« Prend ta réglette ! Ta figurine peut avancer de 10 cm… Que fais-tu ? Tu restes dans la rue ou tu rentres dans le saloon ? ». Aujourd’hui dans une boutique de jeux de la rue du Commerce, Alexandre Verger initie des joueurs à une des toutes dernières règles de jeu que son entreprise créée avec trois copains vient de sortir. C’est devant une table de jeu avec maisons et figurines de 28 mm qu’Alexandre et Benoit ont décidé d’en découdre. Sur la table aux décors somptueux se rejoue une période importante de l’histoire américaine, le Far West.

Rue avec figurines

Ce fonctionnaire du Ministère de la Défense est heureux de présenter le nouveau jeu du « Studio Tomahawk ». C’est le nom qu’ont choisi Alexandre et ses acolytes pour leur entreprise qui s’exporte de l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique. « Dead Man’s Hand » est un jeu qui vous fait revivre l’époque de l’Ouest américain. « C’est un jeu hollywoodien ! Le système de jeu est simple, il y a de l’action et ça défouraille ! » nous explique Benoit Houivet, gérant de la boutique de la rue du commerce. Alexandre acquiesce. Il aime le jeu. Sa petite société est spécialisée dans le jeu d’histoire. Elle a commencé avec une règle appelée « Mousquets & Tomahawk » pour s’amuser et revivre les combats entre indiens et anglais avant l’indépendance américaine.

8U6A0473Alexandre Verger (ci-dessus) et Benoit Houïvet (ci-dessous)

Benoit Houivet

Le temps est depuis longtemps au jeu de toute nature. La France en général et la Touraine en particulier sont des terres de joueurs. Associations, boutiques, tournois font la promotion de nombreux jeux et systèmes de règles qui permettent aux petits et grands de jouer à refaire des batailles de l’histoire de notre humanité. Que ce soit avec des pions ou des figurines en plastique, résine ou plomb (de 10 , 15 ou 28 mm), les jeux d’histoire sont une nouvelle forme de plaisir ludique qui permettent aussi de se souvenir et d’apprendre des périodes clés de notre histoire de France ou d’ailleurs.

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Alexandre souhaite « éditer des règles faciles afin de s’amuser un maximum ». Pour lui, deux critères sont nécessaires pour réussir cette alchimie ludique basée sur le plaisir de se retrouver entre joueurs et partager un morceau d’Histoire : la simulation et la jouabilité. La simulation, c’est à dire se rapprocher de la réalité d’une escarmouche, d’une attaque ou d’un corps-à-corps avec un système de règles adaptée. La jouabilité, c’est rendre fluide et intéressant le jeu qui permettra de s’amuser et de ne pas passer son temps dans un livret de règles de 100 pages (comme nous avons pu en connaître dans les années 80 !). Ensuite vient pour tout créateur de jeu, la recherche d’un moteur de jeu, c’est à dire la petite chose qui vous différenciera des autres. Pour le jeu « Dead Man’s Hand », c’est un jeu de cartes aux couleurs traditionnelles et des missions inscrites sur chacune d’entre-elles qui constitue l’ossature de ce jeu de figurines sur la conquête de l’Ouest. Quand on pose la question à Alexandre de savoir pourquoi, ils avaient, lui et ses camarades de Studio Tomahawk, décidé de créer une règle sur le Far West, la réponse est rapide : «  Le Western, c’est comme les pirates, ce sont des univers qui parlent à tout le monde ! ».

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Pour notre nouveau tourangeau, une mission l’habite. Celle de faire jouer un maximum de monde pour le plaisir du jeu et de l’Histoire. Il faut dire que la plupart des joueurs de jeux de figurines historiques jouent pour ces deux raisons. Les regarder jouer est déjà un spectacle en lui-même. Les joueurs peuvent aussi s’improviser acteur ou bruiteur… Et n’allez pas croire que ce sont des geeks teenagers boutonneux. Ils sont employés de banque, commerçants, informaticiens, journalistes, professeurs d’histoire, cheminots, policiers,… bref, votre voisin est peut-être l’un d’entre-eux.

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Alors si vous avez l’âme d’un général Napoléonien, ou celle d’Hannibal pendant les Guerres Puniques, voire l’audace d’un commandant d’escouade sur les plages de Normandie alors le jeu de figurines est pour vous. Le devoir de mémoire passe aussi par ces activités ludiques. L’homme a toujours aimé jouer. « Le jeu est un lien social fort » rappelle Alexandre. « Il me permet de rencontrer des gens différents et de tous milieux sociaux ». Qu’on se le dise, le jeu est bon pour la santé… Ah au fait, je me suis essayé à ce jeu sur le Far West et pour l’occasion j’ai joué avec trois personnages aux longs manteaux. Mes trois figurines représentaient trois détectives de l’agence Pinkerton. Agence qui pour la petite histoire est toujours active aujourd’hui sur le territoire américain et ailleurs. Cartes en main et dés pas loin, l’espace d’un moment je me suis senti revivre un film de Clint Eastwood ou de Sergio Leone. Dans le dédale des rues de la petite ville que nous avions recréée pour l’occasion, il ne manquait plus que les airs stridents d’un harmonica et… le bruit d’un colt.

Crédits photos : Arnaud Roy pour 37°

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