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Le quotidien d’une conductrice de bus à Tours

On en compte un peu plus de 500 : les chauffeurs et chauffeuses de bus ou de tram qui travaillent pour l’entreprise Keolis, cette société chargée de gérer le réseau Fil Bleu dans l’agglomération tourangelle. De 5h à 1h du matin, 364 jours par an à l’exception du 1er mai, ils et elles conduisent sur les différentes lignes de la Métropole, de Saint-Avertin à Tours Nord, de Fondettes à Saint-Pierre-des-Corps, de La Riche à Chambray-lès-Tours. Des milliers de kilomètres par an, des ouvertures et fermetures de portes par centaines, quelques coups de klaxon… A quoi ressemble leur quotidien ? Pour en savoir plus, nous avons embarqué avec Anita.

Anita travaille pour Fil Bleu depuis 20 ans. Elle a 50 ans et ce jeudi elle passe sa journée sur la ligne 12 entre Porte de Loire et le centre commercial Petite Arche de Tours Nord via le quartier Ste Radegonde. Son planning, elle le connait environ un mois à l’avance. Parfois elle reste 7h sur la même ligne, et certains jours elle peut changer en cours de route. Tout est minuté : chez Keolis, 4 personnes sont chargées de gérer les plannings tandis que les vacances d’été sont tirées au sort grâce à un logiciel comprenant un système de bourse et de pondération pour qu’une personne partie une année en juin ait la possibilité d’avoir ses congés en plein mois d’août l’année suivante.

« Les horaires de conduite ne sont pas simples, c’est stressant » témoigne Anita qui a choisi de travailler à 75% pour se ménager. De même, elle a refusé de faire une formation pour apprendre à conduire le tram : « Ça va trop vite pour moi, je suis bien à conduire mon bus. »

La radio pour se sentir moins seule au volant

Celui qu’on lui a assigné pour sa tournée du jour c’est le N°267, un véhicule de marque Vanhool qui n’est pas de la première jeunesse mais qui se faufile plutôt bien dans les petites rues de Tours Nord malgré ses 12 tonnes sur la balance. Il lui faut 23 minutes pour relier la Place Anatole France au magasin Auchan, soit 8km. Une course courte car cette ligne a été saucissonnée lors de la refonte du réseau à la fin du mois d’août 2019. La 12 c’est ce qu’on appelle une ligne urbaine « de maillage », qui fait la jonction entre des arrêts moins fréquentés et de grands pôles de correspondance. 72 services sont assurés du lundi au vendredi, 35 dans un sens, 37 dans l’autre. Dans son ancienne version qui rejoignait Saint-Cyr-sur-Loire, elle enregistrait 600 000 voyages par an.

Anita préfère ce genre de trajet qu’une journée complète sur la ligne 5, l’une des plus empruntées du réseau entre la gare de Saint-Pierre-des-Corps et le campus de Grandmont. « Malgré les petites rues, j’aime les lignes qui sortent de la ville comme la 54 qui file jusqu’à Vernou. Il y a moins de circulation et de tension. »

Aujourd’hui, 33% des agents de conduite de l’agglomération tourangelle sont des femmes : le résultat de plusieurs années d’efforts pour féminiser le métier.

En ce début d’après-midi, il n’y a pas énormément de monde dans le véhicule. Quelques jeunes, des personnes âgées avec leur cabas… A peine plus de 5 personnes en simultané pour le trajet aller, jusqu’à 10 au retour quand on revient vers Porte de Loire.

« La plupart du temps les clients disent bonjour, quelques fois ils demandent un renseignement. »

Conductrice de bus reste tout de même un métier solitaire. « Heureusement il y a la radio. J’écoute France Info, RTL, de la musique aussi. Ça me détend car toute une journée au volant c’est long. » Les pauses du personnel de Fil Bleu sont incluses dans leur planning, en général au terminus même si certaines relèves ont lieu en plein milieu d’un trajet, à la gare de Tours ou au carrefour de Verdun. Pendant ces moments dits de battements, le personnel peut passer un coup de fil, discuter avec les collègues ou aller aux toilettes quand les arrêts sont équipés de bloc sanitaire. « Nous avons aussi passé des accords avec certains commerçants pour utiliser leurs WC comme sur la Place de la Liberté » explique le service communication de Keolis.

Parmi les événements qui peuvent corser une journée au volant d’un bus Fil Bleu : les travaux. En septembre et octobre, le chantier de l’A10 a entraîné une telle hausse de trafic dans les rues de Tours que plusieurs courses ont dû être annulées car les véhicules prenaient trop de retard. Souvent, les agents doivent aussi jongler avec les déviations : celles qui sont prévues… et celles qu’on découvre au petit matin, sans compter les camions de déménagements qui bloquent le passage. « Parfois, il faut appeler la police » nous explique l’entreprise.

Des conditions de travail plus difficiles

Tout cela nécessite en tout cas une connaissance parfaite des rues et des différents itinéraires, d’autant que les véhicules ne sont pas équipés de GPS. Lors des changements de lignes, les conductrices et conducteurs effectuent donc des repérages et après charge à eux de retenir les trajets, « mais au bout d’un an ou deux ils connaissent toute l’agglomération par cœur. » Au besoin, ils peuvent interagir avec le PC central par radio pour faire remonter un événement, ou recevoir des consignes (déviation en cas de manifestation ou d’accident). Et en cas d’urgence, ils disposent d’une pédale spéciale à gauche du siège qui permet de lancer une alerte. La machine se charge également d’informer de l’heure de départ via une série de bips qui retentissent notamment 1 minute et 30 secondes avant le moment théorique de la fermeture des portes. Puis une alarme indique l’heure précise de démarrage.

Impliquée dans son métier, volontaire, souriante, Anita se dit néanmoins fatiguée par la mission. Et ça ne va pas en s’arrangeant : « Les temps sont plus durs, les conditions de travail se dégradent. Les temps de pause sont plus serrés, cela ne participe pas à notre bien-être. » Des problèmes qui ne datent pas d’hier, car déjà remontés à plusieurs reprises par les syndicats de l’entreprise.

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