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Le masque, ce nouveau produit de première nécessité

 

Obligatoire dans les transports en commun et dans certains commerces, fortement recommandé dès qu’on met le nez dehors : à l’heure du déconfinement le masque devient un accessoire indispensable dans l’espoir d’éviter une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. Même réutilisable, il faut en changer régulièrement ce qui signifie en produire un nombre colossal pour équiper toute la population. Autrement dit c’est toute une industrie qui doit s’organiser dans l’urgence sans négliger la sécurité sanitaire.

Il y avait les pâtes, le pain, les œufs, les légumes ou les serviettes hygiéniques. Désormais le masque complète la liste des produits que l’on va retrouver très régulièrement sur les listes de courses des Tourangelles et des Tourangeaux, au moins jusqu’à ce que le coronavirus cesse d’envoyer en masse des malades vers les services de réanimation de nos différents hôpitaux. Il va falloir s’habituer à le porter plusieurs heures quitte à avoir de la buée sur les lunettes (des astuces existent pour éviter ça comme des pinces spéciales pour le nez) et s’assurer d’en avoir toujours à portée de main dans les situations qui l’exigent (un rendez-vous chez le coiffeur, un trajet en bus, parfois le travail…).

A raison d’un masque toutes les 4h, on peut estimer qu’il en faut une bonne dizaine par personne et par semaine à moins d’avoir la possibilité de rester chez soi (ce qui reste encore largement recommandé). Autant dire que les poubelles vont vite se remplir de masques jetables, ce qui ne va pas aider la planète à réduire ses déchets… L’alternative existe : les masques en tissu. Uniquement pour le grand public, ces modèles n’étant pas adaptés au personnel soignant. Dès le début du confinement, on a vu les initiatives se multiplier pour en fabriquer. Rien qu’en Indre-et-Loire ce sont des dizaines de milliers de masques qui ont été cousus par des centaines de bénévoles.

Une bataille pour être rémunéré(e)

Parmi ces petites mains : Samuel Gauthier. A son compte depuis l’été 2019, le Tourangeau s’est reconverti après une carrière dans l’hôtellerie-restauration qui l’a mené jusqu’au burn out. « Je couds et je brode depuis que je suis tout petit. Aujourd’hui je fais un métier que j’aime enfin » nous dit-il avec son téléphone sur haut-parleur pour continuer de travailler. Ses spécialités : les vêtements sur-mesure et les retouches. Il prépare également un concours initialement prévu au mois de novembre. Le coronavirus a fait dérailler ses plans :

« Je m’étais coupé des informations mais les élèves d’un centre social avec qui je travaille m’ont mis au courant. Quand j’ai vu que la France manquait de masques, j’ai cherché un tuto pour en fabriquer et j’ai commencé à en produire pour le CCAS de Tours et les EHPAD. »

A ce moment-là, Samuel Gauthier travaille bénévolement. Pour lui, une évidence, « un effort en attendant que l’Etat reçoive ses commandes. » Mais très vite il s’agace de demandes de la mairie ou de la préfecture qui sont enquête de masques sans compensation financière et sans fournir la matière première. « Le dépannage devient permanent, même des entreprises m’ont contacté pour être bénévole ce qui est illégal » explique l’homme qui a rejoint le collectif belgo-français Bas les Masques qui se bat pour faire reconnaître le travail des professionnels de la couture, et donc obtenir des rémunérations. « Notre métier n’est pas un loisir. On a de vraies compétences, un vrai diplôme. Je ne veux plus passer mon temps pour les autres sans rien en retour » assène le Tourangeau.

Fabrication de masques à Saint-Avertin.

A force de l’ouvrir, les choses bougent. La commune de La Riche qui a ouvert sa salle des fêtes aux bénévoles pendant plusieurs semaines a fini par annoncer sa fermeture. La municipalité va tout de même maintenir ses commandes de masques mais en privilégiant une fabrication par des couturières professionnelles qui seront payées pour leur travail. Pour sa part, Samuel Gauthier travaille désormais avec des entreprises ou des particuliers à qui il vend des lots de 10 masques à 6€ pièce, et un peu plus cher pour ceux dont le tissu est homologué « Catégorie 1 », la plus efficace pour filtrer les particules émises dans l’air. Juste de quoi s’assurer un petit revenu. « Le sur-mesure me manque, la demande est telle que j’en dors mal. C’est aux entreprises industrielles de se mobiliser pour répondre aux besoins. »

Des masques bleu-blanc-rouge ou aux couleurs des héros Disney

Des sociétés qui fabriquent des masques, on en trouve de plus en plus. Si Joué-lès-Tours a fait appel à des Lyonnais pour fabriquer les siens, d’autres mairies ont réussi à se fournir en local. Médical Z va produire 400 000 unités pour Tours Métropole depuis Saint-Avertin, Lestra Sports à Nazelles-Négron travaille pour le compte du Val d’Amboise et à Fondettes Lytess a créé ses propres modèles. Et puis il y a toutes ces marques qui commencent à inonder Internet de leurs créations maison présentées comme plus design que le masque « lambda », jusqu’à Disney qui commercialise des modèles à l’effigie de ses héros.

« Mettre un masque ce n’est pas participer à un concours de mode » entend-on en réaction à cette frénésie. Autrement dit, c’est l’efficacité qui prime. Justement, plusieurs mails sont arrivés à la rédaction pour signaler des distributions de masques qui ne répondaient pas au modèle le plus diffusé, élaboré par l’AFNOR. La ville de Tours et celle de Chinon ont notamment été ciblées. Il est vrai qu’aujourd’hui on n’a pas besoin d’homologation particulière pour vendre un masque en toute légalité, à l’inverse d’une voiture qui ne peut pas être commercialisée sans avoir réussi le crash test. On peut donc trouver de tout, sans vraiment savoir ce qu’on met sur son nez et sa bouche. Un bout de tissu, un élastique et, hop !, un masque.

12 prototypes proposés… seulement 2 validés par la Direction Générale de l’Armement

Ce résumé a de quoi faire bondir Ludovic Chaumier qui a racheté l’entreprise Pavoifêtes depuis 3 ans. Son fond de commerce c’est l’événementiel (notamment les drapeaux qui ornent le Pont Wilson de Tours pendant l’été). L’activité subsiste au ralenti. Alors, depuis plusieurs semaines, le chef d’entreprise tourangeau mobilise trois couturières pour réaliser quelques centaines de masques chaque jour, livrés à des entreprises ou des collectivités de Touraine ou d’ailleurs. Avant de les commercialiser il s’est obligé à obtenir la validation de la Direction Générale de l’Armement (également sollicitée par Tours Métropole via Médical Z). Il voit ça comme une démarche indispensable pour garantir la qualité de ses produits dans cette période de pandémie anxiogène :

« Nous avons sans doute été l’une des premières entreprises à faire cette démarche dès le 30 mars. On a proposé 12 prototypes montés selon le modèle de l’AFNOR avec trois couches de tissus. 90% de la composition était identique. Seuls 2 modèles ont été validés, les autres n’étaient pas assez filtrants. »

Ils sont principalement composés de polyesther, le même type de matière que pour les vêtements sportifs, « donc parfaitement adaptés à l’extérieur. » Prochaine étape : une seconde homologation certifiant que ses produits peuvent être lavés 10 fois et réutilisés. Il faut dire que les témoignages se multiplient faisant état de masques dont les élastiques n’ont pas survécu à un passage en machine à 60°. C’est ce que le professionnel veut éviter.

Son activité événementielle étant calme, Pavoifêtes s’est donc en partie réorientée vers une activité estampillée Covid-19, son catalogue comportant également des adhésifs pour faire respecter la distanciation sociale à coller au sol. Ludovic Chaumier ignore combien de temps ça va durer. Pour éviter les déconvenues chez ses clients, il refuse certaines commandes mais quand il accepte il garantit la livraison en dix jours avec un petit plus : « On peut imprimer ce qu’on veut sur le masque. » C’est-à-dire le logo de l’entreprise… ou un petit liseré bleu-blanc-rouge réclamé par une mairie après avoir vu Emmanuel Macron équipé d’un masque tricolore pendant une visite d’école. L’effet style avec la promesse d’une barrière efficace. Le dirigeant assure que ce n’est pas avec ça qu’il fait le plus de marges mais cela reste un bon moyen de garder contact avec la clientèle.

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