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Le Court-Circuit c’est fini : retour sur l’histoire d’un café singulier

On y a bu quantité de bonnes bières ainsi que de bons jus de fruits, goûté d’excellents fromages et quelques bons petits plats. On y appréciait la terrasse au calme ou le coin pour enfants. On y a même organisé pas mal d’interviews. Tout s’arrête : ce mardi 28 mai, le Court-Circuit de Tours baisse le rideau Place de la Victoire, faute de repreneurs. Pourquoi mettre fin à un concept novateur qui a initié une dynamique intéressante dans tout un quartier ? On en parle avec Jean-François et Loïc, deux des associés.

Quand le Court-Circuit a ouvert Place de la Victoire en 2016, son fondateur Jean-François Grant arrivait avec une idée claire : « le café branché sur la vie locale ». « Ce que j’imaginais c’était le café du coin, ce café un peu populaire comme les PMU qui attirent tout le monde, pas seulement la clientèle venue pour les clopes et les jeux d’argent. J’ai voulu faire ça avec une ouverture sur le quartier et la ville, pour mettre en valeur ce qu’il se fait. » Il s’installe alors dans un coin reculé de la Place de la Victoire, clairement pas l’espace le plus visible de Tours. A la frontière du centre historique mais sur une place où l’on passe souvent sans s’arrêter.

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Ici, pas de courses de chevaux ni de jeux à gratter. Plutôt un mobilier fait en bois de récup’ par un menuisier du coin (futur associé), un frigo en libre-service pour les boissons et un buffet pour manger le midi. Sur la carte, uniquement des produits locaux produits par de petits artisans. Ici le bio est fortement mis en avant, les végétariens et les vegans y trouvent particulièrement leur compte. « C’était l’époque du film Demain » rappelle Jeff, ce documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent qui a insufflé une large dose de conscience écologique en France.

Au-delà de la qualité des produits, le Court-Circuit s’est distingué pour son ouverture : les associations y étaient les bienvenues pour leurs réunions, on pouvait aussi venir y présenter sa nouvelle activité. « On eu parfois 50 à 70 personnes » se rappelle Jeff, citant le passage d’une comportementaliste animalière, d’événements autour des écoles alternatives, de journées shiatsu… Les ateliers se sont développés le samedi matin (développement personnel, cuisine, naturopathie) et le café des enfants le Bar Bidule s’est même un temps approprié les lieux le dimanche pendant sa période de déménagement entre Paul-Bert et les Prébendes. Ce dynamisme a fait des émules. Depuis la Place de la Victoire a vu arriver une épicerie zéro-déchet et un café-réparateur de vélos. Une cordonnière est installée tout près Rue Courteline. L’événement annuel Complètement Locaux (3ème édition le 15 juin) cartonne, un jardin participatif a éclos non loin de là avec l’association Victoire en Transition, le Bistrot 64 sert des vins bio…

« On est triste que ça ne continue pas parce qu’on a l’impression d’avoir enclenché une belle énergie »

« C’est clair, on a insufflé une dynamique » résume Jean-François. Mais alors pourquoi ça s’arrête ? Si le Court-Circuit est un projet personnel du jeune homme, moins d’un an après l’ouverture il s’est associé avec 5 autres personnes pour fonder une SCOP, une société où tout le monde est à égalité quand il s’agit de voter les décisions entrepreneuriales. 1 individu = 1 voix, avec l’objectif de favoriser le consensus. De 6, le groupe est passé à 4 en janvier dernier : « on s’est demandé si on recrutait ou si l’on continuait comme ça. On a suivi un accompagnement via Artefacts jusqu’à fin mars puis on s’est réuni : la plupart ne voulaient pas continuer » résume Jeff avec Loïc, un de ses associés arrivé peu de temps après la fondation et qui envisage de prendre un congé parental pour accompagner la naissance de son premier enfant.

« On avait tous envie que ça continue alors on a cherché des repreneurs. On a passé une annonce sur Facebook disant qu’on était prêts à assurer la transition, on a reçu une quinzaine de réponses et plutôt de personnes qui n’étaient pas dans notre réseau. On a retenu trois finalistes indépendantes, elles ont causé entre elles pendant deux semaines mais elles se sont retirées. »

Jeff et Loïc du Court-Circuit.

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Une affaire peut-être trop risquée ? Il faut dire que malgré son succès d’estime, le Court-Circuit n’est pas encore une affaire rentable économiquement : « le chiffre d’affaire a bien évolué, on était en voie d’atteindre l’équilibre. Mais on ne se paye pas encore pour toutes les heures passées en gestion et on n’a pas fait un très bon hiver. Peut-être en raison des Gilets Jaunes, du contexte économique global, de la démotivation… On ne sait pas. On s’est donc mis en activité partielle dès le mois de mars » expliquent Jeff et Loïc conscients qu’il faut tout de même « entreprendre à fond » pour rendre le projet viable, donc avoir les épaules solides pour booster le projet.

« C’est une sacrée aventure, on est tous d’accord là-dessus » résume le fondateur du café. « On est triste que ça ne continue pas parce qu’on a l’impression d’avoir enclenché une belle énergie mais on est aussi soulagés parce que pour tout le monde ça a été une période intense de stress car on ne savait pas où on allait. Un coup on était motivés, puis fatigués… On a tous fait un mini burn-out et été en arrêt maladie à un moment donné.

« On avait ce désir de faire bien pour les autres et l’environnement »

« C’est l’émotion de la fin d’un chapitre car si je regarde en arrière c’est trois ans de bonheur » commente pour sa part Loïc. « Je pars plus grand que lorsque je suis entré. J’ai appris plein de choses. On avait ce désir de faire bien pour les autres et l’environnement : cette éthique transpirait quand on entrait dans ce lieu. Il y a tellement de choses incroyables à découvrir au pas de notre porte. J’étais ébahi à chaque fois en voyant qu’on pouvait renouveler la cuisine chaque jour avec du 100% local » poursuit celui qui a une formation d’éducateur spécialisé.

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Si le Court-Circuit baisse le rideau ce 28 mai, s’arrête-t-il définitivement d’éclairer la vie locale ? « Je n’ai pas envie de dire non ou oui. Il faudra nous suivre sur notre page Facebook » lâche simplement Jeff, qui a dans l’immédiat très envie de prendre deux mois de vacances avant d’entamer de nouvelles aventures. « On garde nos horizons ouverts, tout est possible » ajoute Loïc, « plein de désirs. »


Un degré en plus :

Pour sa dernière soirée le Court-Circuit fait la fête ce mardi 28 mai dès 16h. Pour les détails, on vous explique tout sur Info Tours.

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