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Le compagnonnage les yeux fermés : on a visité le musée à l’aveugle

Dans le cadre de son événement annuel Au Tours du Handicap, la ville de Tours propose ce mois-ci des visites du Musée du Compagnonnage les yeux bandés. Pour les enfants et les adultes. En situation de handicap, ou non. Intriguant ? Oui, complètement. C’est pour ça qu’on a testé.

Le Musée du Compagnonnage de Tours, franchement, cela faisait un bon moment qu’on n’y avait pas mis les pieds. L’organisation de ce parcours avec masque sur les yeux était donc une excellente occasion de repousser la porte de l’établissement situé en haut de la Rue Nationale, derrière les palissades du chantier des futurs hôtels. Pendant 45 minutes à 1h30 (selon le public), vous serez guidés au travers des chefs d’œuvre des Compagnons exposés dans le bâtiment, et – pour une fois – vous aurez le droit de toucher, ce sera même la seule solution pour appréhender les objets qui se dresseront devant vous.

La visite à laquelle nous assistons est normalement réservée aux enfants, et orchestrée par Lara. Ça commence dès l’entrée de la grande salle : pas question d’y mettre les pieds sans avoir bandé ses yeux, et la guide nous prend donc le bras pour nous aider à franchir le seuil puis nous installer sur une banquette située quelques mètres plus loin. Ça y est, on a déjà perdu nos repères.

Lara utilise des mots simples pour explique ce qu’est le compagnonnage aux deux petits de 8 et 10 ans qui lui font face. S’ils savent bien ce qu’est un boulanger ou un maréchal-ferrant, ils ont un peu plus de mal avec le couvreur. Pour les aiguiller, Lara utilise donc des mots clés, leur fait toucher le tuffeau, l’ardoise ou le granit, évoque les voyages obligatoires des compagnons lors de leur formation dans le but d’apprendre les différentes techniques inhérentes à chaque région. Un peu perturbés par l’obscurité, les petits sont néanmoins participatifs et souriants.

Un jeu de devinettes assez ardu

Vient l’heure d’un premier test : plonger la main dans un sac pour reconnaître un matériau. Lara donne du bois et du fer aux enfants et nous apporte autre chose. Crin de cheval ? Cheveux ? On est un peu paumé. « On en utilise sur les bateaux ». Ok, une corde. On se sent un peu confus tout d’un coup… Même s’il y a un peu de lumière qui traverse le masque, elle a gagné : le manque d’un sens nous fait divaguer.

On se lève, et on se bouscule. Premiers pas dans la salle pour s’approcher d’une œuvre… Si l’on reconnait facilement les chiens qui y sont sculptés, impossible d’identifier ce que représente l’emblème des Compagnons et on a bien mis 3 minutes à trouver les petites clefs pourtant au centre de la structure. On poursuit avec une sphère en bois, en forme de champignon, ou de globe, ou d’une boule de glace qui commence à fondre : « on a fait le test avec l’équipe du musée, et on a beau connaître les œuvres, nous aussi on a perdu nos repères. Cette sphère, je ne la pensais pas de cette taille-là. Les sensations changent, les proportions sont différentes » témoigne Lara.

Du bronze ou de la pierre ?

On marche encore un peu, on touche encore du bois mais difficile d’identifier au premier coup de main que c’est la reproduction d’une chair de prière. Et ce n’est que quand on enlève le masque que l’on se rend compte de sa taille, et aussi de tous ses détails, une partie nous ayant échappé au contact des doigts. Quant au buste du roi Salomon, on avait bien compris qu’on avait affaire à un vieux monsieur barbu mais pour identifier la couronne et ses armures il nous faut sans doute un peu plus d’entraînement.

Intéressant donc ce cheminement enfantin, le toucher amenant vraiment une perspective très différente, l’appropriation de détails sur lesquels on ne se serait peut-être pas attardés avec les yeux. Sachez enfin, pour l’anecdote, que l’on a pris du bronze pour de la pierre. Mais avant de vous moquer, allez tenter l’expérience avant la fin du mois, ensuite on en reparle !

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