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Le CHU de Tours veut comprendre pourquoi certains parents sont déprimés

Depuis début octobre, le CHU de Tours a lancé une grande enquête pour évaluer le stress des parents entre un mois et un après avoir connu une naissance dans leur foyer. « A terme, il s’agira pour les équipes de recherche d’établir une échelle de mesure française du stress du post-partum (comme il en existe dans certains pays anglo-saxons) et donc de mieux prendre en charge cette période pour les mères comme pour les pères » explique le service du Professeur Wissam El Hage. Nous avons rencontré ce médecin-psychiatre pour en savoir un peu plus…

Vous lancez une étude à destination des jeunes parents. A quoi doit-elle servir ?

L’objet de cette enquête est d’étudier le bien-être des parents entre le 1er mois après l’accouchement et le 1er anniversaire de l’enfant. Souvent on considère qu’une naissance est forcément un événement heureux, qu’il n’y a aucune difficulté, aucune embûche. Pourtant on se rend compte que pour un certain nombre de mères – ou de pères – cela peut être bien plus compliqué. On peut se sentir plus anxieux.se, plus triste, plus déprimé.e, avoir des cauchemars, des inquiétudes… qui ne passent pas au fil des semaines.

C’est ce qu’on appelle communément le baby blues ?

Non. Le baby blues, tout le monde peut en avoir après l’accouchement, c’est physiologique et ça se règle tout seul. Là, on est plutôt dans les symptômes de stress post-traumatiques.

Et donc votre travail porte aussi bien sur les mères que les pères.

Pour les papas les troubles peuvent se matérialiser dans l’investissement au sein du couple, via l’inquiétude qu’ils ont pu avoir si l’accouchement a été compliqué.

Quelles peuvent-être les conséquences de tels traumatismes s’ils ne sont pas assez bien pris en compte ?

La relation de couple ou de famille est perturbée, un des deux parents peut se retrouver déprimé avec des symptômes anxiogènes. Cela peut aussi avoir un impact sur les enfants. Il faut donc sensibiliser les professionnels de santé et les parents : une naissance c’est un événement heureux mais il peut y avoir des complications et ce n’est pas une honte d’en parler à une sage-femme, un médecin ou un pédiatre. Il faut dire ce que l’on ressent.

Qu’est-ce qu’on peut faire derrière ?

Le monde médical peut évaluer la sévérité des troubles, apporter un soutien, voire une psychothérapie ou des traitements médicamenteux.

Pourquoi étendre votre étude jusqu’à un an après la naissance ?

On s’intéresse au vécu de l’accouchement. On peut considérer qu’au bout d’un an les choses se sont plus ou moins réglées, qu’on a assez de recul. Un des résultats qu’on cherche à démontrer c’est la fréquence des troubles chez les parents, comparer le vécu des pères et des mères, et déterminer s’il y a des mesures à mettre en place.

Potentiellement le monde médical sous-estime les difficultés des parents ?

Disons qu’il est au courant mais je ne suis pas sûr qu’il y ait tellement de choses faites pour sensibiliser encore plus les professionnels ou les familles pour qu’elles demandent de l’aide. Globalement il faut sensibiliser tous les proches pour que les parents bénéficient d’un maximum de soutiens. Il ne s’agit pas de dire que cet accompagnement est à la charge de l’un ou de l’autre : chacun doit se sentir concerné. Par exemple depuis début septembre nous avons mis en place une consultation parents-enfants au centre hospitalier d’Amboise / Château-Renault.


Un degré en plus :

L’étude est accessible jusqu’en fin d’année via ce lien.

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