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La folle aventure d’Ingrid, Arnaud et Baptiste : ouvrir un restau à Tours, en pleine crise sanitaire

Les restaurants sont fermés au public depuis le 30 octobre, afin de respecter les mesures sanitaires anti-Covid. Pour fonctionner, les établissements doivent se contenter de la vente à emporter ou des livraisons. Souvent insuffisant pour maintenir un bon chiffre d’affaire et on ne parle même pas des entreprises qui viennent juste de se lancer. Bah si, justement, parlons-en… Le mois de février coïncide avec l’ouverture d’un nouveau restaurant Place Plumereau, Chez Madie. Le pari de trois associés qui défient la crise.

Une Place Plumereau sans tables ni chaises… Sans rires, sans verres qui trinquent, ni même une cacahuète malencontreusement tombée par terre. Les riverains ne s’en plaignent pas. Les commerçants du coin, si. Impossible de boire une bière à l’Epée Royale ou de manger une pizza à La Manufacture. En revanche il y a un peu d’activité du côté du Carré, l’établissement situé à côté du Vieux Mûrier. Sauf que ça ne s’appelle plus Le Carré mais Chez Madie. Et que l’ambiance a complètement changé…

Après Le Café Marcel et la célèbre crêperie du sud de la place, c’est la troisième cellule commerciale de Plum’ qui change d’enseigne en peu de temps. « On a repris les lieux le 31 juillet » expliquent Arnaud et Baptiste, associés avec Ingrid en cuisine – c’est la femme d’Arnaud, et leur fille s’appelle Madie ce qui vous aidera à comprendre l’origine du nom de l’établissement. Trois jeunes gens issus du monde de la restauration (après des escales à St Barthélémy ou Valence en Espagne les deux garçons se sont connus à 30m de là, aux Trois Rois, et ils devenus « amoureux professionnellement l’un de l’autre »).

Un lieu historique joliment mis en valeur

Leur projet : un bistrot moderne avec des produits frais en circuit court et de saison, « une cuisine jolie à la vue et qui respecte au maximum les produits. » Un discours marketing complètement dans la tendance du moment… Plutôt quartier des Halles-compatible mais qui assume son ancrage dans l’antre des soirées étudiantes :

« On veut se démarquer des autres commerces de la place avec quelque chose de plus ciblé. »

Le trio a beaucoup investi dans la décoration du lieu, pour mettre en valeur ses deux portes classées et ses pierres de tuffeau. L’ensemble est composé de meubles chinés ou de tableaux du Tourangeau Renar (coucou Coluche au rez-de-chaussée). Le fruit de plusieurs mois de travaux (l’ouverture initiale était envisagée en novembre, et donc décalée de trois mois). Au niveau de la cuisine les légumes sont bio et tourangeaux, la viande de bœuf c’est le papa d’un deux gars qui la produit dans le Cher (de la blonde d’Aquitaine), pour le cochon on a le droit à du porc roi rose de Touraine… Sur la carte des vins, beaucoup de références régionales. Il y aura une bière du coin à la pression et quelques bouteilles artisanales… On verra aussi ce que valent les cocktails, qu’on nous promet à des prix non démesurés.

De quoi occuper toute la journée et c’est l’idée. Au programme : bar le matin dès 9h, restau le midi (75 places à l’intérieur sur deux étages, à peu près la même en terrasse). L’aprem’ on repasse en mode bar, en début de soirée c’est tapas puis de nouveau bar de 23h30 à 2h du mat’.

Difficile de se lancer sans les aides…

Un projet qui nécessitera d’embaucher une dizaine de personnes une fois qu’il aura trouvé son rythme de croisière ce qui rend l’opération d’autant plus ambitieuse en cette période. « Il y a des moments où on a eu envie de baisser les bras mais là on est surmotivés. On bosse à fond, on y va. On adore ce quartier, on sent qu’il y a des choses à faire » nous disent Arnaud et Baptiste. Pour l’instant, ils ne sont que 4 : les trois associés et un second en cuisine, assurant vente à emporter et livraisons midi et soir (livraisons en direct, sans passer par les plateformes). Indispensable car même si la banque a accepté le décalage du remboursement du prêt, la jeune société n’a le droit à aucune aide Covid et il lui reste des charges incompressibles pour plusieurs milliers d’€ par mois.

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Après dix jours d’activité, les débuts sont encourageants avec quelques dizaines de commandes quotidiennes : « On rencontre nos clients, ça nous permet de nous présenter et de discuter » racontent les associés. En attendant de redonner pour de bon « le coup de peps’ » qu’ils ambitionnent pour Plum’ : « On reste optimistes, on se dit que ça ne durera pas trois ans ! »

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