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La Banque Alimentaire en difficulté après le confinement : « On n’a jamais connu ça »

 

La situation est apparue comme une évidence dès le début du confinement : la crise du coronavirus accentue la précarité, avec des personnes privées d’emploi ou d’une partie de leur salaire en raison du chômage partiel. De fait, beaucoup n’avaient plus les ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins (des enfants à nourrir 3 fois par jour parce qu’ils ne mangent plus à la cantine, par exemple). Par ricochet, les associations caritatives du département ont vu arriver de nombreuses familles qu’elles ne connaissaient pas, des étudiants aussi, toutes et tous en attente d’une aide pour passer la période.

3 mois plus tard, le résultat, c’est une baisse importante des stocks dans les entrepôts de la Banque Alimentaire de Touraine, point central d’approvisionnement pour de nombreuses structures sociales du département. Pour faire face à cette situation, l’association organise une collecte dans les supermarchés d’Indre-et-Loire ce week-end. On en parle avec son président, Dominique Cochard.

Dans quel contexte se déroule cette collecte ?

On est obligés de reconstituer nos stocks car nous les avons largement utilisés pour venir en appui des associations qui en avaient besoin pendant la crise sanitaire (maraudes, SAMU social, les foyers d’hébergement d’urgence). Il faut absolument renouveler nos stocks pour tenir jusqu’à la collecte nationale du mois de novembre. Pendant un moment nous avons eu peur de ne pas avoir assez de bénévoles parce qu’il y a encore une bonne partie de notre effectif qui reste à la maison par peur du virus. Finalement on va avoir assez de monde. Nous serons présents dans plus de 70 magasins contre une cinquantaine lors de notre collecte locale habituelle pendant le printemps. Nous irons notamment dans les magasins de proximité qui ont bien fonctionné pendant le confinement et que nous voulons aider.

Une telle baisse de vos stocks c’est une première ?

Nous n’avions jamais vécu ça. Ça nous a obligé à travailler dans l’urgence. Juste un exemple : le week-end de l’Ascension, on a eu un appel de la cellule de crise de la préfecture pour alimenter 183 jeunes confinés dans les locaux du CROUS sur le campus de Grandmont à Tours. En un week-end cela représentait plus d’une tonne de denrées à préparer.

Qu’est-ce que vous retenez de cet épisode ?

On a eu beaucoup de solidarité : des fournisseurs que nous n’avions pas sont venus nous proposer des produits en quantité assez importante. Il y a eu le réflexe Banque Alimentaire avant de jeter et c’est une bonne nouvelle. Nous avons également vu revenir des bénévoles partis vers d’autres voies professionnelles qui sont venus nous aider pendant le confinement ce qui nous a permis de fonctionner normalement.

L’activité est-elle encore tendue aujourd’hui ?

Oui et on sait que ce n’est pas fini : on s’attend à des vagues de licenciements et à une crise économique importante à la rentrée. Certaines associations nous font déjà remonter l’augmentation du nombre de bénéficiaires.

Comment vous vous préparez à gérer ça ?

On sollicite les fournisseurs venus nous voir pendant le confinement pour maintenir des relations et bénéficier de leurs dons ce qui marche bien. Beaucoup de producteurs et d’industriels nous disent qu’ils sont prêts à nous aider. Certaines collectivités nous font également des dons financiers que nous transformons en dons de denrées.

Est-ce que ça veut dire que vous allez vous recentrer sur votre activité de distribution de produits de première nécessité et mettre de côté des projets que vous aviez comme l’ouverture d’un atelier de transformation de produits frais en plats cuisinés à conserver ?

Pour le moment ce projet est en stand-by. On met toute notre énergie dans l’aide d’urgence et c’est pour ça qu’en septembre nous allons lancer – avec la Croix Rouge, le Conseil Départemental, la Préfecture et le député Philippe Chalumeau – une deuxième épicerie mobile qui va desservir une vingtaine de communes et deux sites universitaires (Grandmont et la fac des Tanneurs) pour apporter une aide alimentaire aux étudiants. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur boulot ou n’ont pas pu rentrer dans leur pays ce qui fait qu’ils sont en difficulté. Cela représente sans doute entre 1 500 et 2 000 jeunes sur l’agglomération.

De quoi avez-vous besoin en priorité ?

Comme d’habitude les conserves de légumes et de poissons, les pâtes, l’huile, mais aussi le sucre et la farine. On en manque beaucoup. Notre objectif est de récolter 50 à 70 tonnes, contre 30-35 tonnes au printemps les autres années.


Un degré en plus :

La collecte de la Banque Alimentaire de Touraine débute ce vendredi et se termine dimanche à la mi-journée. Plus d’infos sur ba37.banquealimentaire.org

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